gruyeresuisse

18/05/2014

Les délectations en abîme de Daniela Droz

 

 

DROZ en 1.jpgTessinoise d’origine, Daniela Droz a vécu d’abord en pleine nature puis à Bellinzone. A19 ans elle décide de rejoindre Lausanne pour suivre des cours à l’ECAL et devenir photographe. A l’origine la future photographe est fascinée par le travail de  David LaChapelle puis par les approches de Guy Bourdin, Diane Arbus, Joel-Peter Witkin. Mais elle reste impressionnée par le photographe « de mode » Paolo Roversi capable selon elle de passer au-delà des attentes plastiques  « grâce à sa sensibilité et à son coté intouchable et métaphysique ». Comme lui traversant les frontières Daniela Droz cherche par la photographie à atteindre « les backstages dans la vie ». Elle aime aussi dans la photographie est ce que Bram van Velde appréciait dans la peinture à savoir que « c’est plat ». Mais l’effet de surface n’empêche pas de jouer avec les profondeurs.

 

Droz 3.jpgDerrière l’apparente diversité des sujets  la recherche de la beauté et de la perfection plus par apparente froideur que sensiblerie romantique.  Intéressée par l’architecture d’intérieur et le design d’objet comme par les effets de peau et de chair elle utilise de dispositifs lumineux ou chromatiques pour capter des dissonances aux harmonies attendues d’un « still lifed » particulier : le décor y a autant d’importance que l’objet comme le prouve sa série  « Background »s. La géométrie des lignes crée  la confrontation de différents plans souvent tirés des plaques  plexiglas ou de forex utilisés comme décors pour la promotion d’objets que la photographe emploie lors de ses commandes commerciales.

 

Droz.jpgMais l’artiste travaille aussi sur de la modification du corps.  Dans « Pain makes you beautiful », pénétrant des lieux interdits au public (salles d’opérations par exemple) elle s’est approchée de  la manière dont les êtres s’approprient leurs corps à travers diverses techniques qui vont de la chirurgie esthétique à la scarification. L’artiste reste fascinée par l’intimité fracturée et reconquise. De la vue de l'horrible ne subsistent dans l’œuvre que les contours indiciaires. Ils s’orientent non vers la présence mais l’absence, non vers la description du visible mais vers un travail prenant acte d’une disparition et d’une renaissance.Le singulier passe au général en mettant en scène et en relief du très perturbant comme de la pure beauté plus classieuse.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

17/05/2014

L’ABC (Art et Barbe-Cue) de la tentation selon les Sidler sisters

 

 

 

Slider 2.jpg Celia et Nathalie Sidler, « Art et Alimentation », Musée Jurassien des Arts de Moutier, du 24 mai au 30 aout 2014

 

 

 

L'imagination et l'imaginaire des Bâloises Celia et Natalie Sidler passent principalement par performances et installations. Leur gourmandise n’empêche pas une vision critique du marché et de la production qui président au souci d’attendrir et d’assouvir le plaisir. Les deux sœurs sont donc perfides. Préférant l’ordre au chaos (même si des amas de branches de « goûts ou dégoûts » peuvent faire pencher ver le second), elles multiplient des pièges. Et ce même si tout semble rentrer dans le moule. A l’image de celui confectionné pour une plaque de beurre par les artistes. Il devient le symbole d’une identité fondée sur l’alpage et de l’économie standardisée (clin d’œil critique à Nestlé et autres conglomérats).

 

 

 

Slider 3.jpgLes plasticiennes proposent et inventent des points de vue ironiques et intempestifs. Ce qui prépare un feu de pique-nique fait penser que l'incendie. Il est fort à parier qu’il ne sera pas forcément maîtrisé sous la cendre. Néanmoins la combustion reste en attente dans un espace intensément proche traité sans l’esbroufe trop souvent présente dans le domaine de l’installation. Profondeurs des surfaces, gestation de la matière, puissance de la couleur alimentent des propositions cadrées géométriquement où s’éprouve une germination spatiale. Le regard coule sur les surfaces qui peuvent annoncer une intimité matérielle alléchante. L’âme craint d’être avalée par le ventre et les yeux mais qu’importe. L’être en sortira vivant car ce qui est donné comme un Eden est troublé par d’étranges causes premières ou dernières fomentées par deux iconoclastes discrètes.  Serons-nous un jour au bout des indices qu'elles nous tendent ?

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

16/05/2014

Par delà les apparences : Swiss Press Photo 2014

 

Press Bon.jpgSwiss Press Photo 14, Allemand / français / anglais / italien, 128 pages

 

220 images en couleur, 20 E., Benteli, Zurich.

 

 

 

 

 

Chaque année, le prix de la meilleure photo de presse suisse est décerné dans six catégories (Actualité, Vie Quotidienne, Portrait, Étranger et Reportages Suisses). Ce volume rassemble les photos des lauréats et lauréates 2014 ainsi qu'un certain nombre d'autres images hors du commun. S’y découvrent bien des failles dans les apparences. Preuve que la photographie suisse est des plus vivantes. Par leurs captures de personnages connus ou anonymes, de paysages ou de situations souvent sortent de leurs gonds. Les prétendus « clichés » deviennent des reliques très particulières. Par delà le concept de référence propre à un tel genre la photographie de presse  laisse la possibilité d’imaginer des secrets en impactant les situations données d’une force parfois poétique. Servants zélés du réel  les photographes helvétiques  dressent des défis en provoquant une étrange fascination du quotidien. Leurs « opérations » (entendons ouvertures) sont propres à faire découvrir des lignes de force jusque dans des arrière-plans a priori non signifiants.  Et si nous retrouvons dans un univers que nous connaissons bien reste une énigme profonde où se joue le jeu de notre appartenance au réel donc de notre identité.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:47 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)