gruyeresuisse

30/01/2014

Valérie Favre : lapins, lapines

 

 

 

 Favre 3.jpg

 Galerie Barbara Thumm, Berlin

Galerie Jocelyn Wolff, Paris

Galerie Peter Kilchmann, Zurich



Née en Suisse, Valérie Favre travaille désormais à Berlin. Elle propose des grammages en un univers pictural et vidéographique où les conventions admises de la représentation jouent les unes contre les autres. Les narrations plastiques sont donc trompeuses. Jouant avec les ombres colorées et vives, elles créent en  leurs douteuses évidences des cassures dans l’apparente absence de réaction aux dynamiques du réel. Les forment dépassent dualités et oppositions afin de montrer la complexion et la complexité du réel.  D’où la création d’images à la beauté troublée  d’un « mal vu » (Beckett) qui parle le silence et brouille l’image afin qu’elle se retourne contre elle-même jusqu’à créer une critique d’un monde par un féminisme discret.

 

 

 


Favre bon.jpgDes vidéos comme des peintures subsistent l'amorphie, l'inanité, le « blank »  de l’anglais : à savoir cette couleur particulière, sorte d’ombre  étrange entre le brouillard, la transparence, le blanc et le gris. Il n'existe ni de drame ni de jeu, ni envers ni  endroit, et pas plus un bien et un mal, un blanc et un noir. Surgit  l'attente d’un monde qui s’esquisse mais qui ne se rassemblera pas encore L'énergie des (rares) personnages s’y perd, s’y dilue, comme affaiblie dans une extrême limite. Elle semble ni formatrice, ni conductrice tant son niveau est bas dans le pétrissage et le métissage de l’ombre.  Mais cette dynamique du creux porte l’image à la valeur d’aura et donne à l’œuvre sa paradoxale puissance.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:24 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (2)

29/01/2014

Le paysage et son double : Jérôme Leuba et la question du point de vue

 

 

 

 Leuba 2.jpgJérôme Leuba, Battlefield, JRP|Ringier, Zurich, Néon Parallax,  Genève, « Pic et Terre » (en collaboration avec Yves Mettler), Blancpain Art Contemporain, Genève, jusqu’au 15 mars 2014. 

 

 

 

 

 

Avec l’artiste genevois Jérôme Leuba l’image souvent hybride descend de l’univers de l’ineffable vers une remémoration particulière. S’y puise non le miroir illusoire de l’être mais la résurgence de ce qui reste arrimé à son inconscient et que l'embarcation de la nuit berce de sa cargaison chimérique. Au seuil de l’insomnie l’image mesure le lointain qui sépare de paysages où la maison de l’être pourrait trouver son assise. Il faut donc suivre le voyage  de l’artiste « pas à pas nulle part » (Beckett) entre des brumes et des quadrillages. On marche sur les eaux, avec au loin des toits à la dérive où résonnent des signes de repérages. Ils  peuvent sembler cabalistiques ou froids et de l’ordre de l’enquête plus de la quête. Mais toute la force de l’œuvre est là. Comme le français Andoche Praudel Jérôme Leuba joue (sérieusement) avec le paysage et ce qu’il rameute en passé comme en nouvelles propositions.

 

 

 

A l’aide de divers supports - photographies, vidéos, performances et installations –  son travail le plus important se décline sous le titre générique « Battlefield » (champs de bataille). Celui de Verdun transformé en parcours de golf, ailleurs des consignes de survie en zone de guerre réglées à la manière d'un ballet chorégraphique, ou encore une série de bagages innocemment abandonnés sur le sol d'un musée deviennent des moyens de travailler le paysage et surtout le point de vue qu’on lui accorde. Explorant la légende de zones de pouvoir ou de guerre comme les espaces d’usages et de contraintes Leuba montre comment les forteresses vidées de leur puissance fantasmatique fonctionnent. Là où il n’aurait pu être question que d’enlisement et de défaite, là où l’être était contraint et forcé, Leuba refuse de patauger et de tourner en rond. Le regard butte à nouveau sur ce qui ne méritait plus  ou ne mérite pas le nom de paysage. « Battlefields» ne règle pas de compte il permet de classer, ranger sans détruire le paysage. Ce qui l’entravait et ce qui le salit devient l’objet d’une leçon de sagesse sous forme de véritables dossier poétiques. Il n’étonne pas chez un créateur qui sait toujours trouver au sein des chaos du monde des raisons d’espérer et de le montrer.

 

 

 

 

 

J-P Gavard-Perret

 

 

 

 

 

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28/01/2014

Les surfaces irritantes de Pierre Schwerzmann

 

 Schwerzmann.jpg« Schwerzmann, Pierre », Boabooks, Genève, 2014.

 



Pierre Schwerzmann né à Aubonne travaille surtout à Nyon. Son œuvre a acquis au fil du temps une renommée internationale au sein des galeries les plus célèbres. On a pu voir son travail en Suisse à la Galerie Skopia de Genève, à l’espace Saint François de Lausanne ou encore une de ses installations au Musée historique et des porcelaines de Nyon. La création réside dans des agencements géométriques souvent simples. Mais le lieu où l’artiste choisi de placer ses œuvres garde une grande importance. La symétrie de ses motifs joue du temps et de la distance. Ils sont tirés de la réflexion, des sens et de l’instinct. L’artiste recherche un équilibre entre les éléments picturaux qu’il fait jouer de manière subtile et s’intéresse à la manière dont la peinture fonctionne selon un plan précis. Néanmoins de tels agencements deviennent des casse-têtes plus complexes qu’il n’y paraît. Froides, élégantes, sobres les œuvres ne sont pas dénuées d’émotions optiques, affectives et corporelles. Le regard est déstabilisé tant ce travail le perturbe et l’aveugle comme celui de l’artiste lui-même : "Je sais que c'est fini quand je ne vois plus rien", dit Schwerzmann.  Pour percevoir enfin ce qui est donné comme un « perdre voir »  le regard  doit entrer en symbiose et recul face à des œuvres qui sont loin de se donner facilement. Leur poésie  est à la fois universelle, pure et très spécifique au créateur. Il ne cherche jamais la provocation facile et s’il se rattache à l’école de Zurich et à l’abstraction géométrique c’est pour pousser plus loin de telles avancées. Beaucoup de peintres échouent dans cette approche d’une radicalité des profondeurs. Schwerzmann y parvient. Au besoin en prenant quelques savoureux détours.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret