gruyeresuisse

30/12/2013

Drumatik du Gao Trip à la musique expérimentale

 

Drumatik.jpgDrumatik, « Out Now », label Sound Cloud, “Illegal Space Activities”, label Temple Wisters.

 

 

 

 

 

Drumatik (Benjamin Klingemann) ne doit pas être considéré comme un simple  DJ électro techno. Certes ayant découvert la musique électronique il s’est d’abord tourné vers le djyng. Mais ses capacités d’artiste « live » et surtout sa prodigieuse inventivité situe le Vaudois du côté de la musique de recherche. Moins toutefois par les structures conceptuelles de ses titres que  par la recherche  de sonorités inédites. Capable d’explorer la pop, le blues, le hip-hop, la funk mais tout autant l’electro et la musique électro-acoustique des grands maîtres du genre il a assimilé une série impressionnante de codes afin de les métamorphoser.

 

 

 

Les assauts telluriques de sons aux forces sourdes comme des éléments acérés aussi psychés que minimalistes sont transposés en formes quasi aquatiques. Dans des pluies sonores aucune vacuité : chaque temps succède à  un autre vers un déploiement musical d'une réalité secrète. La création cherche  plus la matière que la forme même si Drumatik n’est pas indifférent à toutes les variations qui peuvent s'y présenter.

 

 

Au fil de temps Drumatik gagne en liberté créatrice mais parfois aussi en solitude. C’est le prix à payer lorsque la musique au lieu de se répéter  et donc de se pétrifier cherche en chaque opus à tout changer. Qu’importe ce que disent les critiques. Le créateur atteint des gargouilles, ils les fait glapir pour atteindre l’essentiel. Le son n’est ni un mot ni une idée, c’est quelque chose qui remue.  De chaque segment sonore l’artiste en  extrait des racines, carrées ou non, pour en extraire la sève et la distiller.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

 

 

29/12/2013

Gentinetta et Braun sur un fil

 

téléphérique.jpgtélephérique 2.jpg
Le Lucernois Claudius Gentinetta et Frank Graun (initiateur du festival d’animation de Baden) sont tous deux graphistes. Ils se sont rencontrés à Zurich et depuis proposent un travail d’animation en commun. Il y eut d’abord « Sommeil » puis  le génial « Le Téléphérique ». Y monte  un vieillard amateur de tabac à priser. Il voit à chacun de ses éternuements la cabine se défaire dangereusement. A coup de rouleaux de Scotch le héros involontaire tente de sauver sa peau tandis que le téléphérique monte, se bloque. Comme lui le spectateur est laissé en suspend dans ce qui pourrait devenir une "fin de partie" à la Beckett.

 

 

 

Le vieillard est donc à la fois acteur de son sort et captif de la cabine. Il n’est en rien le ravi d’une telle crèche et égrène le temps qui le relie à la terre ferme et donc à la vie. Elle ne tient qu’à un fil. A la fin tout reste dans l’invisible. Les images du film refusent leur destin au public pour le confier sinon au néant du moins au doute. A l’injonction du vide répond moins son attraction que sa répulsion. Elle laisse l’être au bord du précipice en une métaphore aussi drôle que discrète de la vie.

 

 

 

Les deux créateurs jouent de l’émergence et de l’effacement entre le cheminement linéaire du câble et les torsions des mécaniques désuètes. Une main noueuse tente de réintégrer un ordre dans le désordre. Par sa drôlerie tendre, le film isole encore plus l’isolé et nourrit l’air qu’il respire. Raison et folie de la poésie plastique font la jonction entre ce qui est et ce qui n’est pas, le réel et l’allégorique. Preuve qu’on tient avec Gentinetta et Braun deux dessinateurs qui pourraient devenir les nouveaux maîtres du cinéma d’animation non seulement suisse mais mondial.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:09 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

28/12/2013

Dada toujours en selle

Dada.jpg« Coffret Dada », Editions Derrière la Salle de Bain, Rouen (France), 35 E..

 

Le 8 février 1916 au Cabinet Voltaire de Zurich Hugo Ball, Tristan Tzara, Marcel Janco, Richard Huelsenbeck, Hans Arp, Emmy Hennings et  Hans Richter en créant Dada ont fait de la ville un port épique qui ne manqua pas de piquants. A l’inverse du Surréalisme (qui lui doit tout) ce mouvement opéra la mise hors jeux des fantômes du monde de l’époque. Elle est aussi la nôtre. Le message iconoclaste de Dada perdure. Plus que jamais il convient de vaquer dans les auges de sa transgression plutôt que de jouer au petit soldat dans les casernesde la prétendue pureté dont s'oignent les pouvoirs. Dada n’espérait rien d’eux et s’arracha de l'erreur mystique des Narcisses mélancoliques qui hantaient l'art et les lettres.

Son langage aujourd'hui encore renvoie à l'affolement dont il sortit. Et son nom reste donc le plus beau mot des langues française et allemande dont il fut tiré conjointement. Ses deux syllabes rappellent que ce qu'on nomme l'humanisme est souvent loin des hommes qu'il livre facilement aux abattoirs. La fièvre de cheval née à Zurich permet en conséquence quitter la maladie de l'idéalité. A y renoncé le risque court que la seconde annihile la première.

Sachant combien les divinités sont souvent moins religieuses que séculières Dada en a secoué les miasmes pour en extraire les gaz. Il les a fait exploser pour mettre à nu la vraie débauche, la pusillanimité, l’absence de vertu et d'âme des sociétés, leur graisse et leur crasse.  Sous sa drôlerie aussi potache que paroxysmique Dada fit aussi apparaître les hantises de l'être "moderne". Une telle vision reste encore impossible pour les cœurs affaiblis par la courtoisie des amours platoniques.  Il faut néanmoins oser la "bête" pour  terrasser l'ange afin que l'homme puisse oser devenir qui il est en sa dignité terrestre.

Jean-Paul Gavard-Perret