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10/12/2013

Dieter Meier dandy et électron libre

 

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Dieter Meier, « Oskar tieger », Kein und Aber records, 2013.

 

 

 

Epicurien à la cuillère dorée Dieter Meier a su faire fructifier ce que ses origines lui ont accordé.  Il entame une carrière polymorphe : grand joueur de poker il réalise plusieurs  films expérimentaux. . Il est célèbre aussi pour ses performances : il paya 1 dollar à tous les piétons dans les rues de New-York qui lui disait "Yes" ou "No". Il installa également une plaque dans la station ferroviaires de Kessel, en Allemagne, le 27 juin 1972 qui stipulait : « le 23 mars 1994, entre 3 et 4 heures de l'après-midi, Dieter Meier se tiendra debout sur cette plaque ». L’artiste tint sa promesse. En 1979, il rejoint le groupe de musique électronique suisse de Boris Blank et de Carlos Perón Yello. Il deviendra la voix principale des albums du groupe et signera la plupart des textes des chansons, laissant la composition et le travail musical à Blank. Les deux artistes sont  considérés par beaucoup comme les précurseurs de Jeff Mills et sont devenus les « Godfathers of Techno ».

 

L’univers insolite de ses clips vidéo a valu à Dieter Meier une moisson de récompenses. L’artiste signe aussi des chroniques littéraires dans les pages culturelles de divers quotidiens et revues. En 2006, il a publié un livre « Hermes Baby – Geschichten und Essays » puis un autre pour enfant et une monographie lors de sa rétrospective de Hambourg (Deichtorhallen, rétrospective 1969-2011).Il a aussi publié un superbe album photos autobiographique « Out of Chaos ».  En 1997, Dieter Meier s’est lancé en Argentine dans l’agriculture, l’élevage de bovins et d’ovins, ainsi que dans la viticulture. Il commercialise ses différents produits, d'origine biologique, en Allemagne, aux Etats-Unis, en Suisse, ainsi que dans son magasin d’alimentation argentine à Zurich.Depuis très longtemps  ses œuvres sont présentes dans les grands  festivals de cinéma et ses photos se retrouvent par exemple  dans les collections du Museum of Modern Art de New York et du Kunsthaus de Zürich.

 

Meier vit, selon ses propres dires, « dans une forme de chaos et d’anarchie, un peu à la manière d’un jongleur chinois d’assiettes tournantes qui secoue en permanence ses baguettes pour maintenir un grand nombre de choses simultanément en orbite. » Le plus impressinnant reste son ecclectisme et sa perpétuelle jeunesse. Il ne s’arrête jamais et ne cultive que deux seuls regrets : "avoir investi aux USA et bu onze gin tonic au Lower Manhattan Ocean Club le 12 octobre 1981". L’artiste aurait aimé pouvoir collaborer ave le Dalai Lama, Jurgen Habermas et Noam Chomsky afin de trouver des solutions qui ne se limitent pas à la critique du capitalisme mais ouvrent à une meilleure utilisation de l’intelligence humaine.  Celui qui n’a jamais pu grimper sur les hauts sommets de l’Himalaya, surfer à Hawaï et jouer parfaitement du piano  a tout compte fait proposé mieux. Il demeure un cas particulier dans l’univers musical et artistique. Aujourd’hui encore il étonne et détonne tant par son parcours que sa nouvelle règle de vie  : « je jouis actuellement du printemps de ma sénilité ». Et quand certains jours deviennent plus difficiles à vivre il s’emploie à les oublier.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09/12/2013

Peter Stämpfli : métempsycose de l’art.

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Peter Stämpfli, Pop Art Design, Barbican Art Gallery, Londres, 22 octobre 2013 au 9 février 2014.

Peter Stämpfli a donné un tournant et une alternative nouvelle à l’art abstrait. Il a d’abord créé de nombreuses peintures où il a réintroduit d’une manière particulière la figuration. Il mit en exergue des détails d’objets dans une monumentalisation qui les transformait totalement. Très tôt il s’est polarisé sur un objet emblématique de la société industrielle et urbaine : le pneu. Le tournant, le détournant, le coupant dans un sens toujours plus précis du détail il est allé à travers cette recherche jusqu’à une forme nouvelle de l’abstraction géométrique. Elle le rapproche de l’école de Zurich. Peter Stämpfli a donc poursuivi sa recherche à travers la sculpture selon la perspective « pneumatique ». Il crée une poésie plastique qui fuit la matière mais à travers elle. L’artiste reste comme stimulé par l’espoir d’un certain avenir à travers un symbole qui ne signifierait pas seulement un emprisonnement de l’être urbain dans un présent mercantile. Il transfère l’objet basique en des situations ludiques.

L’opération consiste à décontextualiser la marchandise et l’indéterminer par métamorphose. L’objet ne constitue plus un bien de consommation mais le génie du lieu optique et plastique. Au trivial se substitue une valeur quasi métaphysique que renforce l’abstraction des formes et le jeu des couleurs. Face à l’avidité du réel se dresse l’intemporalité d’un art dynamique. La matière de base devient le contraire du temps. Elle n’est plus consumée par lui. L’art la sauve du révolu et de l’usage. Il existe par le pont opéré entre image et objet une poétique de l’action et du rêve investi de l’essor de la vie. L’artiste opte donc pour une transcendance : planté sur le réel elle s’en affranchit pour offrir une sorte d’image de perfection que Stämpfli veut considérer non comme surréalité mais pure réalité. Tout flotte comme dans un rêve, s’élève dans le triomphe d’une utopie réalisée.

Jean-Paul Gavard-Perret.

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07/12/2013

Husmann/Tschaeni : fuites au paradis

 

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Husmann/Tschaeni, “TINTINNABULATION”,Kunsthalle Luzern du  19 décembbre 2013 au 26 janvier 2014.

 

 

L'humour, le mouvement, la « transe » des formes et des couleurs, le mixage des cultures sont au centre du travail de Pascale Mira Tschäni et Michael Husmann. Ils dessinent et peignent de manière paradoxale : non sur la surface mais dessous : au verso de parois en verre. L’huile, l’aquarelle et différents pigments sont appliqués afin de créer des mirages polyphoniques. Ils transforment le lieu même de la "peinture",  Dans la profondeur de champ qui  devient surface s’inventent d'autres espaces où tous les mixages techniques et culturels sont possibles. Preuve que les deux artistes « ignorent » les dualités platoniciennes classiques d'où l'histoire de l'art actuel parle encore. Il y aurait ce qui fait modèle et ce qui fait copie, ce qui est intelligible et ce qui est sensible, ce qui est immobile et ce qui change. Chez Husmann/Tschaeni ces dualités sont rongées en une avancée ironique et onirique. Le dessin écarte et biffe, la peinture "couler" afin de donner un effet d’abîme à l’habituel effet de "représentation" de l’image. Le mot "fable" convient donc à un corpus bourré d'humour et de clins d'œil. On y grimpe aux ses rideaux de fumée, on se drapent dans les desseins des deux artistes où par défaut comme par excès l’unité est déplacée. L’espace ne mime plus le réel mais s'en moque. Quittant l'intimité de ce qu'elles désignent de la réalité les images engagent un en dehors du monde. Tout s’y désarticule mais tout est dominé.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

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