gruyeresuisse

09/10/2020

François Ristori l'abstractionniste

Ristori.jpgFrançois Ristori, "Traces-Formes", Joy de Rouvre, Genève, 31 octobre au 12 décembre 2020

Héritier de Support-Surface mais à sa manière, comme de l'abstractionnisme zurichois François Ristori a créé un monde-puzzle fait d'agencementts programmés. À l'époque du groupe BMPT (Daniel Buren, Olivier Mosset, Michel Parmentier, Niele toroni) il s'en rapproche et contribue, par ses recherches personnelles, au questionnement radical sur la peinture avec la mise au point d'une méthode de travail qui fonda sa doxa esthétique.

Ristori 2.jpgDès son premier texte-manifeste "Peinture possible" de 1971 il évoque ses "Traces-/formes" souvent hexagonales et qui s'engendent les unes les autres d'abord en bleu, en rouge, en blanc, jusqu'à occuper la totalité d'une surface, par reprises d'un modèle préalablement établi et selon une méthode qui revient à réitérer un acte-tracé selon un même processus .

Ristori 3.jpgLe système comporte des combinaisons permettant à ces "traces-/formes" de se montrer à travers des répliques différentielles. Néanmoins l'artiste au fil du temps y opère des variations qui casseront en partie son  "post-automatisme" par la recherche de grandes taches couvrant toute la surface de la toile. Mais elle mettent cependant tout autant à distance toute subjectivité.

Jean-Paul Gavard-Perret

03/10/2020

Anne Voeffray : ce qui échappe

Voeffray bon 1.pngLes photographies d'Anne Voeffray annoncent la nuit. Mais une nuit aux écailles lumineuses là où le corps reste souvent érotisé dès que l'artiste quitte le portrait "classique" et identitaire (dont elle poursuit la quête) pour laisser pointer un cou offert, un front que couvre des cheveux là où ce qui chute s'élève en rudesse ou douceur pour enlacer les lieux ou les êtres dans leur complexité secrète.

Voeffray bon.jpgLa beauté n'est jamais marmoréenne mais fractale ou à l'inverse suggérée. Quant aux "paysages" eux aussi il perdent une lisibilité réaliste pour se nimber de mystère parfois phosphorescent. L'interrogation vitale est lancinante en passant par ce noir et blanc qui fixe ou tremble mais toujours interroge un moment où le présent n'est plus inaltérable.

Voeffray bon 3.pngMais loin d'être un théâtre d'ombres ou d'illusions, le monde d'Anne Voeffray recouvre une langueur paradoxale. Le moi comme le réel laisse la place à un émoi particulier là où par de telles prises le premier renouvelle ses limites tandis que les êtres - parfois dans leur nudité - offrent leur aura. L'artiste crée dans ce but des transfusions de multiples impressions. Elle laisse au regardeur.euse une liberté d'interprétation là où tout est silence et où la poésie sublime la pesanteur.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Les "traductions" d'Anne Slacik

Slacik.jpgAnne Slacik, "La Bohème est au bord de la mer - Peintures et livres peints", Manoir des Livres, Lucinges, Chablais du 10 octobre 2020 au 28 février 2021.

 

Anne Slacik fait figurer des formes afin que chacun les lise à sa façon là où par le lieu et pour l'occasion leur présence devient une traduction par une sorte d'investissement en hommage à Butor dans cette émigration  où "La Bohème est au bord de la mer".

 

Slacik 2.jpgTout devient - dans des renversements  - question de frontières et de bordures. Il y a dans les peintures et livres peints d'Anne Slacik une immersion en une picturalité matricielle et chromatique qui entre en dialogue avec les textes que l'artise s'approprie et accompagne. Ceux de Bernard Noël, Jean-Pierre Faye, Bernard Vargaftig, Claude Royet-Journoud, Jacques Demarcq, Adonis et Michel Butor entre autres..

 

Slacik 4.jpgL'ouverture de l'oeuvre picturale "fait" le texte que lequel l'artiste intervient dans ces instants de rencontre qui font venir à eux l'image et la lettre dans un temps et lieux de communauté et de dialogue. Existe donc, presque comme sur la peau des mots, moirages et "écritures" par celles qu'Anne Slacik choisit "d'insérer".

 

Jean-Paul Gavard-Perret