gruyeresuisse

13/10/2019

Ariane Monod : juste avant effacement

Monod bon.jpgA la galerie Andata e Ritorno de Genève, Ariane Monod devient une artiste de la disparition. De son "esquisse murale" titanesque avec sa beauté et sa démesure il ne restera bientôt plus rien. L'artiste va effacer de la galerie ses deux pièces peintes au fusain et à l'eau. Les murs  reviendront à leur état naturel. Un blanc qu'il faudra sans doute raviver.

 

Ne restera que quelques photographies en guise de mémoire de ce qui n'est pas seulement un fond, un décor. Le visiteur s'y sera immergé pour devenir  le sujet mouvant et en à-plat face à ces deux œuvres  aussi inquiétantes que belles. A leur démesure succède le sacrifice

Jean-Paul Gavard-Perret

12/10/2019

Rosemarie Castoro l'indépendante

Castoro 2.jpgRosemarie Castoro, exposition, MAMCO, Genève, Du 9 septembre 2019 au 2 février 2020.

Retrouvant, à force de travail de la matière, la densité terrible du réel et sans souci de la morale Rosemarie Castoro a osé parfois l'exhibition de monstres qui n'étaient pas que les siens. Ses expérimentations ont renouvelé son propre lexique : d'où une oeuvre polymorphe, irréductible pleine de sérieux mais aussi d'humour qui sauva une artiste combattante farouche, intelligente et drôle.

Castoro.jpgAu cœur du même minimalisme, elle créa une dimension organique inquiétante. Le sexe féminin y a sa part. Mais bien plus qu'une figure féminine du courant minimalisme dans lequel on voulut la réduire, Rosemarie Castoro fixe et revendique une "inobjectivité" inséparable de ce qu'elle dut subir de ses pairs. Intégrant, sous de multiples formes, sa propre existence elle refusa toujours une neutralité pure.

Castoro 3.jpgVictime de sa "qualité" et "condition" de femme, elle dut se battre pour imposer son oeuvre. Des refus catégoriques d’exposition ou d’acquisition lui furent assénés de manière scandaleuse. Comme Ana Mendieta, Rosemarie Castoro a fini par engager son corps dans cette lutte . Il va venir "accidenter" les plaques d’acier de ses Flashers, figures masculines à la libido écrasante exhibant leur corps dans l’espace public. Et l'exposition du Mamco prouve comment l'œuvre de l'indépendante s’intègre dans un mouvement de réévaluation de l’histoire de l’art et ses impasses misogynes.

Jean-Paul Gavard-Perret

11/10/2019

Clara Diebler : portraits sous influence

Diebler2.pngClara Diebler met du trouble dans le portrait. S'y distingue ce que celle ou celui qui est saisi voit. La créatrice cultive ainsi l'allusion et le mystère à travers ces jeux de faces et de contre-faces. Elle revivifie le langage photographique. En noir et blanc (et parfois en couleurs) les femmes sont soudain métamorphosées de mirages. Ils deviennent des "cosae" imaginaires, mentales par effet de réel dédoublé.

Diebler.jpgSurgit une féerie discrète. Dans des rues pavées, des passages, des intérieurs ou hors contextualisation,  la lumière est noire comme certains chiffons qu'on agite face aux événements que les humains ont pris l'habitude de nommer tristesse. Ici le songe sort des caves et va au grand air pour secouer ses vieux habits.

 

Diebler 3.jpgLes femmes,  parfois des hommes les accompagnent. Mais la plupart du temps, elles prennent en solitaire un bain dans le fluide du ciel. Comme chez Stendhal un miroir avance  le long d’une route mais ici dans le but d'approfondir la notion de cadre et de cadrage en une pénétration des ténèbres du pathos - état dans lequel qu’il le veuille ou non se trouve souvent l'être humain. Néanmoins, contre cette illusion passagère Clara Diebler impose une vision plus épiphanique au sein même de destins mystérieux. Le regardeur est saisi par une instance inconnue. La photographie et le corps font signe en ouvrant sur un regard d'attente.

Jean-Paul Gavard-Perret

Exposition, Corridor Elephant, Paris, Octobre 2019