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20/12/2014

David Weiss : New-York Party

Weiss bon.gif David Weiss, Swiss Institute de New-York, jusqu’au 22 février 2015, David Weiss, “Die Wandlungen”, Edition Patrick Frey, 2014.

 

 

 

 

Les images de David Weiss renvoient à l'inconscient barbare tout en cultivant l’humour. L’artiste reste un virtuose. Pour lui tout semble facile. Surgissent  des spasmes telluriques d'un rite inaugural et  coloré.  Entre figuration et abstraction le Zurichois emporte vers des bouts du monde qu’il traversa jusqu’à sa mort il y a deux ans. De telles œuvres ailées viennent alléger toute peine. Le spectateur est donc  confiant en leur fidélité. Dans leurs factures chaque instant devient l’aube d’une éternité parfaitement fraîche entre équilibre et déstabilisation.  Les dessins sont les primitifs du futur et  prouvent  que le corps, toujours, nous échappe.  Nous ne savons rien de son lieu et de ce qui s'y passe. Nous ne pouvons que constater sa danse à travers des indices subtils et ce afin de suggérer comment elle a prise sur nous  et  nous touche.  L’art de David Weiss renverse les espaces charnels afin d’inventer ce type de rapports. Il est aussi un lieu de fouille et d'incarnation en un exercice de  cruauté et de douceur paradoxale et fait passer d'un monde boîte à un monde oignon. Tout  glisse dans l’œuvre  du fermé à l'ouvert. La vie  dérobe la mort par le jargon de l'authenticité d’un art qui recompose le monde par charges de vitalité, beauté, simplicité.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

08:29 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

19/12/2014

Patrick Cornillet : la peinture et son secret

 

 

 Cornillet bon.jpgPatrick Cornillet, "Faire le mur, faire la lumière", Galerie Bertrand Gillig, novembre-décembre 2014

 

 

 

A la brutalité du monde Patrick Cornillet oppose celle  de ses peintures. Une nouvelle fois les ombres portées créent des architectures austères, vides, privées apparemment d’autres présences qu’elles. Néanmoins surgit une poésie particulière. Elle déporte le monde physique vers une sorte de métaphysique de l’espace le plus aride. Les tableaux sont peints sur des caissons de bois. Ils subvertissent la toile en lui accordant une valeur d’objet traité comme seuil. La peinture devient la détentrice d’un secret majeur que toute société tente d’étouffer.  C’est pourquoi elle n’a cesse de le pourchasser. Une telle imagerie dit bien comment situer des bâtiments : ils répondent à leur environnement. Lui-même n’a pas à les subir puisque par eux il est renouvelé et déplacé.

 

 

 

Cornillet 2.jpgUne telle théâtralité s’oppose paradoxalement à l’anéantissement, à l’incarcération par  supplément d’âme. Sous effet de boîte surgit une ouverture. La peinture devient un laboratoire d’idées. Son architecture crée l’inquiétante métaphore des profondeurs humaines surgies de l’obscurité. La ténèbre  revient en partage pour renouer avec cette part exilée de nous-mêmes et permet d'envisager l'impensable et l'innommable. L’œuvre dans ses formes exprime donc l'indicible. L’architecture y devient l'objet transitionnel par excellence : à la perversion cachée du monde répond celle - ouverte - du langage de Cornillet.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

16/12/2014

Sarah Haug hors limites

 

 

Haug.jpgLes dessins fixes ou d’animations de Sarah Haug cultivent des élévations aux hébétudes d’ivrogne.  De telles « ironisations » du réel et restent à la fois  dégagées de tout humaniste et en faux raccord avec la nature. La créatrice se veut ni farceuse, ni cynique mais simplement une sceptique enjouée. Son travail ramène à la réalité pour mieux en proposer une critique en dehors de tout souci de représentation ou de narration sinon par effet de décalage plus que de soumission. Bref chaque œuvre est une « nature » mais comme on le dit d’une femme de caractère.

 

Haug 2.jpgSarah Haug en a d’ailleurs. Ses approches n’ont rien d'établies. Elles ont du chien (à tous les sens du terme). L’artiste - dans des érections et exactions  hétéroclites, ébouriffantes (même en salon de coiffure) ou non comme dans la mise à plat des formes et leur délocalisation  d’usage – chevauche les apparences à bride abattue. Son art paraît simple mais il est le fruit de la complexité bâtie selon des « dissonances ». Les choses vues s’y retournent sur elles-mêmes. Un tel travail s’éloigne autant du luxe de pacotille que de la réserve de l’avarice. Il avance libre, chargée du seul désir de vie sans la moindre certitude sur ce qu’elle rameute. L’artiste se contente d’effondrer toutes preuves tangibles et léchées d’une rationalité artistique par ce qu’elle  ajuste, disloque. En état de sidération  la pensée bat la campagne (et la ville) au sein d’un paradoxe parfait : se confronter aux œuvres devient comme le disait Pessoa l’obligation à « regarder dans le vide » mais un vide vêtu de réalité.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.