gruyeresuisse

27/07/2015

Le Calendrier Pirelli : pâles haies d’Eros

 

 

 

Pirelli 3.jpgPour le cinquantième anniversaire du Calendrier Pirelli, Taschen publie une rétrospective des photos glamour d’un objet d’abord réservé au clients importants et au VIP de la marque de pneus. Ce prétendu must devint très vite un poncif de l’érotisme officiel et mondialisant. Certes une telle publication reste le lieu passage obligé des modèles  (Naomi Campbell, Laetitia Casta, Cindy Crawford, Penelope Cruz, Milla Jovovich, Heidi Klum, Sophia Loren, Kate Moss…) et des photographes (Richard Avedon, Patrick Demarchelier, Karl Lagerfeld, Annie Leibovitz, Peter Lindbergh, Sarah Moon, Herb Ritts,Mario Testino...)

 

Pirelli.jpgA revoir ces photos de cirque médiatique l’impression majeure demeure qu’avec le temps rares sont les clichés qui « tiennent ». Tombant dans le parfait jeu esthétisant  sans le moindre souci d’une quiconque profondeur de vue tout paraît mièvre et gonflé (pneus aidant) de vide. Chaque série est plombée par ses effets de surface et de superficialité confondants. La prise de risque esthétique demeure nulle. Le conformisme crasse et l’artificialité d’un monde de façades ne sont sauvés d’aucune pulsion  du dedans. Le Pirelli reste l’exemple parfait du gadget érotisé sans le moindre intérêt sinon celui de l’ostentation instantané propre à caresser l’ego de modèles et de photographes. Sont préférables les vieux calendriers américains plus populaires et plus inventifs en dépit de leur propres poncifs ( celui des huiles Castrol par exemple) dans les années 50.  Dans ceux-ci - ce qui semble une gageure -  la femme demeure moins objet de facticité qu’au sein des coups de bluffs branchés de Pirelli et de son armée de peoples.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

26/07/2015

Chantal Michel : les regards indiscrets et l’envers du libertinage

 

 

 

 

Michel.jpgEn donnant l’impression de ne pas y toucher  et sous couvert d’innocence Chantal Michel joue d’une subtile perversité. Ses femmes sont d’indociles  roses de personnes qui s’intègrent dans des narrations propres à explorer dans divers dédoublements des territoires inconnus. La Bernoise ouvre un espace permissif expérimental où l'être se révèle différent de son quotidien. Le corps lui-même « dénude » les normes, les stéréotypes en une confrontation avec lui-même, les autres, le monde. La sensualité devient complexe, car si la pulsion libidinale induit l’œuvre, la maîtrise technique la nourrit en mêlant le plaisir et l’angoisse.

 

Michel 2.jpgPar le renouvellement du dispositif stratégique des photos et performances Chantal Michel introduit un autre libertinage : il ne joue plus sur la seule séduction de façade. Ce travail traite de la sphère l’intime sans provoquer  une excitation primaire. Un ignoré de l’être est rendu visible. Le corps exposé parle le désir de manière allusive sans que le premier soit proposé dans sa nudité. Tout joue de la suggestion par l’intrusion d’éléments incongrus. Les scénographies surenchérissent l’abolition du mur qui sépare la femme de son image. Nous sommes désormais éloignés du côté "stimuli-réponse" que propose dans sa prétendue vérité la représentation. Elle est trop  souvent "un abus de mémoire...plutôt une mémoire de la main qu'une mémoire du cerveau" (Baudelaire) dans laquelle la sexualité est chosifiée. Décalée de ses codes esthétiques classiques l’image ici traite de la sphère intime afin qu’un ignoré du corps et de la société soit rendu visible.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

24/07/2015

Raymond Cauchetier photographe de Jean-Luc Godard

 

 

Chauchetier.JPG« Raymond Cauchetier’s New Wave », James Hyman Gallery, Londres et livre même titre, éditions ACC, 2015.

 

Pour son 95ème anniversaire et au moment où est publié une nouvelle monographie de son œuvre, la galerie James Hyman Gallery présente une exposition d’œuvres souvent inédites de Raymond Cauchetier sélectionnées dans ses archives privées. La Nouvelle Vague y tient le beau rôle avec une mention majeure et spéciale pour Godard et ses interprètes - telle Anna Karina  « pour l'extase et le trouble». Tout reste néanmoins ici pudique et drôle dans le regard bienveillant et amusé sur Godard, Belmondo, Jean Seberg, etc. Il y a là non seulement les traces irréfutables de la Nouvelle Vague mais surtout la force d’images qui entre photos de reportage et d’art sont dépouillées de tout apprêt pour mieux rester au service de leur sujet.

 

Chauchetier 2.JPGLorsque Godard parle à l’oreille de Belmondo ou que ce dernier susurre à celle de l’héroïne d’  « A bout de souffle » surgit un récit poétique. Il permet d’entrer dans le cinéma au moment où il s'arrachait non au néant mais à certains poncifs afin d’atteindre un seuil d’émergence. La photographe en souligne l’importance. Surgit une sorte de hantise de l’époque et de sa magie noire et blanche. Les clichés sont donc plus que des survivances. Un vent frais souffle pour dégager des poussières ou des cendres chromos en forçant la forme cinématographique. Demeure une zone d'existence renouvelée par arrêt sur images dans une lumière rasante. Elle remonte à une époque où le cinéma se voulait sans balise.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

17:19 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)