gruyeresuisse

12/06/2020

Le lac Léman et ailleurs - Dominique Preschez

Preschez.pngPour Dominique Preschez et plus que jamais l'écriture est le moyen d’écarter  les mâchoires d'un carcan dans lesquels l’être est pris et lui permettre de se remettre en tentation. Et ce à la suite de deux tribulations majeures. Une personnelle qui mena l'auteur sur les berges de l'Achéron et l'autre plus générale et proche de nous : le confinement coronaïque.

Le premier est pour l'auteur plus important que le second car le voyage fut plus long et périlleux. Mais sortant de ce joug Preschez reprend corps en s'interrogeant - entre autres - sur la raison raisonnante et loin de ses chemins. C'est une sortie de la nuit de l'être pour vivre une renaissance. Sans reprendre ostinato une trop vieille rengaine.

Preschez 2.pngDans ce but le langage "nouveau" de Preschez déplace les lignes de vie et ce partout où il se trouve au bord du cirque de Morèze ou au bord du lac Léman. C'est moins pratiquer - par fragments - la tabula rasa que raffiner l’humain trop humain par la "voix". Celle de la dérision au besoin. Plus que supports de supplications une telle œuvre cherche à retrouver le réel afin de ne pas en perdre la "viande" chère à Artaud.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Dominique Preschez, "Parlando, Z4 éditions, 2020, 142 p., 12 E..

Sabine Weiss : la Suisse et après

Weiss 2.jpgSabine Weiss a quitté très vite sa Suisse natale et Genève pour Paris. Elle y devient l’assistante du photographe allemand Willy Maywald spécialiste des clichés de mode et de portraits. Et après son mariage avec le peintre américain Hugh Weiss elle devient photographe indépendante et rencontre le milieu des artistes d’après-guerre.

Elle photographie beaucoup de créateurs qu'ils soient écrivains, plasticiens ou comédiens (cf son portrait délicieux d'Anna Karina). Elle connaît vite le succès et travaille jusqu'au début du XXIème siècle dans la presse illustrée internationale et aussi pour de nombreuses institutions et marques.

Weiss.jpgElle assure des reportages photographiques dans la mode, la publicité ainsi que des portraits de personnalités et des sujets de société.

Dans ses photographies se lient la présence et l’absence en un théâtre aussi brûlant que glacial. Il creuse le temps en tout sens. Il s’agit de montrer le monde en majesté comme en fantaisie. Et les portraits disent l’inconnu en leur sujet et par effet miroir l’inconnu en nous.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Sabine Weiss, "Une vie de photographe", Le Kiosque - Espace Simone Veil, Vannes, du 18 juin au 6 septembre 2020.

Portraits d'Anna Karina et André Breton.

09/06/2020

Elena Chioccarelli Denis : l'appel

Chiocarelli.jpgElena Chioccarelli Denis, "Vita", La Menuiserie, Lutry, du 18 25 juin 2020.

"Histoires de vie, de voyages, de guerre, de souffrance, de foi" : tels sont les thèmes de la belle exposition d'Elena Chioccarelli Denis à Lutry. A travers ses oeuvres la peinture devient inspirée car inspirante par ce voyage initiatique inspirée par le voyage en 1942 d'une Italienne en Ethiopie. A travers des choix techniques premiers l'artiste fait appel à des références qui relèvent autant de l’histoire de l’art que de cultures primitives.

Chioccarelli 3.jpgL'art s'apparente ainsi à une sorte de "science occulte" infuse et reprise qu'à l’art tribal. Très graphiques, les oeuvres produisent un impact hypnotique. Elles flirtent avec des notions aujourd’hui revisitées, l’ésotérisme, la magie ou le sacré. Là où inexorablement il disparaît et le monde avec lui. D'où ce retour amont entre deux cultures et deux mondes.

 

Chioccarelli 2.jpgAux nouvelles croyances et aux puissances numériques l'artiste préfère ce qui démultiplie les possibles et les mystères. Elena Chioccarelli Denis se plonge, recherche, expérimente, dans ce flux où s’imbriquent connaissance, fascination et impact sur son récit personnel. Les êtres qui apparaissent se mêlent à des sortes de "vieilles images" comme à  un arbre de vie. Existe là une sorte de conversion où l'artiste prouve l'existence - contre vent et marée - d'une sur-vivance et un appel à l'humanisme trop longtemps décrié.

Jean-Paul Gavard-Perret