gruyeresuisse

15/06/2015

Fragments de cérémonies secrètes : John Wesley

 

 

 

 

Wesley 2.pngNé en 1928 l'artiste new-yorkais John Wesley peut être classé sous le registre du pop-art. Le sien arpente l'Eros  en conformité avec le mouvement : formes simples et couleurs primaires gardent toute leur importance. La femme s'y fait pieuvre : elle capte le poisson du mâle pour l'engloutir dans sa caverne selon une thématique qui n'est pas sans rappeler l’art nippon de l’estampe. Mais il est traité de manière plus radicale et minimaliste. Nul ne sait si dans de telles scènes il existe des vainqueurs ou des vaincus.

 

Wesley.pngRestent seulement les participants d'un rituel dont John Wesley souligne les ressacs de jouissance cérémoniale. Demeurent des fragments de mêlées reptiliennes et de plaisirs dont l'artiste efface toute psychologisation. Les personnages semblent affranchis de toute convenance là où l'artiste reprend des archétypes visuels "à sa main". L'empreinte d'un sacré n'est pas absent d'escapades qui semblent intemporelles mais dont les syntaxes ne possèdent rien d'évanescentes au moment où les corps s'unissent en pénétrantes asymptotes.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

John Wesley, Œuvres sur papier, Galerie Marc Jancou, Zurich.

 

10:45 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

14/06/2015

Face au silence : Claude Luezior

 

 

 

Luezior 3.jpgClaude Luezior, Trilogie : Fragment, D’un seul geste, La couleur du silence, 90 p., 92 p., 100 p., 12 Euros chacun, 2015, coll. Poesie(s), L’Harmattan, Paris.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Luezior.jpgL’imaginaire et le réel  remarquablement travaillés par la langue du poète fribourgeois font que les notations-évènements à caractère descriptif deviennent  l’objet d’une transformation plus existentielle que « littéraire ». La mutation des formes d’écriture s’opère dans la réduction et la densité  et l’enrichissement de la  langue au moyen d’images qui effacent les contingences pour les densifier. Par exemple Luezior transcende la lutte de la femme (une amie poétesse de l’auteur) devant la maladie : « elle est là devant toi / et ton aiguille vile / elle est là, poitrine offerte / victoire de Samothrace / à la proue des embruns / elle qui brise le tumulte / du crabe qu’elle défie » et afin de parachever sa lutte le poète ajoute : « la vestale respire / de son verbe / de ses murmures / déjà / elle nous donne la vie ».

 

 

 

Luezior 2.jpgLuezior renverse donc les données dites objectives : l’espoir est l’étincelle qu’il jette au vent de la vie pour faire resplendir une sorte d’au-delà. Mais ici-même, ici bas. Le poète ne lâche rien : certes par essence la vie use mais il s’agit de faire résistance contre le silence : le poème devient le cri des oiseaux en plein vol. Comme eux il s’agit aller au-delà des neiges et des rochers pour atteindre les mots parfois encore indéchiffrables qui font taire le mutisme.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

10:28 Publié dans Lettres, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

13/06/2015

Barbara Cardinale et Sylvie Mermoud sur orbite

 

 

 

Mermoud bon.jpgBarbara Cardinale & Sylvie Mermoud, « Capsule périphérique », art&fiction, Lausanne,8 planches de tailles variables
sous emboîtage, CHF 135 / € 135

 

 

Capsule périphérique est constituée de huit planches de formats variables présentant des dessins (encre et transfert) de Barbara Cardinale et Sylvie Mermoud. Tout a commencé par une histoire de boîtes aux lettres : les deux artistes s’y passaient les dessins à compléter selon un jeu à quatre mains à la recherche d’images rémanentes et obsessionnelles qui rappellent de manière métaphorique la robe de la mélancolie de Dürer, ses plis dans les jeux de dévoilement. Les artistes entre complexité et légèreté  fondent une traversée. Arrimées à leurs propres ombres et ses lumières elles renversent le jeu classique de la représentation et de la construction. Discrètes elles pénètrent l’intime moins par effet d’évidence que de voile et d’aporie. Elles instaurent une communion à la fois lyrique et austère.

 

La canicule des émotions demeure calfeutrée au sein de nimbes et par la retenue de « narrations » ironiques.  La lumière semble parfois quitter la nuit et « sortir d’un cauchemar avec l’envie que la journée à venir soit belle » (S. Mermoud). Pour ce faire, les deux plasticiennes entrainent dans un monde chargé d’émotions qui matérialisent un processus de vie.  Du bord du Léman surgit donc une œuvre duale qui est tout sauf superficielle et qui n’a rien d’un passe-temps. Y transparaît une envie de se battre avec persévérance tout en laissant place à la disponibilité du regardeur. Le partage est donc le maître mot d’une œuvre où le désir de faire est bien supérieur à celui de se distinguer à coups d’« effets ».

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret