gruyeresuisse

23/07/2014

Celle qui aime Buvette et Verveine : interview de Myriam Ziehli

 

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Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ? Une chanson de Rihanna.

 

Que sont devenus vos rêves d’enfant ? Je vais vendre des fleurs au marché en automne. 

 

A quoi avez-vous renoncé ? Rien, au fric peut être.

 

D’où venez-vous ? Ma mère est allemande mon père suisse et je suis née à Morges. 

 

Qu'avez-vous reçu en dot ? de la part de qui ?

 

Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ? Une carrière chez Nespresso.

 

Un petit plaisir - quotidien ou non ? En ce moment, un thé vert japonais, maojian impérial.

 

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? Aucun artiste ne se ressemble vraiment.

 

Quelle fut l'image première qui esthétiquement vous  interpela ? Vers 11 ans, à l'école on a du recopié des tableaux pour une exposition il y avait les tournesols de Van Gogh et un portrait de Jawlensky. Ça a été une de mes premières expériences esthétiques. 

 

Et votre première lecture ? Je crois que c'était « Le médecin malgré lui » de Molière. 

 

Comment pourriez-vous définir votre travail sur le noir et ses lumières ? J'avais plusieurs idées en tête en même temps: d'abord cette histoire de fin du monde en décembre 2012. Et je me sentais très oppressée par toutes ces informations, le fait que l'on sache tout et rien en même temps. J'aime beaucoup l'idée de Brecht sur l'image et les hiéroglyphes (les images sont comme des hiéroglyphes, si l'on n’a pas le code, il est difficile de le lire.) Et finalement, je tente toujours d'expérimenter avec le papier ou le dispositif photographique. 

 

Donc toutes ces idées ensemble ont donné ce travail. L'effet concave, c'est pour donner envie de se rapprocher et pour tenter d'amplifier les réflexions de la lumière sur l'image. Il y a un effet presque de cendre, finalement une image de presse c'est comme une cendre.

 

 

 

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Quelles musiques écoutez-vous ? Il y a deux artistes solo de la Riviera que j'aime beaucoup: Buvette et Verveine. 

 

Quel est le livre que vous aimez relire ? Je n'ai jamais relu un livre, je ne suis pas une grande lectrice.

 

Quel film vous fait pleurer ? Dernièrement un film qui s'appelle « La Pirogue » de Moussa Toure.

 

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ? Moi-même.

 

A qui n'avez-vous jamais osé écrire ? Bruno Latour

 

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ? Andermatt 

 

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ? Difficile à dire, je me rends compte à quel point on est obligé de tout le temps se référencer et en ce moment j'ai envie de l'exact opposé. J'ai plein d'artistes dont j'admire le travail mais j'ai de la peine à dire que je me sens proche d'eux. Ces temps, je suis en admiration devant le livre « Phénotype » de Jochen Lempert, un photographe allemand.

 

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ? Un cochon d'inde. 

 

Que défendez-vous ? La solidarité

 

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"? Je préfère Woody Allen. 

 

Que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?" Je suis une inconditionnelle, je crois que j'ai regardé tous ses films.

 

Quelle question ai-je oublié de vous poser ? ça va ?

 

 

 

Réalisé par Jean-Paul Gavard-Perret, juillet 2014.

 

 

 

 

 

Nathalie Delhaye tueuse d'égo et d'évidences

 

 

 

 

Delhaye.jpgNathalie Delhaye répond parfaitement et par antithèse à la définition d’un certain art actuel selon Jim Harrison dans "Nageur de rivière" : « Historiquement l’art n’a pas besoin d’inclure les maniques au point de croix ou les pots en macramé. La thérapie du hobby prend vite la poussière. Essayer d’enseigner la créativité est la principale arnaque de notre époque avec la guerre en Irak et la chirurgie esthétique » (p 63). Loin d’une telle escroquerie la sculptrice  extrait de la matière une chair idéale, presque "pure" en ses formes. Elle va de l'avant et échappe à la simple analogie ou correspondance à un référent réel. Nathalie Delhaye nie l'illusion du réel ou du concept par coupes franches là ou l'Idée rejoint le concret.  La présence devient un point de vertige. Il dégage le regard de l'étau physique. Au sein de formes minimalistes et abstraites l’œuvre de la sculptrice dépend d’abord d’un chemin intérieur. C’est comme si des parcours virtuels se superposaient à celui du réel. "L’enveloppe" implique une intériorité qui métamorphose le monde en rendant sensible une présence et une nudité  qui se projettent sur le futur.

 

 

 

Delhaye 2.jpgLes formes parfois apaisent dans leurs cercles parfois elles se dressent vers l'inconnu. Un récit se défait  pour séparer l'être du réel au profit d'extases nues. Face à une culture du néant la Vaudoise arrache l'art de son  côté déceptif. Au cœur des interrogations du temps elle atteint une part de désir où la béance de l'indicible garde tout son sens en tuant tout égo. Surgissent l’effervescente beauté et l'intensité de formes recherchées pour leurs forces particulières créatrices d’éveil. La sculpture sort de l'état de  simple gaine,  fourreau ou étui, elle redevient un signe qui échappe à la seule fonction  de communication et de référence afin d’atteindre une fonction supérieure : ouvrir l’imaginaire en latence par celui que Nathalie Delahaye remet en jeu.

 


 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

18/07/2014

« Les poires décervelées » de Hans Arp

 

 

 

Arp 2.jpgJean-Hans Arp, « La grande fête sans fin », traduit de l’allemand par Aimée Bleikasten, Arfuyen, Paris, 230 pages, 13,50 E.

 

 

 

Les dialogues de sourds d’Arp sont des plus efficients. Ils renvoient les plaisanteries surréalistes à des pâles copies  de celui qui, co-fondateur de Dada, secoua les évangiles rationalistes ou mystiques. Il n’hésita pas à dresser des assiettes en révolte dévoreuses de ce qu’on met dessus. La déficience du réel et de la vérité est donc montée en exergue par son armée de « nochers démoniaques », ses fées, ses chiens « à chair de cheval ».

 

 

 

Arp.jpgL’imaginaire joue l’humour face aux abîmes du temps : celle de la guerre de 14 qui vient de finir comme celle à venir avec les Hitler, Staline propres à faire saliver des êtres embrigadés jusqu’à ne posséder qu’une « âme surcollective » et à se réduire à des « sursinges » qui se crurent progressistes.  Sans jamais moraliser - bien au contraire – Arp ouvrent des abîmes à la mystique comme à la logique car les deux réduisent à une criminalité contre la nature même de l’être. Certes le poète ne se fait pas d’illusion : on ne sort pas du grand néant, on y rentre. La vie est  sublimement médiocre mais pour autant le poète veut l’habiter et la secouer. Elle est digne d’être vécue pour peu qu'on la bâtisse avec une élégance implicite, sans beaucoup de bruit et de fureur et surtout avec l’humour corrosif. Ce dernier permet de ne plus prendre des vessies pour des lanternes. Dès lors et même si tout « indique le chemin du caveau »  notre passage peut ressembler à une « fête sans fin» qui se termine néanmoins tristement. Gardons comme Art ironiquement son merveilleux avec de ci de là des  kakis que se tiennent en l'air telles des balles d'un jongleur figé dans le rêve.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret