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26/05/2019

Denis de Rougemont : l'Europe une idée neuve ?

Rougemont.pngDenis de Rougemont, "Faires des Européens - Essais sur l'Ecole et l'Université", Editions La Baconnière, Genève, 272 p., 20 E, 23 CHF,

Figure de proue - à côté d'Emmanuel Mounier - du personnalisme, Denis de Rougemont a pensé l'Europe très tôt sans tomber, avant guerre, sur ce que le Nazisme voulait en faire et, après la Guerre, en défendant un mouvement fédérateur face aux USA et à l'URSS. Le tout au nom de valeurs communes qu'il remet ici en perspective.

Rougemont 2.jpgL'auteur ne cherche pas une unité d'apparence et d'apparat d'une union de facto mais celle qui remonte à des fondamentaux. C'est ce qu'il nomme "une unité de base qui est notre passé, lequel conditonne et permet notre avenir commun".

Dès "méfaits de l'Instruction Publique" l'auteur dessine les contours de sa "Passion de l'Occident" qui le fit mal "voir" des penseurs rouges ou rose d'une certaine intelligentzia. Qu'importe les myopes : De Rougemont a le mérite de penser juste et hors slogans faciles. Il ne s'agit pas d'évoquer une "tabula rasa" qui n'est qu'une commodité de la conversation. L'auteur en appelle à une responsabilité que beaucoup de politiciens du continent ont du mal à assumer.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

25/05/2019

Sean Scully en 3 D

Scully.jpgComme avec ses peintures, le Dublinois d'origine Sean Scully reste à travers ses sculptures un créateur spécifique capable de suggérer la suppression et l'anéantissement du monde tout en accordant présence et résistance à l’essence de disparition. Pour lui l'image du réel, dans l’imagination, n'est qu'une ombre passagère. Il s’agit en conséquence de la réduire. L’Irlandais dans son minimalisme abstractif signifie une approche autant du monde que de la métaphysique à travers l'acier, le bronze, la pierre ou l'aluminium coloré.

Scully 2.jpgCe livre présente un grand nombre de ses sculptures et parfois leurs travaux préparatoires. Il est complété de plusieurs essais de Clare Lilley, Peter Murray, Kirsten Claudia Voigt et Jon Wood. Ces approches prouvent que Scully retient avant tout un effacement. Il donne à voir un univers paradoxal qui doit de demeurer, hors lieu, hors temps. Et comme hors d'usage - mais pour mieux suggérer une présence fondamentale.

Jean-Paul Gavard-Perret

Sean Scully, "Sculpture", Hatje Kantz, Berlin, 2019. 338 pp., 65 E..

24/05/2019

Felicia Murray : quand la nuit remue

Murray.jpgPour Felicia Murray, photographier est instinctif. Il s'agit d'exposer un familier du rêve d'exister. Le tout par divers effets de lumières qui traversent la nuit. La vie est saisie dans un éventail d'émotions. A perte d’espace ou dedans, le corps est déplié, enroulé, multiple, tracassé, ennivré.

Murray 3.jpgDepuis 40 ans l'appareil photo accompagne les dérives de l'artiste dans divers lieux. Elle ne cherche pas à les identifier précisément. L'objet est autre : faire éprouver un suspens du temps pour lui accorder une éternité là où pourtant tout demeure éphémère ou illusoire. Le mythe de la création rejoint la disparition perpétuelle. D'où ces effets de flou ou de décadrage afin de signifier la lutte contre l’absence à soi comme à l’autre.

 

Murray 2.jpgEntre gravité et humour la nuit respire et scintille. L'artiste capte une intimité là où les êtres s'offrent un moment de rêve ou de répit en donnant forme au presque rien foisonnant. Un chemisier ouvert, une robe étroite et courte dessinent parfois une nudité si forte que le désir ne supporte plus la douleur. Qu'importe si les fantômes n’ont étreint qu’une ombre.

Jean-Paul Gavard-Perret

Felicia Murray «Eges fo Time», Préface de Larry Fink, Artiere éditions, 2019, 45 E..