gruyeresuisse

20/02/2019

Viviane Sassen au Locle

VSassen 1.jpgiviane Sassen, "Totem",Musée des Beaux-Arts Le Locle, du 16 février au 26 mai 2019

Vivian Sassen à travers divers jeux de miroirs, de collages et inscrustations propose une manière de transformer le monde et d'en faire jaillir un insconscient. Si bien que la narration devient un autoportrait sublimé et généralisable de l'artiste et de sa féminité par le biais d'un certaine fantastique ou merveilleux

 

 

 

Sassen 2.jpgExpérimentant divers types de saisies et de mises en scènes, l'artiste donne au corps féminin une prégnance et une densité mais aussi une légèreté particulières entre divers états de rêve et de réalité où la maternité n'est pas oblitérée entre mouvements et chorégraphies particulières.L'artiste propose des transpositions jamais gratuites mais qui laissent au regardeur la liberté d'interprétation.

 

 

Sassen 3.jpgTout se joue entre sensualité et tendrese transposées à travers des placages de plusieurs natures. Les traces de l’âme et du corps transfusent en une communion des sens là où la femme n'est plus un objet érotique mais retrouve par glissements son entière présence. Des espaces d'harmonie et de contrepoint, une perméabilité impénétrable mais fortement poétique métamorphosent les éléments constitutifs de l’image et ses poncifs.

Jean-Paul Gavard-Perret

16/02/2019

John et Yves Berger héritiers l'un de l'autre

Berger.jpgFace à son fils John Berger, s'abandonne, fait simple, ne "devise" jamais. Il parle de la peinture de la manière la plus pertinente. Quelques lignes permettent de passer en revue De Kooning, Beckmann, Kokoschka pour qui "la lumière est un geste d'adieu". Et soudain tout est dit dans un retour vers le fils et un passage de témoin.

 

 

 

 

Berger 2.jpgLe tout dans une dialectique. Père et fils s'envoient des images les commentent. S'envoient des idées sur l'art et les visualisent. Dans cette parenté peut s'oser "ce qui s'ouvre sur le trop grand" comme sur les ratages ressentis entre le visible et l'invisible. Les deux permettent de comprendre ce que voir veut dire. Pour autant nulle théorisation dans cet échange.

Juste ce qui se passe dans l'art comme dans la proximité d'un père et d'un fils loin des mièvreries du pathos. Et juste parfois un dessin de John : celle d'une souris en cage. Chaque fois que le père en attrapait une dans la cuisine de la maison familiale du Faucigny il en faisait un dessin avant de prendre sa voiture pour aller libérer l'animal un peu plus loin. Qu'ajouter de plus ? Avec les deux correspondants les souvenirs ne sont jamais "pagnolesques" : ils ont toujours un sens. Celui de l'art et de la vie.

Jean-Paul Gavard-Perret

John et Yves Berger, "A ton tour", traduction de Katya Berger Abdreadakis, L'atelier contemporain, Strasbourg, 2019, 104 p. 20 E.

15/02/2019

Dubuffet : observances intempestives

Dubuffer.jpgDans les estampes de Dubuffet les pensées résonnent sans raisonner. On peut dire qu’elles déchantent en chantant et rendent tout sens indescriptible et non préhensible. C’est presque rassurant et procure de la joie dans le grand carnaval humain, sa farce grotesque. Il y a des corps mais aussi un espace plus mental que physique loin de la rumination théorique. Dubuffet ne prend plus cette peine : reste ce qui résonne dans l'image non-alphabétisée, non domestiquée, instable, volante, oiseau étrange de la famille du gypaète et proche du logarithme.

 

Dubuffet 2.jpgL’état vivant de la langue est là pour une dramaturgie ou un opera bouffe. Les formes entrent, elles sortent en gribouillages et sur leur petits pédoncules, traversent la tête mais vivent à l’extérieur de nous comme d’elles-mêmes loin des philogénitiques ou des cosmogonies. L’essentiel est de savoir ce que l’artiste rappelle : de l'art il ne faut pas attendre une réponse. Son but est d'ouvrir et qu'importe vers quoi.

 

 

Dubuffet 3.jpgDubuffet n'est pas un métaphysicien raté mais un véritable poète dont les feintes d'enluminures et rosaires sont des mises sous tension intempestives. Ses estampes sont capables de concentrer charge et décharge, couverture et découverte en nomenclatures perverses mise en coupe sombre de la maladie de l’idéalité. Causes et effets, essences et apparences sont renversés. Un art-spectacle revendiqué comme tel déchire les convenances. Sous leurs carapaces les estampes viennent exciter les nerfs et les sens.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

Jean Dubuffet, "Estampes", Galerie Lelong & Co,  Paris et Zurich, du 14 mars au 11 mai 2019.

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