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09/08/2014

John Armleder au cœur du monde

 

 

 

Armleder.jpgJohn Armleder, Musée National Fernand Léger, Biot,  28 juin – 6 octobre 2014.

 

 

 

John Armleder rameute les formes géométriques les plus simples et leurs assemblages et couleurs pour dialoguer avec les forces du monde.  Contre l’imprévisibilité d’un chaos surgissent des éléments ronds qui paradoxalement n’existent pas isolément. Tout communique et se répond dans des similarités dont les couleurs se transforment et reviennent là où le passage est la seule règle. Apogée et déclin, plein et vide, ombre et lumière, blanc et couleurs permettent la présentation d’un seul cosmos où l’ensemble se concerte et s’harmonise. Tout élément appelle autre chose que lui-même en une tension et un minimalisme d’énergie. De telles œuvres deviennent le raffinement de l’univers qui s’organise au sein de matrices dont le formalisme abstrait n’est pas métaphysique mais donne au monde des situations d’équilibres. La dynamique circulaire crée une polyphonie colorée. Elle met en mouvement l’énergie selon un fonctionnement particulier où raison et sensation ont partie liée pour créer une poésie optique. Elle rejoint autant le champ expérimental que la célébration dégagée des magmas telluriques et du tohu-bohu. Une genèse empreinte de circularité d’appuis créent les signes fluides capables de condenser le vivant dans un univers aussi stable que vibrant. L’oeuvre offre ordre et sens dans une esthétique simple mais insondable et dont la rigueur est synonyme d’ivresse paradoxale.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

07/08/2014

Les combinatoires d’épuisement de Thomas Hauri

 

 

 

 Hauri.jpgThomas Hauri, Balt Projects, Zurich, du 21 août au 4 octobre 2014.

 

 

 

De plus en plus Thomas Hauri engage divers processus d’effacement et d’oblitération des images. Disjonctions incluses. Une science aigue des possibles rejoint une décomposition. C’est peut être comme l’envers et l’endroit d’une même chose. C’est aussi la poursuite de l’informe ou de l’informulé. Et un moyen d’abolir le réel. Beaucoup d’artistes sont trop polis ou frileux pour aller jusque là. Ils restent dans un abstrait qui n’est pas celui de Hauri. Pour lui il ne s’agit pas de décrépitude ou d’une simple visée métaphysique. Il est plutôt question d’atteindre l’épuisement non de l’objet mais du sujet de la peinture.

 

 

 

Un tel travail est très complexe : il se secrète suivant des flux qui tantôt se mélangent et tantôt se distinguent. Le propos de l’art devient une langue étrangère, il se transforme en autre. Il s’agit du possible mais d’une nouvelle façon au sein de différentes séries des dernières années Thomas Hauri atteint des limites immanentes qu’il ne cesse de déplacer. Hiatus, blanchiments restent néanmoins des images. Elles ne sont plus entachées d’histoires ou de souvenirs. Tout cela pour l’artiste est de l’ordre d’une compagnie indésirable.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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05/08/2014

Max Leiss : le pur inachevable

 

 

 

Leiss.jpgMax Leiss, « Caravan 3/2014 », Aergauer Kunsthaus, du 23 août au 16 novembre 2014.

 

 

 

Avec l’artiste de Bâle le monde se réduit presque au néant. Mais non sans ironie. Une ironie majeure. Le monde réduit à son presque rien est fondé sur des abstractions collationnées à partir de matériaux trouvés ou créés comme figures les plus simplement sensorielles. Ces figurations mises en scènes en divers jeux expérimentaux possèdent une beauté particulière. Si bien que Max Leiss pourrait faire sienne la phrase de Mallarmé : « Après avoir trouvé le néant j’ai trouvé le beau ». Et ce au sein d’une sorte d’évaporation de formes qui donne aux assemblages l’impression qu’il n’existe pas plus  d’être dans la personne, ni de vérité dans le concevable.

 

Par la fragmentation, la stratification, l'éclatement surgit un jeu sur l'équilibre et le déséquilibre Le créateur ne s’appuie pas sur le registre de la majesté mais sur son décalage. Le déséquilibre qu'il instruit donne plus de force à l'ensemble de l'espace architectural. La « sculpture », l’installation ne se veulent plus de simples répits ou repos du regard par rapport à cet espace. Elles ne sont pas plus sa transgression mais son point d'appui et d'aboutissement. Plus qu'une tension de nature épique ou allégorique est proposée une immersion dialectique.  La "déconstruction" même de l’espace  en est l'indice.  Artiste de la perturbation Leiss remet donc en question l'enjeu de la représentation Il montre toujours le vide que le plein appelle en des expériences aux polyphonies d'éléments épars-disjoints.

Leiss 2.jpgUn monde flottant apparaît : le figuré devient le réel sur lequel ce dernier ne peut plus se plaquer. L'artiste rappelle que la sculpture -comme l'architecture - se constitue dans le sensible mais aussi par le sensible qui lui permet de trouver ce que Carl André appelle « sa seule harmonie ». Au propos visuel de la connaissance le jeune créateur oppose le réseau de perceptions d’aspects incongrus pour jouir de la beauté qui s’y marque. Une beauté cachée dans le vide. Il ne s’agit donc pas d’ajouter mais de réduire. De se contenter d’un séjour en un toast aussi funèbre que lumineux. Il peut suffire à quelques instants de plaisir.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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