gruyeresuisse

27/03/2017

André Sanchez : vagabondages


Sanchez 2.jpgAndré Sanchez a créé une série de portraits en un assemblage post-photographique de collages, de textures, de poussières colorées, de rayures, d’éléments graphiques et d’autres adjuvants. Ils métamorphosent l’image initiale en la maquillant pour la faire bouger et créer un mystère proche de la picturalité. La beauté des modèles se creuse, prend d’autres angles. Les apparences premières sont mises en porte à faux de manière discrète. Jaillit un monde étrange de superpositions réunies dans une même vibration.

Sanchez 3.jpgEn ce sens, dans l’œuvre, tout commence ou recommence, tout est inlassablement nouveau. André Sanchez offre des présences décalées à la fois plus intimes et plus distantes.. Le littéral s’approche du symbolique là où le portrait semble soufflé sur une vitre pour qu’il deviennent devienne intrigant. Il faut que chaque rencontre soit impossible ou différée afin que la beauté étreigne le sentiment d’une encoche de l’éphémère transformée en hors temps. L’œuvre affirme donc quelque chose qui est moins la nostalgie du sens que la recherche de ce qu’il peut devenir. Il arrive alors que le temps soit transparent, le moi sans épaisseur : un simple regard peut-être avec ça et là une écriture en écharpe.

Jean-Paul Gavard-Perret

09:40 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

25/03/2017

Clive Arrowsmith : caprices, clins d’oeil et volupté

Arrowsmith 1.jpgCArrowsmith.jpglive Arrowsmith invente entre cérémonial et jeu, gravité et innocence des images ironique et formellement parfaites là où pourtant tout se fabrique à la demande. L’artiste est devenu photographe de mode lorsqu’il était graphiste à la télévision. Il a travaillé très vite pour de grands magazines de mode (Vogue Harper’s Bazaar, Vanity Fair, Esquire). Il est célèbre aussi pour ses portraits de stars (de David Bowie à Def Leppard en passant par le prince Charles). Tel un Penn ou un Avedon mais avec plus de décontraction il ne refuse jamais les grosses campagnes publicitaires : elles lui permettent d’avoir à sa disposition des moyens importants et de développer l’aspect graphique et pictural de ses prises.

A l’ombre des jeunes mannequins en fleurs, l’univers est insidieusement et volontairement transformé en présences énigmatiques et dans un érotisme larvé. L’artiste ne joue pourtant pas de la confusion propre à l’adolescence des modèles. Il s’intéresse à la lumière et l’ombre en des poses d’une théâtralité programmée. L’œuvre est souvent un chant de la féminité. Indifférent à la narrativité psychologique l’artiste défait la présence ou la met en floculation. La vie danse là où les corps rayonnent. Jaillit un rapport dynamique entre les modèles et le photographe : celui là devient le moteur de l'œuvre comme de l’existence du créateur.

Jean-Paul Gavard-Perret

Clive Arrowsmith, Holden Luntz Gallery, Palm Beach, Floride, USA.

08:59 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

24/03/2017

Ego énergumène : Ben

Ben.jpgA 81 printemps Ben regrette les vernissages d’antan où il y avait du vin à boire, où les toilettes étaient fléchées et les œuvres d’art ne se confondaient pas avec les portes d’entrée. Ce qui ne veut pas dire que, dans ce qui est proposé aujourd’hui au sein des les expositions et salades niçoises, le laid tue.

 

Ben 2.pngBen reste le théoricien de l’invraisemblable, l’amoureux d’Emmaüs où s’achète pour 2 euros ce qui ailleurs coûte 20 fois plus. Grâce à ses petits livres ''tous ego'' l’artiste gratte ses prurits saisonniers et entretient ses insomnies. Il touille à sa main ses mayonnaises culturelles, l’amour d’Annie sa femme et l’envie de la tuer lorsqu’elle se plaint au lieu d’écouter geindre son vieux mari.

Ben 3.pngIl cultive aussi certains fantasmes qui électrisent son réseau des synapses afin de vérifier si son régime à base de noix permet certains exploits du corps. En cas de panne il dessine des femmes nues avec un épiscope afin de ne pas faire d’erreur sur leurs mesures. Il rêve d’écrire tel un Bukowski moins dépressif et cultive le vrai et le faux en perdant le lien qui les sépare. Il affirme que l’art ne sert à rien tout en le cultivant de manière addictive sans pour autant obéir à sa mère. Elle voulait le voir peindre comme Vlaminck. Pas question pour autant de le mettre au coin - avec un bonnet d’Annie.

Jean-Paul Gavard-Perret

Ben, « Tous égos », voir le site de l’artiste.