gruyeresuisse

22/08/2018

Silke Wagner et les bijoux ravis


Silke.jpgSilke Wagner crée une œuvre fascinante à travers de multiples mediums. Elle ne cherche pas à décrire - cela n'a de sens que pour un répétitif, un sans invention - : elle invente des mythes étranges, des bords, des interruptions ou des surgissements qui intriguent. D’où un état particulier entre l’art et la vie. Les deux semblent en gestation entre lenteur et vitesse.

Silke 2.jpgExiste une plastique du biais qui sépare et unit. Tout semble parfois flotter de manière évanescente mais intense en des suites d’errances. Parfois la douceur fait place et volontairement à l’exagération graphique et une certaine idée de l’immense. Mais lorsque l’artiste sépare c’est pour unir. Tout demeure tenu - ou presque - comme si les éléments ne voulaient pas être lâchés tant la douceur retient. Mais parfois une puissance accapare, déborde.

Silke 3.jpgChez Silke Wagner les formes ne se ferment pas. Et pour pallier un manque de légende propre au monde contemporain, l’artiste travaille avec insistance, délicatesse : cela permet à chaque œuvre de pimenter tous les attributs du verbe “s’envoler ”. Dès lors attente et espérance sont proches l'une de l'autre. Statismes et mouvements interfèrent selon des indications, des repères, des points de naissance ou de perte. Telles sont les directions d’une œuvre dont le dynamisme se complète de reprises en reprises, d’une œuvre à l’autre pour aller du clos à l'ouvert en une succession de créations continuelles. Avec chaque fois des avancées qui contiennent forcément des abandons forment les rênes de l'attelage d’une « mythologie » dont les bijoux semblent ravis.


Jean-Paul Gavard-Perret

Silke Wagner, « New works », galerie Wilma Tolksdorf, Fransfort, du 8 septembre au 31 octobre 2018.

 

 

21/08/2018

New-York Délire : Tomy Ungerer

Ungerer.jpgTomy Ungerer, The Party, Les Cahiers Dessinés, Lausanne, 2018.

Avec ce qui est un de ses chefs d’œuvres republié aujourd’hui dans les « Cahiers Dessinés », Tomy Ungerer s'attaquait au système de rendement américain dans le monde des affaires et en particulier de l’édition avec laquelle il réglait ses comptes. Mais plutôt que de la traquer de manière frontale et didactique l’auteur montre comment « l'homo businiensis » obéit aux règles d'un jeu impitoyable dans lequel néanmoins le plaisir semble au rendez-vous.

Ungerer 2.jpgMais ce n’est qu’illusion d’optique : hommes (et femmes) sont des loups pour les hommes (et les femmes). Tous sont réunis dans le microcosme d’une soirée mondaine de la société huppée  new-yorkaise. Il devient l’observateur d’un zoo humain transformé en une fantasmagorie désopilante. Les noctambules deviennent des rapaces armés de rangs dents à la place de leurs visages, des pieuvres aux membres tentaculaires : la cruauté répond à la cruauté.

Ungerer 3.jpgLa « Party» de Blake Edwards elle-même fait pâle figure face à celle d’Ungerer. Le dessinateur transforme la New York-Babylone - entre passion et haine - en un New York délire. C’est un réquisitoire sur la décadence de la société où la femme est loin d’avoir le plus beau des rôles (euphémisme !).

Jean-Paul Gavard-Perret

20/08/2018

Difficile de dire ce qu'on croit savoir : Pascal Le Gras

Le Gras.jpgDécomposant l’acte graphique, chaque page du livre de Pascal Le Gras est étroitement lié à l’espace. Par clivages et éclipses, décalages et répétitions images et textes se croisent. Leurs lances fragiles et drues bravent ou déchiffrent les messages estompés ou changés  afin de créer une lecture plastique particulière. Il faut donc suivre de tels sillages porteurs d’alliances. Tout témoigne de chutes et de remontées.

 

Le Gras2.jpgSe lient l’infime et le plus grand loin de tout effet "pétard" même si tout est spectacularisé - jusqu’au leurre d’un certain jeu de dames là où se réunissent les contraires en une harmonie dégagée de toute prétention et en divers allers et retours.

Le Gras3.jpgExistent des surfaces de réparation où l’artiste “ développe ” un humour vivace. Le voyeur lecteur n’a pas le souci de chercher son âme dans de tels envols et labyrinthes ludiques. Et se retrouve de fait un étrange écho à la B.D. de jadis : « Pim Pam Poum ».

Jean-Paul Gavard-Perret

Pascal Le Gras, « Pap Pip Pop », Litterature mineure, Rouen, 8 E..