gruyeresuisse

22/04/2017

Portrait de Nathalie Bourdreux en Esmeralda

Bourdreux 2.pngParcourant les cours des miracles de la culture picturale Nathalie Bourdreux en récolte des escargots étranges. De leur ventre sortent leur propre coquille. Ils accouchent d'un enfant dieu ou diable excentrique. "Fils voici ta Mère" dit chaque peinture ré-enfantée après avoir été mastiquée, digérée. Du ventre sort des crânes comme l’œuvre de Nathalie Bourdreux est sortie de la résine. Les deux différencient le travail du deuil et de la mélancolie, celui de la drôlerie du tragique. La vie se creuse, se mange du dehors comme du dedans. Cela revient à tatouer ce qui nous habite et travaille en tant qu'engendreur comme en tant qu'engendré. En conséquence l'art demeure fidèle à la condition humaine. Nathalie Bourdreux en décrypte l’infirmité.

Bourdreux.pngParce qu'elle est innocemment lucide et techniquement impeccable elle ose les métamorphoses et les transformations propres de ce qui affecte et grignote. Ses peintures recréent l'espace qui nous sépare de nous-mêmes. Elles rappellent la vie d'avant le jour et d'avant le langage. Dans ce but femmes, infantes, piéta, Ophélie, cathédrales et diverses « âmes-malgames » et crânes se succèdent chez celle qui fut (un temps) gardienne de cimetière : manière idéale de toucher aux vanités, au plein, au vide. Il convient donc d’y entrer et de s’y débattre comme nous le pouvons.

Boudreux 3.pngNathalie Bourdreux fait passer du paroxysme de l’idéal à l’abîme. Les vierges à l'enfant renversent la paisible germination des racines de l’art. Ses peintures appâtent l’inconscient, le concentrent. Elles rappellent que nous ne sommes rien, à personne sinon au ventre qui nous cuirassa. Notre paquet de viande et de nerfs n'est qu'une masse noire. L'"exposer" ne revient pas à s'en défaire. Boudreux 4.jpgAu contraire. Dans un surgissement volcanique émane l’intimité ouverte. Elle fait parler ce qui se tait et permet de s’arracher à l'erreur mystique. Car ce qui habite toute mère n'a rien à voir avec un dieu sauf à penser que l'escargot lui-même détient une spiritualité vagissante - ce qui néanmoins n'est pas à éliminer d'emblée.

Jean-Paul Gavard-Perret

20/04/2017

Vasarely à Neuchâtel

Vasarely.png« Victor Vasarely au Palais », Galerie du Griffon, Neuchâtel, du 22avril au 21 mai 2017.

La galerie du Griffon s'introduit au « Palais » afin de présenter les planches historiques de Vasarely. Il a laissé son empreinte majeure au sein du canton et demeure un créateur en fuite par rapport aux canons de son temps. L’art fut pour cet homme généreux (comme il l’a prouvé tant de fois) la chose la plus importante du monde. « C’est en sortant du cercle qu’on peut voir le cercle et qu’on s’évade de la bête humaine » écrivait celui qui voulut dégager l’homme de la pesanteur par son travail. Peu avant sa mort en 1997, il réaffirmait qu’il fallait envisager l’art comme « l’acte le plus généreux car c’est par là que l’homme peut monter sa solidarité profonde avec le meilleur soi des autres ».

Vasarely 2.jpgVasarely aura donc déplacé la peinture aussi physiquement, moralement que socialement. Il lui a donné un épanouissement moins daté qu'il n'y paraît. D'où l'importance d'une telle exposition. Vasarely a su créer des images universelles aux substances de liberté. Ses « mirages » sont bien moins trompeurs que des images certes plus réalistes mais qui ne font pas considérer la re-présentation sur un plan aussi élevé où il l’a portée. Au cœur de "l’illusion cinétique" il a anticipé bien des recherches formelles. Et c’est parce que la position de l’homme n’est jamais fixe, qu’il a établi dans l’histoire de l’art contemporain des images mouvements inoubliables.

Jean-Paul Gavard-Perret

10:00 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (1)

19/04/2017

Aperti - Lausanne : 10 ans d’intimité

Aperti Livre.pngAperti, « Atelier et intimitié », Le livre des X ans, Textes: Corinne Currat, Françoise Jaunin et Fabien Ruf, Éditions À l’Envers, 220 pages, 2017. Ouvertures des ateliers : 13 et 14 mai 2017.

 

Aperti Bon 2.jpgDe manière quasi institutionnelle Lausanne, grâce à Aperti, permet chaque année et au milieu du printemps de rentrer dans l’intimité de l’atelier des artistes lausannois. C’est là sans doute une des meilleures manières de comprendre les processus créatifs et les œuvres. Le visiteur par ce qui se présente à lui, à travers l’atelier et son atmosphère, peut « éprouver » une œuvre en oubliant bien des interprétations voire ses a priori.

Dans le formidable  cortège des différents lieux un apprentissage du regard se crée au moment où les artistes permettent de s’ouvrir à une certaine part de risque. Si bien que ceux qui se sentent égarés parfois au sein d’œuvres contemporaines ne le seront plus ou moins. Une telle confrontation rend l’art plus profond que par le seul culte de sa mise en scène officielle. C’est aussi la manière de se dégager de la maladie de l’idéalité de l’art : franchir le seuil des lieux de sa création lui donne un caractère plus concret et vivant.

Amerti bon 3.jpgMettre son nez partout et au besoin affronter les flammes des artistes incitant à se rapprocher de l'affolement dont elles sortent. Ce n'est peut-être pas tout mais un pas est offert. Apparaissent parfois, par les hantises d'un lieu, celles qui nous hantent. L'atelier rapproche le regardeur de l'artiste. Le premier peut trouver en lui un ou une semblable capable de révéler ses fantômes. Cette invitation - a priori de courtoisie reste - donc une formidable propédeutique. Elle rapproche de bien des "magasins de curiosité".

Jean-Paul Gavard-Perret

Ateliers de E. Gervasoni et M. Lavanchy.