gruyeresuisse

08/05/2014

Andrea Wolfensberger : sur les dalles du jour

 

 

 

Wofensberger 1.jpgAndrea Wolfensberger, Galerie Gisèle Linder.

 

 

 

Couronnes de matière, et cornes d’abondances

 

Disques et panaches enchâssés

 

Annoncent l’aurore, l’installent dans la durée.

 

D’immenses corps inconnus tournent

 

Ne varient jamais de trajectoires ou d’orbites

 

En regardant le ciel que personne ne maîtrise.

 

Les ombres qu’ils portent sont des astres sculptés.

 

A travers eux Andrea Wolfensberger ouvre un spectacle silencieux

 

De courses lentes se traînent

 

On y erre, on y reste

 

Wolfensberger 2.jpgLa main caresse les carapaces

 

Découvre cette chair qui offrent toujours un autre côté.

 

Nul ne peut vraiment connaître de telles sculptures

 

Ni arracher leur armure, leur défroque

 

Restent leurs auréoles dont la lumière est source d’opacité

 

De telles planètes s’arquent pour s’offrir au monde céleste

 

Elles attendent la pluie ou espèrent

 

Pour cacher leur obscénité

 

Qu’un nuage se couche sur elles.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

07/05/2014

Jean Crotti dessinateur de l’effacement : rencontres du deuxième type

 

crotti.jpgJean Crotti, SKOPIA Art contemporain Pierre-Henri Jaccaud, Genève, 23 mai – 5 juillet, 2014.

 

Petit-neveu du peintre Jean-Joseph Crotti et frère de l’auteur-compositeur Michel Buzzi  le Lausannois Jean Crotti a trouvé à la charnière du millénaire lors de nombreux séjours au Caire l’axe majeur de son travail qui n’est pas sans rappeler - dans l’esprit - l’œuvre de Pasolini. Les garçons qu’il représente semblent des plus fragiles et comme « stigmatisés » par les supports de récupération que l’artiste utilise souvent. Le portrait trouve une dimension particulière. Elle est le fruit d’une connaissance préalable avec ses modèles mais de manière indirecte. Le chat et la webcam restent pour l’artiste des moyens de connaître et de rêver des êtres dont il fait implicitement le casting en un type de relation où l’érotisation reste souvent de mise. Néanmoins ces rencontres permettent aussi l’échange et la création d’images qui échappent au pur registre du portrait.

Celui-ci dans la mesure où il est généré par un medium entraîne tout un jeu d’apparition et de disparition, de séduction et de rejet  dont l’œuvre témoigne. Souvent semblant « inachevés » les dessins sont l’illustration de la diaphanéité de telles rencontres où le jeu garde son importance. Toutefois celui-ci n’a rien de léger. Pour preuve le dessin témoigne de la frustration comme du désir. Surgit  un état de latence et d’errance quasiment programmé. Les tons pastel, les traits éthérés deviennent le symbole en acte du rapport abyssal entre le proche et le lointain, l’angoisse de la perte et l’attente d’un désir qui fait de chaque création un instant de solitude nocturne plus que solaire et  à laquelle  les dessins des portraits mortuaires  de la période égyptienne font échos. Il y  ainsi non seulement du Pasolini mais du Genet et du Rimbaud chez un artiste discret qui par ses travaux dressent la chronique des mondes impossibles.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Elisabeth Frering : ours va et l'intimité des sirènes

 

 

 

Frering 3.pngElisabeth Frering, Galerie Bertrand Gillig.

 

 

 

 

 

Elisabeth Fréring crée un univers d’un érotisme particulier : la suggestion plus que l’évidence laisse ouverte la question de la rencontre. Un certain inachevé (mais toujours impeccable) exalte en même temps qu’il se révèle dérisoire comme s’il fallait toujours au voyeur la faim et l’inassouvissement. L’image tangue entre le plaisir et le mystère suggérés par la présence d’animaux, de formes phalliques et matricielles où la fourrure devient facilement toison. Ours-mickey, lapine rose créent un exhibitionnisme confondant : une forme de crudité se conjugue avec le tendre dans les maculations légères et subtiles qui ponctuent les dessins. Ceux-ci deviennent des narrations d’un conte enfantin érotique où se  parle le langage du désir avec son attirance et sa peur.

 

 

 

Frering.jpgLe regard se plaît à se perdre dans un univers suggestif ouvert et refusé. Il porte doublement le signe de l’offrande et de l’interdit le tout néanmoins sous le sceau d’un plaisir ludique. Car Elisabeth Frering s’amuse, va presque au point où l’image pourrait éclater de rire. Mais l’artiste s’arrête avant car il ne convient pas que le jeu ne cesse. Le désordre est calculé : l’image exclut l’explicite. Chaque scène en est le prélude ou la métaphore. Et le rose y reste toujours plus épais que l’ombre. La plus vieille des histoires trouve donc une narration plastique originale. Elle avance ailée sur la surface pour que fleurisse le tendre et s’ourle l’inattendu de présences intempestives et profondément poétiques dans leur genre. Toute une mécanique dresse un doigt rose qui fait l’amour aux yeux.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret