gruyeresuisse

06/10/2014

Patricia Glave fée des songes

 

 

 

 

glave.pngPatricia Glave, Musée Forel, Morges (octobre-novembre 2014)

 

 

 

Depuis qu’elle est installée à Lausanne Patricia Glave fait feu de tout bois. Avec lui elle tresse des couronnes christiques ou embrouille des vanités. Plus besoin d’ajouter autour de ces dernières un ciel à la Van Gogh ou un fonds d’espace de Van Eyck. L’œuvre se suffit à elle-même. La mort y couche avec la vie, non sans une certaine santé et enlacements et caresses. Mais l’existence garde le dernier mot. L'artiste embrasse le suc des choses sans preuves, respire ce qui bouge, adhère à la tendre indifférence du monde qu'elle habite de ses reliefs et lavis.


Glave 2.jpgQuelle que soit la technique - installations, dessins qu’importe - demeure une fragilité dans les œuvre de la  femme de lune. Elle sait qu’un lac fut-il grand comme le Léman est faible malgré ses énervements : le littoral peut le manger à tout moment.  Comme lui l’artiste dicte aux courbes leur parcours au sein de métamorphoses. Chacune d’elles est un chaudron de solitude où se salue la lumière. La mort y bat de l’aile car chaque technique devient une  variété de fleur capable de tout guérir. Dans une corolle feule une éruption d’amour. Dès lors la tête d’un squelette ne permet plus de croire trouver le diable avec sa fourche et ses oreilles acérées. L’artiste préfère la langue des brebis dans un champ d’émeraude. Elle s’en empare, gribouille les branchages d’une forêt des songes, devient fée mère contre l’éphémère et contre  ce qui clôt et arrête. Le tout en cultivant une sorte de tremblement. Il donne à l’œuvre son aspect gracile et insoumis. Contre la neige sur les tombes l’artiste marque le territoire vital de son « instinct femelle ». Et pour chaque nouvelle œuvre ou série Patricia Glave saute une barrière, ose : la peur ne lui coupe jamais les jambes. Elle fend l’espace, l’élargit et devient la rivale des vestales consacrées à la déesse terre.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

05/10/2014

Les choses – Martin Jakob

 

 

MartinJakobMilk.jpegMartin Jakob, « Adyta »,  Milkshake Agency, Genève, 7 octobre - 18 novembre 2014.

 

 

 

Martin Jakob trouve son inspiration et sa matière première dans le quotidien le plus proche : son atelier, sa chambre, ses meubles. Le Neuchâtelois réinvente par un travail manuel l’espace basique pour le « réimager ». Reconstruisant après avoir déconstruit les lieux, ils acquièrent une dimension drôle, intrigante, poétique. Dans un travail de récupération ou de déplacement les normes comme les habitudes sont revisitées. Les installations brouillent nos grilles de lecture, créent des torsions programmatiques, obligent à plonger en eaux troubles. Le réel est comme démenti. L’artiste le dégage de son étau physique sans toutefois le porter vers le vice de l’idéalité. La langue plastique se fait aussi sourde que légère. Elle métamorphose son modèle. Tout un récit poétique avance pour séparer l'être du réel au profit d'extases nues. Cela ne revient pas pour autant à ranimer les fantasmes mais à se dégager de l’enchevêtrement obligé pour un autre beaucoup plus ludique. Les objets ne sont plus de simples ustensiles propres à gainer le mode, ils redeviennent des signes qui échappent à la seule fonction de communication et de référence. Ils atteignent un rôle supérieur en ouvrant l’imaginaire par tout ce que la poétique de Martin Jakob remet en jeu.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

02/10/2014

En attendant Godinat

 

 gobinat 2.jpgAloïs Godinat, Galerie Francesca Pia, Zurich

 

 

 

La Lausannoise Aloïs Godinat crée des œuvres aussi ludiques que radicales proche d’une forme particulière de conceptualisme. L’élégance y est au service d’une subversion rafraîchissante dans une esthétique post-minimalisme  et post-« appropriationniste ». L’artiste invente une poétique de l’écart, du déplacement. Interrogeant l’image loin des substrats théoriques pesants elle transforme objets usuels ou obsolètes en vue d’usages improbables.  Mêlant la forme et le geste Aloïs Godinat fait reposer parfois ses propositions sur un angle musical. Dans ce travail l’objet (de l’affiche au grattoir ou au pot de fleurs) est re-contextualisé mais selon un écart. Il devient  en conséquence ce que l’artiste nomme une « abstraction implicite ».

 

 

 

Godinat.jpgDu bric-à-brac des pièces rapportées le geste de la Lausannoise multiplie les ouvertures de boîtes afin que la nuit en sorte et ne reste plus collée à leur utilitarisme. Reste à fouiller dans ces  boîtes de Pandore et de Pandora, ces boîtes à rire, à sourire, à ouvre boîte, à lettres d'amour, à lettres de rupture, à lettres de pâtes en alphabet, à cadrans, à promesse, à problèmes, à soleil, à tempête, à floraison de nerfs, à ronciers de l’amour, à tra-la-la, à combustion intime, à herbe à chats, à toutous pas snobs, à faire, à ne pas faire, à enfer, à idéal, à laine fraîche, à beaux lambeaux de brume, à cimes et à pilules à mères. C'est à ce moment là qu'Aloïs Godinat revient pour  demander au voyeur quelle mouche l'a piqué ? Elle sait - elle - que  dans ses boîtes à secrets celui-ci n'existe pas. Godot n'en sort donc  jamais. Mais c'est ce qui en fait tout leur charme.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret