gruyeresuisse

10/03/2019

L'orfévrerie de la ronce et des fleurs : Anaëlle Clot.

Clot 1.jpgAnaëlle Clot, "Habité", Galerie Kissthedesign, Lausanne du 6 mars au13 avril 2019.

Anaëlle Clot poursuit son travail minutieux de décomposition et recomposition qu'elle définit pour sa troisième exposition à Kissthedesign de la manière suivante : "Des formes flottantes et foisonnantes aux identités multiples. Arc-en-ciel, colline, étoffe, coquillage, coiffe, arbre, canne, coq…? Ça n'a pas d'importance, laissons-nous rêver." Il faut en effet se laisser porter par des formes et structures où forcément l'imaginaire se met en branle.

Clot 2.jpgD'autant qu'il se trouve perdu entre abstraction et figuration là où tout est tracé avec une extrême précision voire une forme de préciosité et de raffinement. L'oeil se perd dans les jeux de lacis où les choses s'enfoncent, se combinent dans un falbala de formes où la nature - dans son mysyère - demeure présente.

Pour autant ce travail n'a rien d’ornemental. Il s'agit d'ouvrir le réel à des nouvelles présences et de nouvelles émotions entre ferveurs et tremblements qui sans doute évoquent les propres mouvements de la personnalité secrète et de la vie intime de la créatrice.

 

Clot 3.jpgRésurrection, déstabilisation trouvent une langue particulière. Elle reste un manifeste du panthéisme propre au romantisme marqué parfois d'un certain sceau nocturne. Cependant les ombres comblent la profondeur des vallées cachées, elles montent vers le regard en distribuant tout ce qui respire le sommeil et les songes.

Jean-Paul Gavard-Perret

08/03/2019

Stéphane Kropf : l'art et l'oignon

Kropf bon.jpgStéphane Kropf, "All Over / A lover", Galerie Joy de Rouvre, Genève, du 15 mars au 27 avril 2019.

L'art est pour Stephane Kropf un système d'illusion et d'impression. Au caractère "cimenté" d'un aspect « classique » de représentation le Lausannois préfère d'autres trames  de contact et de lecture. S'impose l'idée de l'oignon (que Léonard de Vinci lui-même n'avait pas hésité à convoquer) afin d'illustrer l'investigation et la métamorphose que propose l'art sur la " trivialité " positive.

 

Kropf.jpgStéphane Kropf la transforme non sans poésie. Il fend le réel comme un oignon pour en distinguer le maximum des tuniques ou pelures qui forment ses cercles concentriques face à d'autres - moins visibles - que la société en sa grammaire a superposées. Le plasticien montre de la sorte que le monde - comme l'oignon - n'est pas une boîte. Ce qu'il contient est multiple en son paradoxe pelliculaire. Chacune de ses " écorces " devient un centre et une périphérie. L'art  n'est pas ce qui enveloppe mais ce qui décale en une narration moins absurde que drôle et surprenante.

Jean-Paul Gavard-Perret

Juul Krajer : devenir femmes ?

Krajer 4.jpgLa galerie "Les filles du Calvaire" de Paris réunissent photographies, dessins, sculptures, et vidéos de l’artiste hollandais Juul Kraijer remarqué en Suisse depuis longtemps. Tous les médiums présentent diverses contorsions humaines et animales afin de  pénétrer l'alchimie des corps et de l'art.

Krajer 3.jpgLe vivant devient une structure drôle quoique parfois effrayante et dynamique. L'oeuvre intègre l’intériorisation du regard à l’extériorisation des formes corporelles. Tout est en mutation et symbiose dans ce qui offre des visions comiques ou ténébreuses et surréalistes. Il s'agit de repenser le corps humain en relation avec les espèces animales dans un trip vital généralisé.

 

 

Krajer 2.jpgL'artiste explore tout autant des états de solitude en évitant tout voyeurisme. Les situations restent impertinentes. La métamorphose du corps intime et social passe des visions corrosives où se mêlent l’inquiétude et l’apaisement provisoire. Les doutes sont perceptibles entre l'absence et une certaine détresse. Tout passe par des plans décalés et divers types d’interstices. Les corps demeurent en équilibre ou en danger mais  toujours prêts à plonger dans la vie pour tenter d’en jouir, même si une force opposée les retient.

Jean-Paul Gavard-Perret

Juul Kraijer, "Exposition personnelle", La galerie Les filles du calvaire, Paris, du 13 mars au 6 avril 2019