gruyeresuisse

17/03/2014

Elisa Larvego des images plein la tête - entretien avec l’artiste

 

 

 

 

 

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Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?  Ma fille qui m'appelle ou la lumière du jour.

 

 

 

Que sont devenus vos rêves d’enfant ? Je ne suis ni devenue clown, ni maitresse d'école mais c'est que mes rêves se sont transformés avec les années...

 

 

 

A quoi avez-vous renoncé ? Pour l'instant je ne sais pas...

 

 

 

D’où venez-vous ? De juifs et d'italiens exilés, de suisse-allemands bien installés, d'un arrière grand-père communiste, d'un arrière arrière grand-père anarchiste, de ma mère et de mon père. 

 

 

 

Qu'avez-vous reçu en dot ? Des histoires et des images plein la tête grâce à mes parents marionnettistes.

 

 

 

Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ? Mon envie de rester vivre sur les hauts plateaux du Colorado.

 

 

 

Un petit plaisir - quotidien ou non ? Regarder ma fille vivre et grandir, assembler des bouts de films, faire passer mes négatifs au positif pour découvrir mes images.

 

 

 

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? Aucune idée... J'imagine que chaque artiste est différent, tout comme chaque être humain...

 

 

 

Quelle fut l'image première qui esthétiquement vous  interpela ? Les paysages de Van Gogh et de Cézanne qui m'apportait un autre regard sur la Provence où j'ai grandi.

 

 

 

Et votre première lecture ? Je me souviens de mon amour pour les livres de Zola, j'avais une fascination pour ses longues descriptions et ces personnages. Je les ais tous lus.

 

 

 

Larvego 2.pngComment pourriez-vous définir votre travail sur l' "absence" et sur le "vide" ?

 

Ce que je cherche dans l'absence et le vide c'est de tenter de révéler ce qui se cache dans une image, derrière une image. 

 

 

 

Quelles musiques écoutez-vous ? En ce moment, celle qu'écoute ma fille ou que je lui chante!

 

 

 

Quel est le livre que vous aimez relire ? Je ne relis jamais les livres mais peut être que je devrais. Si je devais en relire un ce serait La porte de Magda Sazbo.

 

 

 

Quel film vous fait pleurer ? Beaucoup de films, mais récemment c'était Tel père, tel fils de Hirokazu Kore-eda.

 

 

 

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ? Une femme, une mère, quelqu'un qui m'échappe et que je ne connais finalement pas très bien.

 

 

 

A qui n'avez-vous jamais osé écrire ? Personne qui me vienne à l'esprit.

 

 

 

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ? Avant c'était Irkoutsk, mais maintenant que j'y suis allé, ma mythologie est brisée... 

 

 

 

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ? Celles auxquelles je pense ne me sont pas forcément proches mais ce sont des artistes que j'admire pour leurs recherches sur les images et les mots : Roni Horn et Taryn Simon. 

 

 

 

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ? Des vraies vacances!

 

 

 

Que défendez-vous ?  Je tente de montrer des choses mais les défendre ne m'est pas possible.

 

 

 

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"? L'amour reste énigmatique pour moi mais ce qui est sûr c'est qu'il ne se cantonne pas à une définition...

 

 

 

Enfin que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?"  Bonne question!

 

 

 

Quelle question ai-je oublié de vous poser ? Aucune.

 

 

Interview réalisé par Jean-Paul Gavard-Perret, le 15 mars 2014

 

 

 

 

 

16/03/2014

Les accords parfaits d’Anaelle Clot

 

 

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Anaelle Clot, Aperti 2014, Lausanne.


Anaelle Clot semble tirer sur des cordes invisibles pour offrir le passage vers un monde mystérieux. En se regroupant ses fleurs font des animaux. Parfois ces derniers déraillent vers l’anthropomorphisme. Preuve que la flamme poétique se dresse dans chaque dessin et diffuse une émotion qui déplace le réel.  Les sensations et les oeuvres qu’elles poussent à naître en préparent d’autres pour satisfaire ce qu’elles éveillent. Dans un tel travail nul ne prend le deuil, le monde à l’inverse ressuscite dans des scènes loufoques qui aident les rêvent les plus simples à respirer. L’ombre est exclue parce que la Lausannoise se fait sorcière de la lumière. Elle y orchestre de manière parfois apparemment nonsensique les choses, les animaux, les êtres. S’y sucent des désirs au sein de la chimère là où se franchit le seuil de la réalité. La présence n’est jamais statique : elle est donnée comme effleurée avec une tendresse et une intimité qui devient parfois - mais à peine - libertine. Le monde est pur, sans mièvrerie toutefois. Les traits les plus simples donnent une sève à des dessins qui de manière imperceptible communique le gout de profondeurs terriennes.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

15/03/2014

Pamela Rosenkranz des racines de la création à l’Apocalypse

 

 

Rozen 1.jpgPamela Rosenkranz, No Core,  Editions  JRP Ringier en collaboration avec le Centre d’art Contemporain Genève, le Swiss Institute Contemporary Art, New York et Kunstverein Braunschweig.

Oeuvres in Gallery Miguel Abreu, New York.

 

 

 

Revenant aux interrogations fondamentales sur l’être et l’art Pamela Rosenkranz fait de son travail une des recherches les plus abouties de la postmodernité.  Dans « Death of Yves Klein »  elle diffusait un écran monochrome IKB passé au filtre du spectre numérique tandis que la bande son rappelait les dangers encourus par le peintre lors du maniement des substances nocives  qui causèrent son décès. Preuve (par l’absurde diront certains) que l’art n’est pas une activité innocente et qu’il existe là une part de risque. Quant aux objets - des bouteilles d’eau aux couvertures de survie - mis en scène par la suissesse installée à Berlin ils ramènent aux conditions primaires de la vie : nécessité de l’hydratation et de la protection contre le froid.

 

 

 

Néanmoins à travers ces objets  l’artiste ne se limite pas aux contraintes biologiques de l’existence ou aux dangers chimiques des matériaux de l’art. L’angoisse que Pamela Rosenkranz fait poindre est plus profonde et politique. La créatrice s’intéresse aux dangers généraux qui planent sur le monde actuel : nouvelle guerre mondiale latente, catastrophe écologique (réchauffement du climat, accidents atomiques). Beaucoup de ces pièces  (Stretch Nothing, Express Nothing, Avoid Contact, As One) le rappellent tandis que la série Firm Being, réduisant l’homme au centième de l’eau que contient son corps, montre que celui-là est sur le point de détruire la nature par l’épuisement de ses ressources et par la pollution de son atmosphère.

 

 

 

L’être n’est déjà plus le maître de l’univers : menacé par ses robots qui lui échappent, observable à souhait, apprenti-sorcier victime de ses propres sorts il retourne à la bestialité comme si la boucle était sur le point d’être bouclée dans un Darwinisme inversé. L’art ne peut donc plus se présenter de manière  anthropomorphique. Ne reste dans certaines toiles que la peau dont la couleur devient moins un marqueur qu’une suite de variations créées à l’aide de fonds de teint. L’identification disparaît. Ne demeurent par exemple que les silhouettes (des assistants de l’artiste  gantés et habillés pour se protéger de la toxicité de la peinture)  imprimées en  présence « in abstentia » sur des couvertures dont la surface devient irisée et équivoque. Rien n’aura plus lieu que ce lieu en quelque sorte dévasté.

 

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L’activité de l’homme se réduit à celui d’outil anonyme producteur d’images contrefaites sous formes de peaux, de stigmates ou encore (avec Firm Being) des petites bouteilles d’eau déjà citées. Elles sont étiquetées « Source de jeunesse », « inspirée par la nature » mais qu’on ne s’y trompe pas : le leurre est là. En lieu et place de liqueurs vitales comparables à celles dont le marketing fait l’apologie sanitaire ne croupit que la déclinaison des jus des couleurs du derme. Manière de rappeler que sous le nouveau mythe hygiéniste de l’occident se cache la mise à mal de près d’un milliard de vivants en danger de mort. Le risque est grand de voir le monde incendié dans une ultime révolte annonciatrice d’un Apocalypse désormais programmé. La « leçon » d’une telle œuvre vaut donc bien mieux que les traités qui dans leur rationalisation oublie de parler au premier homme. Une seule « image » de Pamela Rosenkranz - parlant au cœur de l’animal qu’on espère encore doté de raison - vaut à ce titre des milliers de pages des Talmud, Bible, Coran et Zohar dont on a vu hélas le peu d’effet sur un homme qu’ils voulurent en un pittoresque contresens ange plutôt que bête.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.