gruyeresuisse

12/06/2020

Sabine Weiss : la Suisse et après

Weiss 2.jpgSabine Weiss a quitté très vite sa Suisse natale et Genève pour Paris. Elle y devient l’assistante du photographe allemand Willy Maywald spécialiste des clichés de mode et de portraits. Et après son mariage avec le peintre américain Hugh Weiss elle devient photographe indépendante et rencontre le milieu des artistes d’après-guerre.

Elle photographie beaucoup de créateurs qu'ils soient écrivains, plasticiens ou comédiens (cf son portrait délicieux d'Anna Karina). Elle connaît vite le succès et travaille jusqu'au début du XXIème siècle dans la presse illustrée internationale et aussi pour de nombreuses institutions et marques.

Weiss.jpgElle assure des reportages photographiques dans la mode, la publicité ainsi que des portraits de personnalités et des sujets de société.

Dans ses photographies se lient la présence et l’absence en un théâtre aussi brûlant que glacial. Il creuse le temps en tout sens. Il s’agit de montrer le monde en majesté comme en fantaisie. Et les portraits disent l’inconnu en leur sujet et par effet miroir l’inconnu en nous.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Sabine Weiss, "Une vie de photographe", Le Kiosque - Espace Simone Veil, Vannes, du 18 juin au 6 septembre 2020.

Portraits d'Anna Karina et André Breton.

09/06/2020

Elena Chioccarelli Denis : l'appel

Chiocarelli.jpgElena Chioccarelli Denis, "Vita", La Menuiserie, Lutry, du 18 25 juin 2020.

"Histoires de vie, de voyages, de guerre, de souffrance, de foi" : tels sont les thèmes de la belle exposition d'Elena Chioccarelli Denis à Lutry. A travers ses oeuvres la peinture devient inspirée car inspirante par ce voyage initiatique inspirée par le voyage en 1942 d'une Italienne en Ethiopie. A travers des choix techniques premiers l'artiste fait appel à des références qui relèvent autant de l’histoire de l’art que de cultures primitives.

Chioccarelli 3.jpgL'art s'apparente ainsi à une sorte de "science occulte" infuse et reprise qu'à l’art tribal. Très graphiques, les oeuvres produisent un impact hypnotique. Elles flirtent avec des notions aujourd’hui revisitées, l’ésotérisme, la magie ou le sacré. Là où inexorablement il disparaît et le monde avec lui. D'où ce retour amont entre deux cultures et deux mondes.

 

Chioccarelli 2.jpgAux nouvelles croyances et aux puissances numériques l'artiste préfère ce qui démultiplie les possibles et les mystères. Elena Chioccarelli Denis se plonge, recherche, expérimente, dans ce flux où s’imbriquent connaissance, fascination et impact sur son récit personnel. Les êtres qui apparaissent se mêlent à des sortes de "vieilles images" comme à  un arbre de vie. Existe là une sorte de conversion où l'artiste prouve l'existence - contre vent et marée - d'une sur-vivance et un appel à l'humanisme trop longtemps décrié.

Jean-Paul Gavard-Perret

Les écarts de John Armleder

Armleder BON.jpgJohn Armleder, "The Grand Tour", Editions JRP, Genève, 250 p., 50 E., 2020.

Publiée à l'occasion de deux grandes expositions organisées en Italie, au Madre Museum de Naples et au Museion Bolzano, cette publication offre un panorama de l'œuvre multiple de l'artiste suisse John M. Armleder. En documentant largement les deux expositions l'ouvrage nous replonge dans l'univers de ce créateur unique.

Armleder.jpgFondateur en 1969 à Genève, avec d'autres artistes proches de "Fluxus" du groupe "Ecart" et de la galerie du même nom, John M. Armleder a développé une œuvre incroyablement subtile et complexe. Elle passe par les performances et installations dans les années 1970 jusqu'aux collages et compositions abstraites qui sont souvent des emprunts explicites à l'histoire de l'art et réutilisations de mobilier (Furniture Sculpture). Dès les années 80 il devient un des maîtres  du courant international "néo-géo" et d'expérimentations abstraites parfois monumentales.

Armlerder 2.jpgLe livre atteste des croisements de trajectoires entre médiums (performance, film, installation), de la liberté (tant esthétique que conceptuelle) et de l'hybridité des approches d'Armleder. Cette publication tient d'un ouvrage de rétrospective monumentale et d'un livre d'artiste. Il prouve qu'à une époque où la tentative de catégorisation reste un moyen de comprendre et de se situer dans l'art, John M. Armleder demeure celui qui se refuse à toute restriction ou à une méthode fixe.

Jean-Paul Gavard-Perret