gruyeresuisse

23/03/2014

Fabian Marti : irréfutables masques

 

 

 

 

marti.jpgChez Fabian Marti de la tête il ne reste qu’une coque. Elle ondule entre la tradition africaine et la science-fiction. Son appendice nasal, sa bouche comme ses orbites font des efforts pour se montrer encore dignes de l’espèce humaine mais ils en deviennent les ornements mélancoliques. Depuis longtemps de tels hybrides ont ravalé leurs dents de sagesse. La chair tenant mal de coup elle est traversée d’impeccables prothèses. Si bien que le « blair » aguerri de l’homme de base est tombé dans l’oubli comme s’il s’était gobé et son absolu supposé avec. Un œil est parfois sobrement embroché pour être en connexion directe avec le vide goulu. Aucune contre-offensive n’et donc à craindre de tels compagnons ou miroirs. Ils servent d’écluses à des circuits autant archaïques que cybernétiques. Sidérée par l’implacable destinée de ce qu’ils sont devenus, en invalides de guère leur résignation n’exclut pas une certaine beauté d’après le déluge. Elle est fort éloignée  de celle des  filles des barrières mais qu’importe. Faisant sourdement la nique à tout possible exploit et le regard barré par une horizontale terroriste de  telles figurations prouvent qu’elles sont le résultat d’une abyssale erreur de direction et de dévolution. Le créateur s’en amuse. Ses conglomérats aux résolutions numériques permettent des retouches pour les aligner aux circonstances dégagées de toute naïve normalité. Leurs perspectives complexes qui pourraient le cas échéant nous dépasser. Il se peut même que ce temps soit arrivé.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 


 

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22/03/2014

Les surfaces éclatées de Tobias Madison

 

Madison BON.jpgTobias Madison, Kusnthalle, Zurich.

 

 

 

A la suite deBeuys  Tobias Madison cherche à incarner la manière dont la matière elle-même  travaille la réversion figurale et la logique habituelle de l'imaginaire en transformant le support-toile comme l'espace d'installation en de véritables lieux " morphogénétiques ". L'œuvre est à la fois proche et étrange. Car ce qu'on appelle  " toile " ou "espaced"  se met à "flotter", à fluctuer sans indiquer le passage du fantasme à son reflet imité. La surface ou le volume  se dévoilent de manière plus éloquente que lorsqu'ils sont simplement "tendus", dressés. Ils ne peuvent plus être le territoire de l'illusion sur laquelle le leurre de l'image vient se placer. Des "débris", des "crans", des blocs surgissent des "cris en trombes lentes " comme l'écrit Michaux dans " La vie dans les plis ".

 

 

 

Madison bon 2.jpgLe soyeux et le lissé laissent place à l'accident. Il devient l'ornement de ce qui jusque là servait de support à l'ornement. Tobias Madison propose donc mieux qu'un lifting aux surfaces et volumes. Ils ne sont plus les crucifiés intouchables sujets à un  culte de piété faciale. Ils éclatent pour  s’ouvrir sur un immense inconnu propice à de nouveaux délices. Par la déformation l'artiste parvient comme l’écrit Beckett dans " Le Monde et le Pantalon " à une "malfaçon créatrice voulue". La toile, la sculpture, l'installation vont donc vivre de leurs morceaux en leurs disjonctions inclusives afin d'aller chercher chaque fois un peu plus loin la lumière à travers des loques. Elles "inter-loquent" le spectateur, elles le sortent de l'idéalisme de la clôture et du fermé.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

La construction du paysage de montagne : Michael Reisch

 

 

Reich.jpgMichael Reisch, Scheublein + Bak, Zurich, janvier-avril 2014.

 

 

La montagne comme tout paysage a besoin d’intermédiaires. Elle attendait Michael Reisch pour qu’il la complète.  Sans  lui elle cessait (presque)  d’exister. Le photographe révèle son anonymat, anime son théâtre, en révèlent divers aspects mais surtout les formes générales essentielles. Chaque prise est l’engouffrement où l’espace dessine à ses forces, ses mouvements. Une géométrie cachée est mise à nue dans chaque transposition. Elle devient écho, perte, érection, froissement dans l’obliquité des angles et leur jonction là où le rectangle n’enferme jamais complètement l’inclinaison des  pentes. Ne s’y retrouve pas forcément ce qu’on attendait : s’y découvrent des murailles d'indices et d'indicibles. A savoir les filons, les veines  qui veillent sur nous  ou nous font errants dans le silence strié du magma, ses souffles immenses, ses cris empierrés, ses ogives aux creux d’attente.

 

 Reisch.jpg

 

Parfois émergent une  volupté inquiétante, une offrande. Venue d'où ? Allant où ? Entre terres et ciel plein et plomb du monde à la charnière des vents. Michael Reisch nous fait  alpiniste, voyageur mais avant tout rêveur. Nous grimpons après nos paumes tandis que la lumière tombe sur les Alpes. Elles se corsètent  d’argent, retiennent le regard, inventent un silence qui n’existe pas. La photographie dit aussi ce que les mots ne font pas. Reste la victoire du geste et de la prise : à la force du paysage répond celle de l’image qui n’en est pas un simple miroir puisqu’elle  met du paysage dans du paysage, du ciel dans du ciel. Elle devient un point de vue  subjectif entre le minéral et la neige, entre la vie de l’homme et ses vieux matins transmués en souvenirs.

 

Jean-Paul Gavard-Perret