gruyeresuisse

02/06/2018

Carla van de Puttelaar : transparence de la volupté

Puttelaar.jpgCarla Van Puttelaar associe nus et portraits de jeunes femmes à d’autres éléments. Fleurs et femmes, femmes fleurs se transforment en « paysages » étranges et familiers là où tout est « luxe, calme et volupté », affaire de délicatesse, de vulnérabilité et de fragilité dans un monde entre chien et loup.

 

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Le nu prend un aspect pictural et mystique. Il est chimère et densité. Il se caresse du regard. La femme y demeure aussi réelle que fantomatique entre sainteté et abandon programmé là où la photographe insère un leurre dans le leurre : le corps joue des ambiguïtés cause/effet, essence/apparence.

 

 

Puttelaar 2.jpgModèles aux peaux diaphanes ou aux peaux noires créent une présence de l’infra mince. Le but reste d’atteindre ce qui échappe dans l’immobilité programmée des silhouettes vives. Existe un cheminement vibrant mais silencieux. Il permet le saut au-delà des apparences. D’un côté quelque chose de minimaliste et de croqué, de l’autre subtile sophistication qui accorde à chaque personnage ou fleur à la fois une valeur de buée mais aussi un champ de gravité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Carla van de Puttelaar, « Adornments »,

01/06/2018

Philippe Guiguet Bologne : l’alerte spirituelle

Guiguet.jpg

 

 

L’élégance ne se décrète pas : l’écriture de Philippe Guiguet Bologne la possède. La voix du poème devient un palmier sur le ciel, des lèvres qui chuchotent un retard, un retour. Le souffle est retenu, le jour ne bouge pas, mais monte un moment de grâce avec de larges coulées de murmure, « un envol couvert d’une guipure de traits » qui allongent pleins et déliés où féconde une sorte de démence douce.

 

guiguet 2.JPGAu sein d’une inconstance native, le poète une nouvelle fois arrive à prendre pied, refait une sorte d’histoire d’amour à peine éclose dans la fournaise des jours et du sud sans doute. Ecrire devient un devoir. Il s’agit de s’aventurer dans l’ailleurs, vers le silence ou les bruits étouffés et la musique impossible, pour contempler des vérités mutilées. Au secret d’une telle voix, le poète n’est plus sourd à lui même et à l’autre. Entre les deux se porte le chant d’un secret.

Jean-Paul Gavard-Perret

Philippe-guiguet-bologne, « Ferle », Littérature Mineure, Rouen, 2018, 8 E..

15:32 Publié dans Lettres, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

Michel Thévoz : Vilain !

Thevoz.jpgAprès Frédéric Pajak, Paul Nizon, Delfeil de Ton, « Les Cahiers Dessinés » proposent dans sa collection « Les Ecrits » un nouveau livre sans dessins et dont le dessein semble leur en vouloir. Michel Thévoz – figure magister de l’art en Suisse et de l’art brut - regroupe ici certaines de ses chroniques, de Hans Holbein à Bernard Garo. Il ne cherche pas à saluer à tout prix des artistes « reconnus ». De la part d’une telle figure de proue cela reste un signe de bonne santé. Bref - et à plus de 80 ans - l’auteur ne perd rien de son regard et de son impertinence. Il ne se laisse pas avoir par les derniers remugles des arts écologistes et campe sur ses fondamentaux d’enfermements ou du retrait.

Thevoz 2.pngL’auteur se fait - et il ne faut pas en être dupe - volontairement provocateur. Mais moins fluctuant que Fluxus. Certes son introduction assure un premier uppercut : « Apprenons à inexister» dit-il. Et l’auteur d'en rajouter une couche : la Suisse manquerait de relief. Ce qui est en soi un paradoxe… Mais il est vrai - et le pays peut s’en honorer – que la Suisse ne cultive pas un point de vue nationalisme plastique. Le Fédéralisme n’y est pas pour rien. Entre Lausanne, Genève, Berne, Zurich, Fribourg, Bâle ou le Tessin l’éventail plastique reste large.

Thevoz 3.jpgLe pays semble implicitement aspiré par ses grands voisins. Et les noms des théoriciens que Thévoz convoque dans son entrée en matière semblent prêcher en ce sens. L’auteur peut regretter parfois et à sa manière le bon vieux temps du rock and roll artistique. Néanmoins il évite les souverains poncifs, les leçons de morale et surtout ne met jamais à mal l’art du XXIème siècle helvétique. Si l’auteur regrette son manque de spécificité (mais existe-t-elle ailleurs et ce même dans les grands pays – la Chine au premier rang ?), son livre est autant à tiroirs qu’au titre trompeur. Manière de cacher les secrets qu’une telle commode cache. Il ne s’agit jamais d’un vide grenier.

Jean-Paul Gavard-Perret

«L'art suisse n'existe pas», de Michel Thévoz, Editions Cahiers Dessinés, 240 pages, 2018.