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18/02/2014

Mireille Gros : l’image à peine, à peine

 

 

 

Gros.jpg Mireille Gros en 2014 : Auswahl Kunsthaus Aarau, « Ouvrir les archives », S.F.I.T. Zurich.

 

 

 

Mireille Gros pourrait s’écrier comme la Winnie dans Oh les beaux jours : "Assez les images". L’image (peinture, photographie, dessin, installation) devient une ombre passagère ou est donnée comme telle dans ses faibles émergences poétiques. Si l’image fonctionne encore comme un piège à regard c’est par le moins qu’elle rehausse à peine. Pour elle - comme pour Beckett déjà cité -  "l'image la plus forte, c'est l'image de rien, de personne ». Elle frôle la suppression et l'anéantissement du monde à qui elle donne un relief particulier.

 

 

 

Gros 2.jpgFuyant l’image solaire,  l’artiste qui a beaucoup fréquenté les musées, est férue de peinture et aime l'érudition. Elle joue sans cesse de blanches résurgences à peine rehaussées de quelques traits ou volumes d’où se dégage simplement l'exprimable pur. Il s’agit d’un art presque impossible puisqu’au seuil de la visibilité se donnent quelques éléments capables de sortir  du chaos en une  évaporation qui va  jusqu'à la transparence et où rien ne peut être réel que ce  rien capable d’atteindre l'outre voir. Les images de Mireille Gros sont donc bien autre chose que la possession carnassière des apparences. L’artiste se barricade contre l'invasion d’une illusion jugée illégitime. L’art devient la preuve que la nature comporte des rondeurs qui s'enveloppent les unes dans les autres : les dessins les érigent de la manière la plus ténue possible mais non sans une discrète sensualité.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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17/02/2014

Henni soit qui mal y pense - Daniela Keiser

 

 

 

Keiser.jpgDaniela Keiser, Kunstmuseum Solothurn,  Solothurn, du 22 février au 27 avril 2014

 

 

 

 

Daniela Keiser en saisissant les figures du réel ne cesse de les détourner de diverses manières : ironie, citations, renversements de champs et d’angles etc. prouvent que la figuration est un piège.  Par ses prises les plus simples comme dans les plus sophistiquées l’artiste zurichoise produit un faux-sens, une ouverture. Celle-ci n'est jamais une impasse mais oblige à une méditation sur la nature de l’image dégagée de toute esthétique wagnérienne. Ce qui fait « décor » sort du contexte pour prendre de court la commodité du regardeur. Daniela Keiser la délaisse au profit de prises intempestives où il n’est pas jusqu’à un cheval à être renvoyé vers sa solitude irrévocable. Il contente d’exhiber son derrière mais jamais en divette de music-hall qui pétillerait comme du champagne rosé. Il s’exécute placidement avant qu’un pâle palefrenier siffle sur ses doigts, plus fier qu’un merle au bord d’un toit.  Et si  chacun est venu sur terre pour montrer ce qu’il peut faire Daniela Keiser rappelle qu’en ces sursis provisoires  beaucoup - cheval en tête - sont victimes d'une erreur de distribution. Ils sont saisis ici en des perceptions et perspectives inattendues. Elles montent  un étrange ordre des choses, fait d'ordre en mal de choses, de choses en mal d'ordre. Le tout dans le doute d’une indubitable présence.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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16/02/2014

Arno Hassler : les apparences contrariées

 

hassler 2.jpgArno Hassler, « A contre jour et paysages des collections du Musée », Musée Jurassien des arts, Moutier, du 2 mars au 27 avril 2014.

 

 

 

Avec Arno Hassler le panoramique qui « normalement » embrasse le paysage ne fait que désorienter le regard. Les turbulences sont renforcées avec « A contre regard » par un dialogue avec d’autres paysages tirés des collections du Musée Jurassien. Se créent une succession de dispersions. Elles défont le paysage en des apparentements intempestifs. Le dehors fait le jeu de dedans et l’artiste prouve son aptitude à proposer le fantôme du monde. L'image heurte le doute sans toutefois le lever d’autant que la méthode retenue accentue les gouffres propres à des paysages qui se voulaient a priori ce que Mallarmé nommait « des châteaux de pureté ».

 

 

 

De fait nous sommes aux prises avec le moindre plus que dans l’intégralité du réel. Comme si devant lui comme devant la photographie il fallait à chaque fois repartir à zéro. Arno Hassler produit une œuvre au statut particulier. A l’illusion  est octroyée une autre présence, un autre contenu : la théâtralité du réel passé dans un filtre particulier. Le réel source de la photographie atteint un point d'arrivée  sans cesse différé.  Dans l’air rien ne bouge : l’ordre est là mais il semble factice.  On croit posséder l’image : c’est elle qui possède.  Toute la lumière du monde est là mais se consume dans l’infini kaléidoscopique.  

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

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