gruyeresuisse

15/06/2019

Les lapins levés de Claudia Comte

 

Comte.pngClaudia Comte, "Bunnies and ZigZag", Galerie Joy de Rouvre, Genève du 16 mai au 29 juin 2019;

 

 

 

Comte 2.jpgLa jeune Lausannoise Claudia Comte s'intéresse à la mémoire des matériaux et de ce qu'ils cachent parfois après plusieurs milliers d'années. Elle tire du marbre immergé ou du bois flotté ou fossilisé des formes que parfois elle scanne ou reprend en trois D. afin de leur donner une nouvelle vie. Par l'imaginaire de la créatrice elles deviennent des formes premières de notre monde au moment où il subit des agressions encore jamais connues jusque là.

Comte 3.jpgSon approche est aussi minimaliste que ludique afin de proposer d'étranges totems sans tabou à la fois par la sculpture, la peinture ou des installations multimédias. Le langage des choses trouve là une nouvelle grammaire. Les lapins levés ont de belles oreilles. Mais Claudia Comte refuse les débordements intempestifs. Ils ne seraient que des fuites ou des facilités, bref des défauts de langage. En ce sens existent des noces blanches plus que des messes noires en un jeu dans le zig et le zag. Il n'a néanmoins rien de factice ou de frelaté.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

14/06/2019

Tristan Lavoyer : art et cinéma

Lavoyer.jpgTristan Lavoyer, "Ulysse l'handicapé", Quark, Genève, mai-juin 2019.

Tristan Lavoyer explore la part encore en cours des relations entre l’art et le cinéma. Ses images racontent ce qui est resté en des suites ou une mémoire d'un mythe pour en relever soit de l’utopie de certaines amnésies ou de divers types de ses "symptômes". C'est aussi la manière de changer la fonction du cinéma pour l'obliger à composer avec d'autres histoires et mediums qui dépassent les cadres historiquement admis. Le tout dans le but de provoquer la coexistence d’un temps historique (celui d'Ulysse) avec la période contemporaine.

Lavoyer 2.jpgIl s'agit moins de créer de nouveaux objets que de les réinventer en les distordant au moyen d’une histoire reprise, déboîtée. Lavoyer crée son propre "cinéma d’exposition" ou "troisième cinéma" dans une déflagration du présent dans le passé et vice-versa. Le spectateur est contraint à quitter la salle de cinéma et son dispositif pour une généalogie troublée de la représentation déplacée en lieu d'exposition. L’imaginaire est au service d'une transition fluide entre deux époques nettement différenciées dans ce qui tient ici à la fois de dénis de l'histoire d'Ulysse mais aussi de sa sur-vivance par les dispositifs artistiques et filmiques.

Lavoyer renoue avec une dimension performative en rapprochant l’entre-deux qui sépare les médiums jusqu'à transformer un mythe littéraire en métahistoire là où le temps prescrit d’une séance plus ou moins collective, est remplacée par une autre expérience de perception et de mémoire.

Jean-Paul Gavard-Perret

13/06/2019

Andrea Heller : l'objet et son fantasme

Heller.jpgAndrea Heller, Kunsthaus Centre d'art Pasquart, Biel-Bienne, du 7 juillet au 8 septembre 2019.

 

Les oeuvres d'Andrea Heller font éclater les images du réel par un détournement particulier : sans tourner le dos à toute représentativité, l'artiste y introduit des éléments perturbateurs abstractifs jusqu'à produire un fantastique jeu d'attraction et de répulsion. Tout se joue en cette charnière de la gestation des formes et des couleurs. L'immense mérite de l'artiste consiste à faire que la moitié nocturne des images soit mise en évidence au milieu du scintillement de "choséifications" qui changent de nature.

Heller bon 3.jpgLa sculpture devient plus une affaire de vision que de technique - ce qui ne veut pas dire que Andrea Heller s'en moque - bien au contraire. Il s'agit plus d'ouvrir un virtuel qui dévore la représentation afin d'en faire jaillir sa part d'ombre, cette part qui nous recouvre aveuglément tant nous sommes dedans, prisonniers de ses leurres.

Heller Bon bo,.jpgL'imaginaire fonctionne donc vers l'épuisement de l'ombre en une sorte de dynamisme contre notre enfermement. Dans un univers délétère et factice l'image introduit ainsi du chaos dans le chaos : c'est donc comme un vaccin contre les fantômes de la civilisation. Jaillit un ailleurs qui n'est pas pure vue de l'esprit, il est provocation de la réalité par et contre elle pour une métamorphose. L'oeuvre ne renvoie plus à une perception, à une pensée ou à une rêverie qu'elle se contenterait de ramasser, de fixer au sens photographique du terme.

Jean-Paul Gavard-Perret