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15/04/2015

Isaac Conteras : Mécanique de l’art, art de la mécanique

Contreras.gifIsaac Contreras, « Double Couper Swivel », Collectif Rats, Vitrines des Mouettes, Place de l'Ancien-Port 1, Vevey

 

 

 

 

 

Isaac Contreras ne se fie pas à la nature éthérée de l’art même si d’une certaine manière il ramène à une forme d’ineffable. Tout pourtant au départ semble une histoire de mécanique avec pignons et cardans. A la base de ses travaux il y a en effet des outils industriels, des matériaux de constructions : dans ses photographies, sculptures, installations, animations l’artiste les met en mouvement avec un seul mot d’ordre : au commencement la répétition.

 

 

 

Contreras 2.gifAvec « Double Couper Swivel » et pour composer ses dessins « animés » l’artiste utilise les structures métalliques qui servent à ouvrir devantures et fenêtres. La fonction pratique est écartée : placés non à l’intérieur mais à l’extérieur d’une vitrine, ces mécanismes deviennent des structures poétiques. Elles fustigent l’obligation de résultats concrets pour devenir les folles du logis en un mouvement sans fin.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

15:53 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

Le graphisme essentialiste de Geoff Mc.Fetridge

 

 

 

 

 

Fetridge 2.jpgGeoff Mc. Fetridge, « Studies », Editions Nieves, Zurich, 2015

 

 

 

McFetridge est un graphiste d’envergure internationale. Ancien étudiant au  California Institute of the Arts, le canadien a été directeur artistique de Grand Royal, le magazine underground culte des Beastie Boys. Il a travaillé ensuite pour les grandes enseignes internationales et a réalisé clips ou bandes-annonces pour Plaid, Simian, The Whitest Boy Alive, le film Virgin Suicides et Adaptation. Il est l'un des acteurs du projet Beautiful Losers.

 

 

 

Fetridge 3.jpgSon travail graphiste montre le lien créé entre le signe et l’image selon un géométrisme qui rapproche la figure du logotype poétique. L’image se « lit »  tout en se désarticulant  de ses annexes et pour n'en conserver que des fondamentaux selon une transmission directe et sans courroie vers le sens. Mc.Fetridge donne des ailes au corps comme à son graphisme dans des séries de formes simples et répétitives. Surgit une puissance du  rythme contre le simple effet de masse. Le monde se distribue en ronds, anneaux, lignes. Restent des sentinelles suspendues au dessus du vide. Nos plongeons dedans pour glisser dans le monde ou - selon la formule d'Henri Michaux - pour « être skieur au fond d’un puits » (Henri Michaux).

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

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14/04/2015

Nadine Agostini : anti-mémoires

 

Agostini.jpgNadine Agostini, "Dans ma tête",  Editions dernier Télégramme, 48 pages, 2015

 

 

 

Nous  n'habitons que le refleurissement de nos cendres. C’est pourquoi Nadine Agostini tente l’impossible : un entretien aussi infini qu’en morceaux avec une destinatrice définie ainsi : « tu ne peux savoir comment je pense tant que tu n’as pas dans la tête ce qu’il y a dans la mienne ». Le rêve semble fou, démesuré. Il n’empêche que les cendres "refleurissent" à la rencontre de ce tu (angoisse comprise)  qui se définit non par ce qu’il est mais par ce qu’il n’est pas : « tu n’as pas été anorexique », tu n’as pas eu peur d’être boulimique ». Très vite pourtant le rêve se transforme en cauchemar : ce « tu » n’est pas un autre mais rien que l’autre je. L’humour - pris d’abord pour léger -devient d’une gravité rare : celle  d’une crise permanente et d’un  doute transmué en apparente plaisanterie d’usage.

 

 

Agostini 2.jpgL’écrivain(e) qui feint de ne pas tomber amoureuse de Kevin Spacey chaque fois qu’elle voit un de ses films, s’engage en un mouvement de descente. Elle n’est interdit de penser que lors de ses obsèques elle ne voudra que le stricte minimum c'est à dire elle-même. En attentant elle propose les plus subtiles et convaincantes anti mémoires. Se mêlent fin et faim dans un jeu de miroirs fait pour brouiller moins les jours que leurs instants. Par antiphrases  Nadine Agostini permet aussi (surtout ?) de donner corps à sa phrase chérie  "Il est temps de vivre la vie que tu t'es imaginée."(Henry James). Peut alors faire écho une phrase  de l'auteur qu'elle n'aime pas du tout mais qu’elle a trouvé dans son sac : "Aujourd'hui est le premier jour du reste de ma vie." A bon entendeur, Salut !

 

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret