gruyeresuisse

22/04/2017

Marta Kochanek et les amours clandestines

MARTHA 2.jpgLes photos de Marta Kochanek tentent de répondre à la question « Et vous savez-vous ce qu’il en est de l’amour ? ». Plutôt que d’y répondre directement elle propose des situations où le sentiment n’est pas forcément cultivé de manière romantique en dépit de l’impeccabilité des prises. La plasticienne fait ressurgir non seulement les traces mais les lumières de tout ce qui se défait. Textiles, corps sont là pour créer un état de "tout ce qui reste" aurait dit Beckett. Comme lui l'artiste fait de ce rien sinon un tout un cérémonial parfois chaud, parfois délétère. La beauté froide remplace parfois les surgissements intempestifs.

MARTHA.jpgNéons, douches, intérieurs ouatés, hôtels de passe conjurent à leur manière l'immense charnier des relations selon une géométrie dans l'espace des mondes. Chaque prise souligne un type particulier d’obsession. Elle permet de repenser l'être dans son rapport à l'autre. Et les œuvres produisent aussi une sensation quasi tactile de l'espace. Elles jouent sur deux registres : la jubilation d'un parcours initiatique qui provoque un ravissement mais aussi - car il faut bien appeler par son nom - le dérisoire de situations où l’être semble perdu en une sorte de néant plus que d’extase même si ce que l'artiste offre reste néanmoins harmonieux et accompli. Enfin presque…

Jean-Paul Gavard-Perret
http://www.martakochanek.com

Portrait de Nathalie Bourdreux en Esmeralda

Bourdreux 2.pngParcourant les cours des miracles de la culture picturale Nathalie Bourdreux en récolte des escargots étranges. De leur ventre sortent leur propre coquille. Ils accouchent d'un enfant dieu ou diable excentrique. "Fils voici ta Mère" dit chaque peinture ré-enfantée après avoir été mastiquée, digérée. Du ventre sort des crânes comme l’œuvre de Nathalie Bourdreux est sortie de la résine. Les deux différencient le travail du deuil et de la mélancolie, celui de la drôlerie du tragique. La vie se creuse, se mange du dehors comme du dedans. Cela revient à tatouer ce qui nous habite et travaille en tant qu'engendreur comme en tant qu'engendré. En conséquence l'art demeure fidèle à la condition humaine. Nathalie Bourdreux en décrypte l’infirmité.

Bourdreux.pngParce qu'elle est innocemment lucide et techniquement impeccable elle ose les métamorphoses et les transformations propres de ce qui affecte et grignote. Ses peintures recréent l'espace qui nous sépare de nous-mêmes. Elles rappellent la vie d'avant le jour et d'avant le langage. Dans ce but femmes, infantes, piéta, Ophélie, cathédrales et diverses « âmes-malgames » et crânes se succèdent chez celle qui fut (un temps) gardienne de cimetière : manière idéale de toucher aux vanités, au plein, au vide. Il convient donc d’y entrer et de s’y débattre comme nous le pouvons.

Boudreux 3.pngNathalie Bourdreux fait passer du paroxysme de l’idéal à l’abîme. Les vierges à l'enfant renversent la paisible germination des racines de l’art. Ses peintures appâtent l’inconscient, le concentrent. Elles rappellent que nous ne sommes rien, à personne sinon au ventre qui nous cuirassa. Notre paquet de viande et de nerfs n'est qu'une masse noire. L'"exposer" ne revient pas à s'en défaire. Boudreux 4.jpgAu contraire. Dans un surgissement volcanique émane l’intimité ouverte. Elle fait parler ce qui se tait et permet de s’arracher à l'erreur mystique. Car ce qui habite toute mère n'a rien à voir avec un dieu sauf à penser que l'escargot lui-même détient une spiritualité vagissante - ce qui néanmoins n'est pas à éliminer d'emblée.

Jean-Paul Gavard-Perret

20/04/2017

Vasarely à Neuchâtel

Vasarely.png« Victor Vasarely au Palais », Galerie du Griffon, Neuchâtel, du 22avril au 21 mai 2017.

La galerie du Griffon s'introduit au « Palais » afin de présenter les planches historiques de Vasarely. Il a laissé son empreinte majeure au sein du canton et demeure un créateur en fuite par rapport aux canons de son temps. L’art fut pour cet homme généreux (comme il l’a prouvé tant de fois) la chose la plus importante du monde. « C’est en sortant du cercle qu’on peut voir le cercle et qu’on s’évade de la bête humaine » écrivait celui qui voulut dégager l’homme de la pesanteur par son travail. Peu avant sa mort en 1997, il réaffirmait qu’il fallait envisager l’art comme « l’acte le plus généreux car c’est par là que l’homme peut monter sa solidarité profonde avec le meilleur soi des autres ».

Vasarely 2.jpgVasarely aura donc déplacé la peinture aussi physiquement, moralement que socialement. Il lui a donné un épanouissement moins daté qu'il n'y paraît. D'où l'importance d'une telle exposition. Vasarely a su créer des images universelles aux substances de liberté. Ses « mirages » sont bien moins trompeurs que des images certes plus réalistes mais qui ne font pas considérer la re-présentation sur un plan aussi élevé où il l’a portée. Au cœur de "l’illusion cinétique" il a anticipé bien des recherches formelles. Et c’est parce que la position de l’homme n’est jamais fixe, qu’il a établi dans l’histoire de l’art contemporain des images mouvements inoubliables.

Jean-Paul Gavard-Perret

10:00 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (1)