gruyeresuisse

18/03/2019

André Carrara et le sens du rite

Carrara.jpgLa photographie de mode est devenue un genre noble. Mais elle peut-être dangereuse pour les artistes qui brûlent leur créativité en sacrifiant leur "âme" aux demandes des responsables marketing. André Carrara leur résiste. Chez lui le corps devient une présence silencieuse. Il se dérobe, se refuse puis s'abandonne à l’obscurité et la lumière. L’objectif de l’appareil ne saisit pas un corps, mais  sa part de mystère.

 

 

Carrara 2.jpgLe photographe ne s'est donc pas laissé piéger par les statégies préformatées. Entre ses clichés de création et commerciaux l'écart est des plus minces. Avec lui qu'importe le vêtement : la femme s'étire, s'enroule, se love, se lève. Et l'artiste tient son image hors de l’image attendue. L'intimité semble jaillir du néant.

 

 

 

 

Carrara 3.jpg« Si j’ôte mon chemisier que ferais-je de lui ?" semble demander les modèles au photographe. Son attention la rassure. Parfois dans les épreuves, l'égérie semble absente. Si proche mais si lointaine. Comme encore non révélée jusqu'à ce que l'appareil la saisisse : soudain elle se transforme dans le noir qui fascine et blanc qui tue. Métaphoriquement bien sûr.

Jean-Paul Gavard-Perret

Patrick Lambertz : suspendus au cou de l'hiver

Lambertz.jpgPatrick Lambertz, "Châlets de Suisse", Breitenhof, Altendorf, du15 au 24 mars 2019

 

Patrick Lambertz représente la Suisse à travers un de ses poncifs. Ce n'est pas ici le pays du chocolat, de l'horlogerie de luxe, des banques ou du fromage mais celui des chalets. Le créateur les photographie de manière frontale et quasi décontextualisée en relevant ses prises de quelques couleurs spartiates.

Lambertz 3.jpgPatrick Lambertz utilise volontairement ce cliché afin de prouver la diversité d'une telle "maison de l'être". L'artiste d'origine allemande a passé plusieurs saisons hivernales pour les saisir selon une vision "très éloignée du monde glamour de l’image idéalisée" tant de tels chalets sont parfois sinon abandonnés du moins laissés en désuétude.

Lambertz 2.jpgà une problématique qui remonte aux travaux de l’école de photographie de Düsseldorf et du mouvement «New Objectivity», des séries réalisées par Bernd et Hilla Becher et de l’art photographique formel de Karl Blossfeldt, Lambertz fidèle à ces traditions a choisi une vision minimaliste, quasi "abstraite" mais poétique. Elle donne au paysage suisse un caractère austère mais prégnant. Manière d'insérer du leurre dans le leurre et transformer une représentation classique par celle où le chalet semble suspendu au cou de l'hiver.

Jean-Paul Gavard-Perret

16/03/2019

Les infiltrés - Charles-François Duplain et Mathieu Charvel

CHFD 4.jpgEntre montage suprématiste de quatre fragments narratifs et les montrages visuels un rien bauhaus qu'ils induisent - mais à bonne distance - se crée le jeu de sourds et de repons entre Charles-François Duplain et Mathieu Charvel.

CHFD 2.jpgLe motif est l'espace (disséminé) dans des arrêts sur image que les textes induisent et déboîtent (entre autre sous l'éffet des CFF que du TGV et de deux sombres héros Théorore et Palimpse Ash sorte de mélange d'Arthur Rimbad et Hash). Aux quatre textes vitaux et vitraux (Etau, Islande, Usine, Arche) répondent ce qui devient le titre décalé du libre (TERRASSES & islande).

 

Existe à la fois mise en boîte et jeu de cloche pied.Charvel semble plus farceur. CHFD ne le serait donc pas... Mais il faut se méfier de l'eau qui dort. Et après tout qui ne dit mot consent. Dans cette suite, la mise en abîme et de filtrage est le seul moyen de prouver que l'on existe. Du moins Mathieu Charvel le donne pour acquis là où dans cet étrange couplage nul ne sait qui suit l'autre. Ni comment ou pourquoi. C'est remarquable, parfait et drôle.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

CHFD & Mathieu Charvel, "TERRASSES & islande", 2019, 20 exemplaire.