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17/02/2014

Henni soit qui mal y pense - Daniela Keiser

 

 

 

Keiser.jpgDaniela Keiser, Kunstmuseum Solothurn,  Solothurn, du 22 février au 27 avril 2014

 

 

 

 

Daniela Keiser en saisissant les figures du réel ne cesse de les détourner de diverses manières : ironie, citations, renversements de champs et d’angles etc. prouvent que la figuration est un piège.  Par ses prises les plus simples comme dans les plus sophistiquées l’artiste zurichoise produit un faux-sens, une ouverture. Celle-ci n'est jamais une impasse mais oblige à une méditation sur la nature de l’image dégagée de toute esthétique wagnérienne. Ce qui fait « décor » sort du contexte pour prendre de court la commodité du regardeur. Daniela Keiser la délaisse au profit de prises intempestives où il n’est pas jusqu’à un cheval à être renvoyé vers sa solitude irrévocable. Il contente d’exhiber son derrière mais jamais en divette de music-hall qui pétillerait comme du champagne rosé. Il s’exécute placidement avant qu’un pâle palefrenier siffle sur ses doigts, plus fier qu’un merle au bord d’un toit.  Et si  chacun est venu sur terre pour montrer ce qu’il peut faire Daniela Keiser rappelle qu’en ces sursis provisoires  beaucoup - cheval en tête - sont victimes d'une erreur de distribution. Ils sont saisis ici en des perceptions et perspectives inattendues. Elles montent  un étrange ordre des choses, fait d'ordre en mal de choses, de choses en mal d'ordre. Le tout dans le doute d’une indubitable présence.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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16/02/2014

Arno Hassler : les apparences contrariées

 

hassler 2.jpgArno Hassler, « A contre jour et paysages des collections du Musée », Musée Jurassien des arts, Moutier, du 2 mars au 27 avril 2014.

 

 

 

Avec Arno Hassler le panoramique qui « normalement » embrasse le paysage ne fait que désorienter le regard. Les turbulences sont renforcées avec « A contre regard » par un dialogue avec d’autres paysages tirés des collections du Musée Jurassien. Se créent une succession de dispersions. Elles défont le paysage en des apparentements intempestifs. Le dehors fait le jeu de dedans et l’artiste prouve son aptitude à proposer le fantôme du monde. L'image heurte le doute sans toutefois le lever d’autant que la méthode retenue accentue les gouffres propres à des paysages qui se voulaient a priori ce que Mallarmé nommait « des châteaux de pureté ».

 

 

 

De fait nous sommes aux prises avec le moindre plus que dans l’intégralité du réel. Comme si devant lui comme devant la photographie il fallait à chaque fois repartir à zéro. Arno Hassler produit une œuvre au statut particulier. A l’illusion  est octroyée une autre présence, un autre contenu : la théâtralité du réel passé dans un filtre particulier. Le réel source de la photographie atteint un point d'arrivée  sans cesse différé.  Dans l’air rien ne bouge : l’ordre est là mais il semble factice.  On croit posséder l’image : c’est elle qui possède.  Toute la lumière du monde est là mais se consume dans l’infini kaléidoscopique.  

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

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12/02/2014

Les forteresses mélancoliques d’Eva Ducret

 

Ducret.jpgNée à Zurich, Eva Ducret  reste attachée à ses  ancêtres italiens et leur culture des images. Elle aime les miroirs. Différents types de miroirs jusqu’à celui de l’eau. Elle aime aussi des coquillages et le calcaire « non pas le calcaire minéral, mais le calcaire animal, cette matière qui maintient le corps à l`intérieur comme l`ossature ou qui le protège comme les coquilles l`intérieur du coquillage » précise-t-elle. A partir de tels éléments elle propose différents types d’assemblages, d’alignements voir de mises en abîme face la centrifugeuse du temps. Au fugace l’artiste donne une éternité comme elle accorde au mouvement un suspens.  Elle monte par exemple des  «fossiles-sentinelles ». Ils deviennent des mobiles intemporels d'ossements immaculés. « Parade Potagère»,  «Abyssales Citrouilles-Sphères »,  «Nacres encoquillées », « Vulgus pneumaticus », « Verger-Joaillier » aux « Arbres-Parures » couverts de «  Fruits-Bijoux créent des délocalisations convaincantes du monde « objectif ».

 

Eva Ducret suggère magnifiquement la confusion, le trouble et également une crainte diffuse venue d'un savoir ancien transmis par les femmes du pays de ses ancêtres. La « fiction » plastique se raccorde aux mythes primitifs, à des récits éternels et païens qui dévoilent la face cachée de l'humanité. L’artiste contraint le spectateur  à entrer dans le sentir-vrai au moment où il perd pieds et repères. Elle reste une exploratrice des limites de l’image. Cette dernière n’est plus une surface, mais un caveau ouvert. Le monde et son absence ne font plus qu'un. Le travail rappelle la stratégie de «  l’Elevage de la Poussière » de Duchamp. A savoir la mise en exergue d’un processus de création. De la cueillette initiale  à l’accomplissement final l’œuvre devient un vaste jardin forteresse. Il s’anime d’un imaginaire capable de  laisser apparaître le  « nœud obscur » dont chacun ne cesse de se trouver porteur. Enfin Eva Ducret rend littéralement palpable l'accord du dehors et du dedans et le plaisir tranquille d’atteindre un univers d'harmonie. On pourrait presque glisser si on ne mesurait pas l'ironie qui se tapit derrière.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret