gruyeresuisse

06/02/2014

Andreas Gefe : réverbérations

 

Geffe.jpgLe Zurichois Andreas Gefe propose un monde plastique où l’obscurité contamine l’élan naturel de la lumière. La première devine qu’elle a le pouvoir de séduire et la seconde sait qu’elle s’impose. Dès lors tout un jeu surgit : chez l’une pour transformer en victoire la reddition feinte, chez l’autre afin de métamorphoser en conquête absolue une victoire apparemment gagnée d’avance.  L’espace des images est donc parcouru de divers changements. Là où tout pourrait être facilement vulgaire la picturalité reste idéale. Et le désir lui-même ne cesse d’être le mouvement d’une transmutation. Le corps s’offre avec d’autant plus d’insolence ou d’abandon qu’il semble impénétrable au calcul. Ce qui n’est pas forcément le cas : les mises en scène que lui impose l’artiste le prouvent. Tout ne cesse de basculer : les idées, les regards, la révolte et l’autorité. Demeure néanmoins un souffle de jeunesse. Il jette un démenti sur des portraits faussement marmoréens. Se tournant de profil un homme ignore celui qui le contemple et s’oriente vers une arrivante inattendue dont on ne saura rien.  Se répand et se creuse un abîme de silence.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 


 

 

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05/02/2014

Les équations poétiques de Ludovic Balland

 

 

 

 Balland 3.jpgLudovic Balland, « Typography Cabinet », Bâle.

 

 

 

Pour que les mots aient un sens il faut que le support qui les rassemble appelle à leur signification. Le réceptacle n’est pas anodin. C’est bien sûr une évidence même si certains concepteurs semblent travailler de manière plus ou moins hasardeuse. A l’inverse dans la rigueur et son inventivité le studio du designer Ludovic Balland constitue un point fort de l’édition contemporaine et plus généralement de la communication (spécialement culturelle : théâtres, musées, etc.). Innovant, le maître d’œuvre du « Typography Cabinet »  - reconnu désormais comme artiste au sens plein du terme -  sait créer le rapport le plus probant entre le contenu et le contenant. Il passe d’une scénographie visuelle classique à des présentations détonantes avec le souci constant de créer pour chaque projet une dynamique adéquate et poétique. Toutes les productions du studio de Bâle répond à cette alchimie pour laquelle il fait autant d’esprit de géométrie  (spécifique au langage de Balland) que de finesse. Par eux se crée une métaphore dialectique entre le message et sa visualisation. En ce sens, si l’organe crée la fonction celle-ci accorde au premier un supplément de force.

Balland 2.jpgLudovic Balland crée une visibilité très identifiable au milieu du design actuel en  répondant à une double vocation : ancrer le message dans le réel mais aussi produire du rêve et du désir.  L’artiste monte des taxinomies particulières afin de préparer puis inventer pour chaque projet la désignation et la mise en visuel les plus parfaites. L’équation formelle fonctionne de manière symbolique et pratique car le concepteur a compris que l’incorporation du contenu latent (connu d’avance) d’un projet par le contenu manifeste se doit de  « dramatiser » et/ou  magnifier le premier. Il s’agit non seulement d’entériner mais de dépasser sa détermination et sa promesse sans pour autant les brouiller. Refusant la stéréotypie et l’automatisme morphologique Balland impose une taxidermie précise. Elle passe par une rigueur où ce qui pourrait être pris pour de la fantaisie ou de l’affèterie gardent toujours une aura poétique.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

 

 

 

 

 

 

02/02/2014

Balthus et la Licorne

 

 

 Balthus.jpgBalthus, « The Last Studies », Steidl,  2014, Göttingen, 480 €.

 

Selon une légende Balthus expulsé du mystère de Paris se retrouva dans la réalité du paradis : vie morne bornée par une école, une mairie, un cimetière. Afin que nul ne se trompe il construisit au bord un totem de bois. Il y jointoya du quartz blanc et de la pyrite et une corne de licorne que seul les filles vierges ont le pouvoir de séduire. Tous les gens du village connaissaient l’endroit ils l’appelèrent le « lieu d’où part le ciel ».  Le peintre y construisit son ermitage.

 

Torsion de nuque, Pluie fine sur la toile. Violence cherchant tendresse. Couleurs tendres. Des filles en pagaille. Combien sont-elles ? Les images en ont suivi leur nuit. Au-dedans. Au dehors. Balthus les relia : d’où la folle la raison de sa peinture. Combien d’hommes le peintre était-il pour lier ce qui est avec ce qui  n’est pas ? Dans chacune de ses toiles le calme s’enfonce en tendre épine. Elle répond à la question : comment sans la nuit voir sous la nuit ? Reste le sable émouvant des jupes, leurs manteaux de vision qui font si peu de plis. Chacun s’en retire espérant avoir laissé quelques larves.  En sortiront peut-être un jour des filles dites naturelles. D’autres se prendront d'une petite soif pour elles. Balthus sera parti. Pour l’heure son œuvre reste. Ses « last studies » le prouvent.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret