gruyeresuisse

01/06/2019

Paul Rousteau par monts et par vaux

Rousteau 2.pngPaul Rousteau, "Arcadies", Maison du Griffon, Neuchâtel, à partir du 6 juin 2019.


L'exposition monographique de Paul Rousteau permet de comprendre comment le travail photographique de l'artiste perce les apparences selon une picturalité aux couleurs vives, douces, impressionnistes et parfois fauvistes. Le monde est celui de la lumière travaillée avec une hybridation des rouges flamboyants, des bleus et des verts plus discrets et des jaunes violents. Il s'agit de se perdre dans une sorte d'Eden

Rousteau.png

En dehors de tout souci de mode ou d'appartenance à une théorisation esthétique l'artiste opte pour un regard plus "simple" ou plus premier dont le seul objet est la beauté. Celle d'"une femme nue, une éclaircie sur une fleur, un lever de soleil sur la mer, un enfant qui rit, ou encore un oiseau avec de belles couleurs".

 

 

Rousteau 3.jpgL'artiste lie intelligence et émotion pour parcourir les seuils où le "je" comme le paysage cède. Mais ce qui est à contre-ciel ne se laisse pas facilement fracturer par les images. Il faut insistance et délicatesse pour trouver l'angle explosant et fixe sans que pour autant l'image prenne un tour oratoire. Tout semble se réduire à des «je ne sais quoi» mais des plus significatifs. Avec Rousteau Genève la sévère prend des couleurs chaudes. La pierre beige des bâtiments bronze. Une douce tiédeur réchauffe le Léman où dans ses "tableaux" les baigneuses nues et nostalgiques sont des statues.

Jean-Paul Gavard-Perret

30/05/2019

Jean-François Comment l'obstiné

Comment 2.jpgJean François Comment, "La figuration 1936-1953", Musée de l'Hotel Dieu, Porrentruy, "De la figuration à l'abstraction, 1953-1962"à (Halle des Expositions, Delémont, "L'aventure dans l'abstraction, 1962-2003). Monographie - coédition Fondation J-F Comment, Musées jurrassien des Arts de Moutiers, Musée de l'Hôtel Dieu, Porrentruy, 2019

Comment.pngDu plus précieux à l'intense Jean-François Comment a refaçonné le monde avec obstination par ses gammes de couleurs (du rouge à l'outremer). Dans un exercice de lenteur il a cherché un sens au monde par elles et leur épuisement afin de les harceler jusqu'à l'effacement. Le tout à la recherche d'un dépouillement monastique.

Refusant les règles et modes esthétiques de son époque il poursuivit sa quête, du figuratif à l'abstrait, pour rendre le visible dans sa réalité profonde par ce que la couleur pouvait révéler. Et ce, de reprises en reprises, en des gestes répétés dans l'épaisseur de la matière mais en un rapport charnel avec la nature.

Comment 3.jpgAttelé sans cesse à son travail d'atelier pendant des heures il y déployait, sans besoin de vacances, ses espoirs, ses visions fruits d'une constante méditation. Stylisation des formes, constructions cubistes, abstraction lyrique sont des éléments de son exploration picturale au sein des jeux de transparence que chaque expérimentation nourrissait - du monotype au vitrail. Il s'agissait de lutter contre l'apparence dans un mélange subtil des éléments premiers : terre des forêts du Jura, eau de la Méditerranée. Et le ciel dessus.

Jean-Paul Gavard-Perret

29/05/2019

Transparences et transfusions de Meg Webster

Webster.jpgMeg Webster, Anne Mosseri-Marlio Galerie, Bâle.

Meg Webster crée une oeuvre minimaliste mais d'un caractère particulier. Elle offre une expérience spécifique : le monde non seulement est inversé mais extérieur et intérieur se mélangent par effet de miroir ou de transparence. Ce travail complexe augmente ce que l’oeil perçoit de manière commune. L'aventure est spectaculaire mais dans le bon sens du terme.

Webster 2.jpgElle agit de manière poétique loin de toute version post pop d’un fétichisme de l'objet. Sans l'éliminer elle le métamorphose afin de lui donner une éloquence visuelle par la force des surfaces, leurs montages, le mouvement, les directions des formes, le jeu des vides, la vulnérabilité paradoxale. Une forme de légèreté ramène à un fait premier de l’art : la plasticité est avant tout une affaire de volumes plutôt que d'objets. Le "sujet" de l'oeuvre n'est pas un vestige mais un état naissant, un point de vie et de vue prenant éventuellement racine sur ce qui transparaît.

Webster 3.jpgL'artiste questionne les limites des formes afin d’en préserver des sensations subtiles et presque évanescentes. Ses représentations quoique très proches de projections littérales en échappent sous forme de subtiles mutations qui jouent des effets de la sculpture qui modifie ses propres données. S'érigent de fait le germe d'une langue plastique forgée en ses substrats ou matières et un monde aussi élégant que mystérieux afin d'interroger la visibilité.

Jean-Paul Gavard-Perret