gruyeresuisse

12/05/2017

Céline Michel en Petit Chaperon Gris

CelineMiche2.jpgCéline Michel, « Sortir du bois », Chamboule Galerie, du 18 mai au 18 juin 2017, Vevey


Céline Michel cherche toujours à pousser plus loin les questions fondamentales de la figuration de l’image photographique. Ici, le « décor » devient sujet : il n’ a rien d’ornemental. Surgissent des histoires ou leurs possibilité comme le titre l’indique et qu’il faut prendre au sens figuré. La forêt reste le seul horizon, l’artiste se modèle à ce modèle mais sans soumission. Le réel devient la pierre d’achoppement du conte, là où tout devient d’une troublante et implicite sensualité. Il se peut que les Petits Chaperon Rouges y rêvent du loup…

CelineMiche.jpgDans ce but - et en naïve et subtile perverse Céline Michel se réapproprie l’espace afin de suggérer une vérité qui n'est pas d'apparence mais d'incorporation. Elle a compris comment la forêt dans ses ombres proposent des ouvertures à l’imaginaire - et ce depuis l’enfance. Le bois trouve une "visagéité" (Beckett) quasi psychologique dans la mesure où il permet la fermentation de rêves implicites. Céline Michel joue ainsi avec le leurre des apparences afin de plonger vers l'opacité révélée d’un règne mystérieux.

Jean-Paul Gavard-Perret

11/05/2017

Les réincarnations d’Iseult Labote


Iseut Labote 2.jpgIseult Labote, « EXODES – photographies », du 18 mai au 17 juin 2017, galerie Andata Ritorno,Genève

Dans sa série Exo Mattresses (2014-2015) Iseult Labote (Vanna Karamouanas) photographie des matelas. Ils deviennent les témoignages d’un exil et de sa dérive. Proche de la recherche d’Ed Ruscha sur le même matériau, la créatrice, à l’inverse de lui, ne voit pas en cet objet une consonance propre à la rêverie. Le matelas renvoie à une vie matérielle précaire, fragile. Il devient le lieu et le symbole d’un abandon et d’une mutation. Une identité s’y palpe. Celle d’un être absent mais qui peuple ce lieu désaffecté. Chaque matelas reste une présence intime en hommage non seulement à sa famille qui a fui l’Asie Mineure en 1922 après la Catastrophe de Smyrne mais aussi à tous les migrants.

Iseut Labolte.jpgL´abandon ne permet de demeurer que dans la douleur littérale. Peu à peu la recherche de la photographe s´établit entre ce qui fut et ce qui devient à travers ces images un abandon " contrôlé" pour ainsi dire. L’artiste laisse sortir doucement, de façon de plus en plus intense tout un torrent d´énergie qui brûle à l´intérieur d’elle. Elle travaille la douleur et l`amour, soudés comme des frères jumeaux. Cela donne une oeuvre de plus en plus condensée, énigmatique, là où les êtres se perdent au moment de les accoucher. C´est beau parce que l’artiste vit son œuvre comme une possibilité, la seule pour elle de transformation et d´alchimie . De la mort et la plaie surgissent ces matelas s´érigent comme des corps réincarnés. Cela place Iseult Labote sur une ligne tendue entre un déjà disparu et une attente incertaine.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Jan Fabre et ses métamorphoses à Genève

Fabre 3.jpgJan Fabre, “Gold and Blood (Sculptures and Drawings”, Art Bärtschi & Cie , Genève, du 18 mai -au 30 juin 2017.

Gold and Blood (Sculptures and Drawings) crée une proposition métaphysique et iconoclaste où l’homme et l’animal sont réunis dans ce qui devient une révision des structures identitaires. A une approche entomologiste se mêle l'apport spirituel de l’or. Il sacralise un propos de reprise et révision de l'identité. Les scarabées dotés d’un bâton d’évêque et d’un arbre de vie deviennent des gourous paradoxaux "religieux" et ironiques de l’Humanité souffrante et enfin consciente d'elle-même. Ce qui demeure bien sûr une vue de l'esprit mais que Jan Fabre revendique.

Fabre.pngLes sculptures permettent à l’exposition de se réaliser à travers un temps horizontal et vertical selon une symbolique qui rameute une connaissance ancestrale. L’artiste s’y revendique comme le passeur sérieux et farceur d’un savoir-faire et d’un savoir sacrés. Dans ses œuvres le scarabée dépasse son statut terrestre. Les perroquets (Marcel Broodthaers regarde René Magritte) rappellent comment l’admirateur contemple l’admiré. Mais en ce monde des volatiles devenus sacrés, lequel précède l’autre ? Enfin, au sein d’autres œuvres, le propre sang de l’artiste sert à accorder à la vie comme à l’art une force de purification et d’instinct de « sur-vie ».

Fabre 2.jpgJan Fabre continue à créer du nouveau sans tuer le rêve des autres. Tout chez lui sort de l’insignifiant comme de la signifiance. C’est sa manière de voler vers les cimes en gardant les pieds dans le réel trivial mais réaccordé. La rage bat encore une démesure par les subtilités de non-sens portés à l’état d’art absolu bien plus performant que la maïeutique et autres techniques métaphysiques plus « classiques ».

Jean-Paul Gavard-Perret