gruyeresuisse

10/02/2019

Francesca Pompei : théâtre de l'oubli

Pompei 1.jpgLa photographe Francesca Pompei possède un nom idéal pour habiter le lieu qu'elle investit (de quoi ravir Lacan...). Elle y capte sans le moindre ajout de lumière, ni aucun artifice la magie d'un lieu suspendu à - dit-elle - "un possible spectacle, à l’effervescence des coulisses et l’attente des spectateurs".

Pompei 2.jpgCe lieu n'a rien de neutre. Situé dans le camp militaire de Wünsdorf, à 25 km à l'est de Berlin il fut un quartier général de l’Allemagne Hitlerienne avant de devenir le plus grand avant-poste soviétique en pays étranger. Évacué après la chute du mur il est abandonné. En perdure parmi les vestiges le théâtre qui fascine la photographe.

Pompei 3.jpgDe l'orgueil des différents vainqueurs et locataires du lieu l'artiste tire un charme délétère. Là où l'ambition des maîtres provoqua la ruine des peuples se dégage un inventaire de modèles périmés par le temps mais d'où certaines fictions - par la mise en scène des images et des spectacle - renaissent . En quête d'une forme de réintégration ou de réappropriation l'artiste se perd dans un tel "puits" de l'Histoire pour lui redonner une grâce. Trace-t-elle la voie vers des pas qui reprendront demain ? Pas sûr mais il s'agit de parcourir le lieu qui fut le bord d'un double abîme là où se recrée un théâtre dans le théâtre.

Jean-Paul Gavard-Perret

09/02/2019

Abe Frajndlich : obsessions

AbeFrajndlich 3.jpgLa vie photographique d'Abe Frajndlich a selon lui débuté "sérieusement" en 1970 avec une obsession incessante pour ses sujets. "Au début, je vivais avec une danseuse / mime appelée Rosebud Conway, je ne pouvais pas m’arrêter de faire des photos d’elle et j’ai finalement réalisé un livre intitulé Figments en 1975" écrit-il. Il fut été édité et mis en page par Minor White avec lequel il prend un tournant amoureux et qui devient sa nouvelle obsession photographique.

AbeFrajndlich.jpgPuis sa focalisation se tourne vers un autre objet : la ville de Cleveland en Ohio dont elle tire le livre "Cleveland Infrared". Néanmoins perdure en filigrane la passion pour à la fois les portaits de créateurs (Bukowki, Ginsberg, etc.) et le nu féminin déjà illustré en 1999 par "Eros Eterna". Pour un tel artiste et comme la peinture ,la photographie est céleste par la vue, humaine au sens du toucher.

AbeFrajndlich 2.jpgRencontrant Minami Azu dans une station de métro à New York il a un nouveau coup de foudre et ne cesse de la photographier dans le monde entier (Tokyo, New York, Venise, Rome, Cleveland, etc.). Le photographe présente ici l'atelier qu'il a animé avec ses étudiants sur cette "obsession personnelle" envers la maîtresse du Butoh. Dès qu'il ne la voit pas, il pense à son dos car aucun autre ne lui ressemble. Mais son effet de pan ne ramène pas au sol mais  à un point de vue céleste.

Jean-Paul Gavard-Perret

Charles Blanc à l'écoute de son époque

Blanc 3.jpgIl faut parfois du temps pour que le regard se libère de ce qu'il avait vu et ce qu'il cherche dans le tableau. Cette opération magique l'artiste bien oublié Charles Blanc (1896-1966) la tentait. Peintre paysagiste il se plaça à l'écoute de l'intérieur des apparences de la ville comme de la nature. Il pénétra le monde tel qu'il est non pour en prendre le contrôle mais pour faire ressentir que chacun lui appartient.

Blanc.jpgL'art pour lui était un moyen de surmonter l'isolement qui s'éprouve derrière la frontière du corps et de l'esprit. Le peintre fit trembler le réel pour en secouer la lassitude. Parfois et dans ses aquarelles de manière plutôt légère et primesautière. Mais dans ses peintures l'oeuvre est plus âpre et profonde. Blanc se dégageait d'un certain style montmartrois de l'aquarelle pour atteindre des territoires plus sombres.

Blanc 2.jpgLe doute permanent imprègne le choix des couleurs sombres pour saisir la lumière à travers l'épaisseur de la nature et de ses "matières". Certes Charles Blanc n'est pas Rouault. Il fait partie des petits maîtres. Mais il eut la faculté d'embrasser l'espace de sorte que le lointain et le proche soit réunis dans la coïncidence des contraires. Si avec l'aquarelle et la peinture la signification est différente toutes deux questionnent l'idée de représentation dans un toucher rendu visible.

 

Jean-Paul Gavard-Perret