gruyeresuisse

23/02/2014

Synesthésies d’Atheme Galiciadis

 

 

 

 

atheneGaliciadi bon.jpgAtheme Galiciadis : galerie Claudia Groeflin, Zurich, Galerie Emmanuel Hervé, Paris.

 

 

 

Tordant le cou au savoir faire et à des gammes optiques dont elle a fait le tour la Lausannoise et Zurichoise Atheme Galiciadis propose peu à peu une série de ruptures. Elles haussent le travail au rang des recherches actuelles les plus intéressantes de l’art occidental. Reposant sur deux piliers : le cinétisme d’un côté, Poliakoff de l’autre, l’artiste « renforce » la préoccupation pour la construction, les divisions de surface et les jeux de couleurs  au moyen de partitions désormais plus radicales parce que minimalistes et détournées de tout soucis de décor. L’abstraction  de la polyphonie et de la variation participe d’une dimension plus âpre et complexe. La qualité organique du dessin et du support agit  désormais sur l’intellect. Atheme Galiciadis dégage son œuvre de l’affect superficiel et trouve une expression qui gagne en force à mesure qu’elle se dégage de la séduction de surface.

 

 

 


atheneGaliciadis Bon 2.jpgL’œuvre devient dans la fragilité de ses nouveaux effets de surface le sismographe appliqué qui échappe au « devenir image ». Adossées à la matrice formes et matières sont les amorces d’artifices capables de fomenter des mécanos étrangement célestes par ce que Christian Bernard nomme « répliques et retours ». Le support y intervient de plus en plus par les intervalles d’air qu’il propose en tant qu’espace intercalaire. Quelques formes balayent le vide : elles deviennent des dessins levés et comme déjà défaits. L’œuvre propose donc des isolats silencieux, des partitions d’ameublements tremblés d’un langage comme sous-entendu dans ce qui tient de la trace poétique capable d’inventer un chant rare et particulier.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

22/02/2014

Sophie Taeuber : ouverture des lignes, ironie de l’Histoire

 

 

 

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Sophie Taeuber-Arp, « Heute ist Morgen », 23 aout 2014 – 16 novembre 2014, Aargauer Kunsthaus.

 

 

 



Jean Arp dans « Jours effeuillés » évoque le travail de sa future épouse Sophie Taeuber  (née à Davos et décédée à Zurich)  : « En décembre 1915 j'ai rencontré à Zurich Sophie Taeuber qui s'était affranchie de l'art conventionnel. Déjà en 1915 elle divise la surface de ses aquarelles en carrés et rectangles qu'elle juxtapose de façon horizontale et perpendiculaire. Elle les construit comme un ouvrage de maçonnerie. Les couleurs sont lumineuses. Dans certaines de ses compositions elle introduit à différents plans des figures trapues et massives».  Dès lors dans son œuvre l’absence établit sa souveraine adorable évidence. Mais l’inverse est tout aussi vrai. La pensée se construit par la création d’une poésie plastique forgée de courants profonds et épurés. Ils prouvent que toute formule est impossible et qu’il n’y a pas de règle. Sinon qu’à chercher trop de précision la vérité s’éloigne. Surgissent à sa place des densités déviantes qui  prennent de la hauteur tout en se chevillant au support ou dans l’espace où elles se cristallisent. Chaque élément grouille, agité d’un mouvement « particulaire » qui le relie aux autres. L’image n'adhère plus aux apparences du monde, elle décale le motif, provoque un décrochement visuel et en écho vertige et fascination. Est atteint une forme de perfection, de pureté et d’ouverture des lignes. Tout un travail amont d’artisanat prépara à une telle ascension récupérée il y a quelques années par la Banque Fédérale qui dans un coup de pied de l’âne accorda à l’iconoclaste une reconnaissance paradoxale.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

21/02/2014

Là haut sur la montagne : l’expérience Furkart

 

 

 

furkablick-buren_klein.jpg"L’expérience Furkart", Centre Pompidou, Paris, du 19 février au 10 mars 2014.

 

 

 

 

 

A 2436 m d’altitude, au milieu des Alpes Suisses à l’Hôtel Furkablick eut lieu de 1983 à 1999 un projet artistique fantastique et méconnu intitulé « Furkart ». Soixante trois des plus grands artistes internationaux y ont réalisé là des œuvres. On citera  Abramovic, Daniel Buren, Terry Fox, Jenny Holzer, Richard Long ou encore (et surtout) Panamarenko et Rémy Zaugg. Accrochées aux cimes ces œuvres tutoyaient le ciel loin de toutes grimaces pour que Dieu, ses anges, ses bonnes et ses serviteurs puissent voir de plus près l’art du temps. Un peu audacieux il serait descendu en nacelle jusque là afin de contempler des formes nouvelles qui pouvaient se déverser en omelettes sur sa barbe blanche. Loin de tout souci commercial une telle initiative reste un ovni dans ma muséographie contemporaine. Peu de gens se risquèrent jusque là pour savourer des instants exceptionnels là où l’éternité était géographiquement côtoyée. La vérité des œuvres y restait un mystère. Le « vulgaire » montagnard qui s’y frotta était moins vulgaire que bien des amateurs des grandes galeries citadines. Néanmoins certains peuvent récupérer cette mise exceptionnelle grâce à la (trop courte) exposition parisienne. Elle illustre combien des œuvres de l’art  au milieu des pierres et de la neige gardent une âme qui n’est pas faite pour la seule gloire terrestre. Chacun y trouvera aujourd’hui encore des reflets capables de déplacer les plus hautes lignes d’horizon et d’apprécier le beau sous toute altitude.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret