gruyeresuisse

21/11/2013

Feldermelder : Circus Major

 

feldermelder.jpgFeldermelder aime à jouer le coolie musical capable de coller des azalées bicolores dans les oreilles de ceux qui se contentent d’écouter la musique de manière discrète. Il crée des localisations musicales décalées dans divers processus de saisies et de recompositions. Il en présente des états aussi exaltés que simples qui propulsent le monde sous forme de pigments sonores cendrés qu’on nommera  « terra d’ombra ». L’artiste perche sa musique sur des corniches vertigineuse. Manière pour les aventureux de regarder sous les jupes des sons pour en découvrir des mystères. Parfois les sons semblent énigmatiques dans leurs équations algébriques aux parenthèses érudites, parfois l’artiste les crochète afin qu’elles fulgurent de manière incisive et planante.

 

 

Le Zurichois présente ses opérations autant dans les clubs helvétiques que dans le monde entier à travers raves et festivals.  Son univers ne cesse d’évoluer entre rythmes simples et complexes. Ses albums « Henriks Fishing Catapult », « The Echo Circus »  sont les exemples parfaits d’une musique aussi atmosphérique et déconstruite. Une telle richesse de spectre ne peut que séduire ceux qui aiment l’électro pour sa force innovante et suggestive. C’est là en effet que se passe la musique du temps. Feldermelder n’en est pas simplement un de ses trop nombreux  bidouilleurs mais un de ses rares créateurs.

 

 

 

ferdelmelder.pngLes spécialistes de la musique électronique savent déjà la place qu’occupe le Suisse avec son goût prononcé pour les racines carrées. Il en extrait une lave  aquatique et un suc vibratoire en des latitudes extrêmes. Afin d’y parvenir le « bad boy » (bien sous tous rapports) peut placer du mercure sur le rond des balanciers d’horloges pour les retarder lorsque c’est nécessaire. Mais il sait tout autant rétamer des bacs à rythmes, sculpter des cœurs de pierre pour proposer des sonorités comparables à des algues élastiques.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

De l’artiste : « The Echo Circus » (Spezialmaterial Records), « 2nd July » (Luana Records).

 

 

 

09:15 Publié dans Musique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

17/11/2013

L’Art Concret de Pierre Juillerat

 

 Juillerat 2.jpgLe Bernois Pierre Juillerat est l’héritier de l’école de Zurich. En ses rapports de lignes et de couleurs, apparemment le souci du décor est la figure essentielle. Pour autant l’artiste n’est pas un flambeur désinvolte. D’où son soucis de la méthode pour libérer tout en la contenant l’énergie créatrice. Mais sous le géométrisme, sa neutralité, son retrait surgit la vigueur émotive. Elle avance sinon masquée du moins dédoublée. Cette approche reste pour l’artiste la haute culture : l’art concret lui permet de brider l’affolement d’où les images sortent afin de les canaliser dans le but de leur donner plus d’intensité pour résister au chaos. Ce « constructivisme » distancie l’émotion brouillonne au profit d’une syntaxe revêche à l’ excès.  En conséquence l’artiste pourrait faire sienne la phrase de Beckett : « Tout ce que j'ai pu savoir je l'ai montré. Ce n'est pas beaucoup mais ça me suffit et largement. Je dirais même que je me serais contenté de moins ».

 

 

 

Juillerat.jpgPierre Juillerat emporte la peinture en une sorte de vue sans dehors ni dedans toujours éloignée du pathos. Chaque toile devient le vecteur d’une beauté du monde rendu à une clarté dégagée du désir de subjuguer par des bouffonneries plastiques. L4« abstraction » ne cherche pas le vide au milieu des choses mais leur exhaussement dans la rythmique des lignes et des couleurs. Le créateur en tire de nouveaux accords loin des fausses aurores contemporaines dont - dans bien des bluffs  - l’art regorge. Juillerat préfère le réenchanter sans acrobaties mais avec élégance du coeur qu’ignorent les séducteurs compulsifs. Elle fait paraître aisée des gravitations essentielles qui prennent valeur de méditation, de partage et d’échange au sein d’un travail  qui refuse le tournant machinique de la simple émotivité de surface.

 

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

08:57 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

15/11/2013

Objets (in)animés avec plus d'esprit que d’âme

objet.jpg"Dictionnaire de l’objet surréaliste", sous la direction de Pierre Ottinger, co-éditions Centre Pompidou et Gallimard, Paris, 2013, 331 pages, 39 E

 

 

 

L’exposition et le livre « Dictionnaire de l’objet surréaliste » font la part belle aux artistes suisses. Le centre Pompidou et Didier Ottinger n’ont donc pas sacrifié à l’esprit franco-français. Meret Oppenheim , Giacometti occupent dans ce corpus une part non négligeable (euphémisme). Il est vrai que Paris pourra toujours se consoler en affirmant qu’ils ont « fait » des deux artistes des figures de proue du mouvement et de son falbala d’objets.

 

Mais le mérite de livre est aussi d’avoir ouvert au maximum le champ surréaliste en y insérant des créateur les plus récents (Cindy Sherman par exemple). Cette ouverture permet de contrebalancer beaucoup d’objets créés  dans les années 20-30. Ils  font figure plus de pièces ou bric-à-brac pour magasins d’antiquités que pour musées - même s’ils y trônent avec superbe en tant que fil rouge du mouvement. Reste sans doute à écrire un jour l’étude comparée des avant-gardes du début du XXème siècle pour remettre à sa juste place le Surréalisme  parmi d’autres mouvements. Les créateurs suisses y connurent aussi  un rôle majeur. De Dada bien sûr mais aussi au trop mal perçu Futurisme. 

 

Dans ce dictionnaire donné à voir et à lire aujourd’hui il faut vraiment revenir à Giacometti et sa « Boule suspendue » de 1930 pour accorder aux objets surréalistes une force poétique d’une dimension autre plus  platement ludique que cérébralement iconoclaste.  Face aux œuvres d’un tel créateur bien des statues sont anecdotiques et surannées. Leur visage de sel est celui d’amants irréels couverts de plume, avec un peu de sable sur leurs pieds. Ils semblent avoir eu - comme leurs créateurs - soif dans leur lit desséché sans comprendre que toute l’eau de leur renommée était partie se noyer dans la mer. Quant aux coqs surréalistes au panache blanc beaucoup se sont poussés du jabot afin de manger en un service de faïence. Mais exista parmi eux bien peu de Meret Oppenheim capable de métamorphoser une telle matière en poils.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

15:48 Publié dans France, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)