gruyeresuisse

15/11/2014

Julia Bruderer et les boucs à nier

 

 

 

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Julia Bruderer sale la queue de bien des comètes ou les attife de hardes colorées  ou non  en des dessins aussi drôles que durs et poétiques. Jadis on aurait taxé la Zurichoise d’être une démone. Heureusement les temps ont changé. Et le mâle - du moins ce qu’il e reste -  accepte les créatrices qui donnent à voir l’obscénité de leur monde (s’il est mis en couleur). Ici les hommes ont des cornes mais elles ne ressemblent en rien au sexe statufié de Victor Noir au cimetière du Père Lachaise. Face au genre dit maître l’artiste multiplie des tresses qui singent la détresse. Pour les femmes dessinées tout ciel (même celui du ciel) est étranger. Il n’existe dans l’œuvre ni joli boudoir, ni lys dans les vallées alpines ou jurassiennes. Julia Bruderer a même arraché les baisers afin qu’ils n’emportent plus les lèvres. Les filles ont replié leurs cuisses sous elles et n’écoutent plus les grâces des sornettes du mâle faisant. Leur ventre est redevenu l’endroit le plus sûr de la terre. Il n’est plus chargé de tous tes péchés  d’Israël. Les femmes restent dans leur laine pour ne gémir que de leurs propres lamentos de tourterelle mais le plus silencieusement possible.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Jacqueline Devreux "serial" photographe

 

 

 

Devreux.jpgJacqueline Devreux présente de la femme une image différente de ce que les hommes attendent comme de ce qu’en proposent les photographes mâles. Humilité, simplicité dans la sophistication permettent de montrer le côté double la féminité dégagée de toute mollesse, condescendance  ou provocation de mise en scène. Toutes les prises sont près du corps sans forcément le mettre à nu. La Devreux 6.jpgtransgression passe par cette « théâtralité de la théâtralité » afin de faire surgir une autre vérité souvent pare effet et séries. Vagabonde magnétique Jacqueline Devreux suggère le mystère à ras de réel. Avec subtilité elle organise des variations au sein d’une odyssée reviviscente où le corps prend parfois des aspects hallucinatoires mais sans débordement intempestif. Devreux 7.jpgL'image reste froide comme l’hiver sur l'Hudson River. Si bien que même le brûlant du fantasme ne peut faire considérer ces photographies comme de la "visibilité cutanée". Le corps jouxte soudain d'autres abîmes subtilement évoqués. Preuve que la photographie n'est pas une façon de faire autrement, mais un moyen de construire autre chose.

 

Par morceaux surgit un chant doux et mélodieux. Photographier c'est le reprendre tout en le renvoyant au silence d’où il sort comme à l’extase et à une certaine inquiétude. Et ce loin de toute narration et en dehors de tout élément diégétique. Chaque photographie fait naître des sensations et idées complexes le plus souvent à travers une femme en solo et l’entretien infini que la photographe tient avec elle.


devreux 3.jpgIl existe là peut-être la peur et la fascination du corps de l'autre, la peur et l'envie de son propre corps, de ce qu'il cache de ce qu'il montre à l'autre et qu'on ne veut pas montrer, la dichotomie entre intérieur et extérieur, la question de la maîtrise de ce corps que l'on voit en surface, mais aussi au plus profond de la chair.  Preuve que l’art n’est pas qu’une histoire de peau et de surface.


Jean-Paul Gavard-Perret

 

13/11/2014

Les mutations farcesques d’Ursula Knobel

 

 

 

 

Knobel.jpgPuisant son imaginaire dans les matériaux du réel Ursula Knobel les remodèle à sa main, le plus souvent au moyen du médium le plus simple : le dessin. La célébration plastique devient néanmoins un rituel poétique totalement décalé. L’artiste ne cesse de prendre à revers la représentation du monde et la perception du spectateur en une approche à la fois naïve et conceptuelle, minimaliste et faussement désinvolte. L’artiste s’oppose à toutes les arrogances par ses déphasages. Le dessin se met à chanter pompette. Le pestilentiel du quotidien est transformé en fragrances « pistil en ciel » en des jardins dont nul ne peut  ressortir en détresse.  Le soleil y tape dur comme un boxeur. L’ère de la renonculacée n’y est jamais  retardée. La force démystificatrice fonctionne à plein régime, en toute simplicité et en une indignation discrète. L’ironie fait le reste. Et le fait bien. Au besoin Ursula Knobel forge le faux afin d'exalter l'artifice. Plus besoin de prendre la fuite, de se jeter dans le Rhin  pour quitter la Suisse. Mieux vaut attendre, devant chaque image proposée par l’artiste, qu’elle nous jette dehors comme le ferait un patron de bistro.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret