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10/06/2013

Sandrine Pelletier : Entretien avec la Truite.

 

 

 

 

Pelletier.jpgInterview de Sandrine Pelletier par Jean-Paul Gavard-Perret, juin 2013

 

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?  Mes chats tonitruants

Que sont devenus vos rêves d’enfant ? Des projets en cours

A quoi avez-vous renoncé ?  A devenir danseuse 

D’où venez-vous ? D'un endroit simple et complexe.

Qu'avez-vous reçu en dot ? J'adore l'expression un peu datée de: "je suis vieille fille"...

Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ?  Le confort

Un petit plaisir - quotidien ou non ?  Me promener, manger, fumer, boire, rire de tout.

 

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?   Mes branchies, pour pouvoir faire la truite.

 

Quelle fut l'image première qui esthétiquement vous  interpela ? 1.Un grand cendrier en cristal de Muran 2.le dos des coccinelles 3.Alice Cooper

Où travaillez vous et comment?  Lorsque j'en ai un, à mon atelier. Sinon, dans la nature et dans différents lieux d'exposition où je suis invitée.

J'aime travailler au sol/avec le sol et j'aime l'improvisation, surtout en extérieur.

 

Quelles musiques écoutez-vous en travaillant ?  Un panel large allant de l'EBM belge aux musiques traditionnelles arabes en passant par les bandes originales de film.

 

Quel est le livre que vous aimez relire ? Les Atlas

Quel film vous fait pleurer ? Antartica

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez vous ?  Quelqu'un d'un peu plus âgé que moi

A qui n'avez-vous jamais osé écrire ?  Au passé composé

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?  L'Afrique

 

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ?  Eva Hesse, Jim Henson, Clarisse Tranchard

 

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?  Une perceuse et des fleurs.

Que défendez-vous ?  Les êtres sans défense. 

 

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas" ? C'est le style de phrase reprise par un garçon avec qui on se sent mal à l'aise et que l'on a subitement envie de fuir.

Enfin que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?". Pardon?

 

 

Sandrine Pelletier a exposé  à la Galerie Rosa Turetsky, Genève à la Taché-Levy gallery, Bruxelles, à la galerie Pieceunic, Genève, à l’Espace Doll, Lausanne. Mais aussi à Kyoto, Los Angeles et Milan (entre autres).

 

 

 

 

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09/06/2013

Un thé au Sahara, un fendant à Lausanne avec Marcel Miracle

Miracle 2.jpgMarcel Miracle, "The Solo Projet" – Galerie Magnin-A, Art Fair. Basel, 13-16 juin 2013

 

Né en 1957 à Madagascar, Marcel Miracle vit à Lausanne et dans le Sud tunisien. Géologue en Afrique, instituteur en Suisse, tourneboulé par la toile de Magritte « Le maître d’école », il ne cesse depuis d’organiser le désordre du monde en cosmos. Maître ou postulant de la divination il la pratique Néanmoins, comme Sœur Anne, il ne voit jamais rien venir. Patient, il réalise des milliers de petits dessins à l’encre et crayons de couleur  ainsi que des collages. Ils ovulent de corps sort de ses abris et une géographique physique « chaosmique » s’y déploient. 

 

Le monde s’éparpille en une suite de propositions ludiques. Elles remontent du fleuve du réel aux affluents du songe tels des saumons roses bonbons. Par ce retour amont le créateur s’intéresse à ce qui reste lorsque le marchand d’âge est passé et que l’enfance du monde a perdu son visage.  Certes l’artiste ne caresse aucune illusion sur ses « misérables miracles » : « l’art passionne si peu les hommes qu'ils n'en finissent pas de s'inventer d'autres activités » écrit-il. 

 

 

Miracle.jpg Il n’en demeure pas moins que ses rats d’eau médusent. Même lorsqu’ils errent au milieu des déserts ils semblent recouverts de manteaux de vision.  Manière pour l’artiste de se méfier des mystificateurs de l'absolu qui prennent les regardeurs dans les filets du lyrisme. Face à eux il cultive son indignation ludique et en rien moraliste.  Il forge au besoin le faux pour exalter l'artifice et l’artefact. Le dessin reste donc pour lui l'erreur essentielle. Certes elle ne justifie pas de tout mais permet d'inventer une liberté afin de garantir des moments parfaitement inutiles.

 

Marcel Miracle convainc que lorsque le temps est aussi pourri que cette année la vie vaut moins d'être vécue dans les débuts de moissons du canton de Vaud  que dans les débits de boissons de Lausanne. Ici comme au Sahara l’artiste transgresse tout édit de chasteté. Son œuvre plastique est donc une mine dont il faut suivre la veine essentielle. Le texte parfois s’y mêle en des fables où des figures de sable mutent en  rochers et les rocailles en stuc ou skaï.  L’ironie et la dérision indiquent une voie  claire et précise: en avant doute !

 

Jean-Paul Gavard-Perret

07/06/2013

Valentin Carron à la Biennale de Venise : la pensée ironisée et incarnée

Carron.jpg Comment la sculpture et la peinture ont-elles prise sur nous, comment les atteignons-nous, comment nous touchent-elles ? Nous l’ignorons. Et Valentin Carron ne résout pas de telles questions. Cependant il sait déplacer nos points de vue en inventant de nouveaux espaces, de nouveaux rapports, de nouveaux contacts toujours ironiques avec les matières et leur traitement. Sa présence en tant que représentant Suisse à la Biennale 2013 de Venise le prouve.

Ses silhouettes, ses animaux plus sauvages et monstrueux que leurs homologues réels, ses objets revisités comme ses tableaux « abstraits » mettent à nu l’objet de la pensée en proposant une réflexion sur leurs formes et matières. A la fois sublime et drôle chaque pièce inquiète l’espace. En témoigne son œuvre majeure pour la biennale de Venise. Elle est créée en fonction même de l’architecture du pavillon. Si bien que le lieu et l’œuvre s’enveloppent, se touchent. Le serpent à deux têtes et en fer forgé de 80 mètres de long impose un cheminement. Il suffit au spectateur de suivre le reptile pour découvrir les autres pièces du pavillon. Les deux têtes symbolisent combien  l’objectif de l’art comme du regard est moins important que leur trajet.

carron 2.jpgLa notion de lieu repose donc la question de l’art et par delà de l’être. Chaque pièce en devient l’abyme et l’érection. Le reptile n’y est pas pour rien avec son côté rampant et phallique. L’ironie « serpente » en une dynamique intrinsèque à toutes les créations de Carron. Elle demeure toujours visible dans ce travail autant en puissance qu’en douceur. A mesure qu’elle avance l’œuvre délivre des formes toujours plus aptes à révéler sa force critique face au monde. Même l’icône Federer y est gentiment moqué.

Carron prouve par les 18 œuvres du Pavillon à la fois son minimalisme et son goût de l’élégance gracile. Et ce même lorsqu’il recycle (c’est le cas de dire…) un cyclomoteur Piaggio. Un objet industriel ouvre à la création de formes innovatrices. Plus loin le geste de déstructuration et d’écrasement des instruments de musique tient autant d’un esprit Dada que Punk. Mais s’insère parfaitement dans le lieu à l’image de six tableaux en fibre de verre et résine acrylique. Ils  imitent le ciment des murs du pavillon suisse mais sont autant des abstractions de quintessence.

carron 3.jpgLes formes des œuvres possèdent  la mémoire du lieu où elles s’insèrent mais gardent la puissance de leur devenir. L’art du forgeur et mixeur consiste pour habiter le lieu vénitien à remonter dans la mémoire  de sa propre origine valaisanne, de sa propre pensée, de descendre dans son cerveau. Comme il est riche il y a une plénitude de galeries et une multitude d’excavations qui voient le jour. Surgit une pensée tactile. Elle se déploie par des techniques incarnées. La sculpture et la peinture ne deviendraient-elles tout compte fait le lieu où nous sommes enfin capables de toucher de la pensée ? Même si toucher n’et pas saisir, ni posséder et encore moins maîtriser. Le Piaggio comme le serpent sont là pour le rappeler.

Jean-Paul Gavard-Perret