gruyeresuisse

22/01/2014

Le romantisme particulier d’Alexandre Baumgartner

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Alexandre Baumgartner  sans tomber dans un art conceptuel dégage l’art du romantisme  par sa façon de substituer l’affectivité à l’intelligence afin de repousser les limites plastiques. Aux découvertes intuitives du peintre de Bâle se superposent des connaissances intellectuelles "hérissées" dans ses réalisations d’alternatives diverses. S’il reste romantique dans son désir angoissé de parvenir à accomplir  ce qu’il cherche il  reste néanmoins classique dans la sobriété de ses réalisations même lorsque « l’esprit » d’une telle recherche pourrait inspirer à beaucoup d’autres  un certain relâchement. Conscient du rôle primordial du travail Alexandre Baumgartner refuse toute emphase lyrique. Il  « l’abstrait » dans une poésie de la retenue. Quoique proche d’une mélancolie panthéiste façon Amiel, il substitue à l’émotion béante et au don d’observation le moyen d’aller au-delà de la surface des choses tant par la stylisation des formes que par le kaléidoscope des couleurs. Il existe dès lors un abîme inéluctable entre la banalité de la vie et la magie de l’art. En ce sens l’artiste est aussi romantique que son contraire : arrimé à la nature il en recherche le substrat en proposant des stimulations formelles et chromatiques extrêmes et essentielles. Ce que Baumgartner dégage du réel tout  en s’arrimant à lui permet de découvrir des « lois » essentielles. L’artiste reçoit le monde de manière impressive : l’intelligence vient après afin de traduire l’émotion intuitive au point que ce qui est donné devient intelligible.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

08:57 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (1)

21/01/2014

Celui qui n’a jamais osé écrire à son épouse : entretien avec Alexandre Baumgartner

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Franchissant les frontières du paysage et ses simples effets de réalité, 
prenant à bras le corps le dessin le plasticien se dirige 
vers ce qu’on ne voit pas encore et ce qui ne se verra peut-être jamais. 
Pour autant il ne se prétend pas prophète. Ses travaux sont autant de « paroles éclatées ». 
Elles permettent la mise à l’épreuve d’une proximité demeurée lointaine.
 
œuvres visible sur imagina-c-tion.com
 
Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ? 
L'angoisse d'oublier le rêve . . . et le mal de dos . . .
 
Que sont devenus vos rêves d’enfant ? 
Je ne sais pas si j'en suis sorti . ..
 
A quoi avez-vous renoncé ?
A faire une carrière de musicien
 
D’où venez-vous ?
D'une ville bénie (Bâle) de culture et d'enseignants qui m'ont ouvert d'autres horizons.
 
Qu'avez-vous reçu en dot ?
 La typographie grâce à Emil Ruder.
 
Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ?
J'ai le don de concilier beaucoup de choses.
 
Un petit plaisir - quotidien ou non :
sentir glisser mon crayon numérique sur la palette graphique.
 
Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?
De ne pas être connu
 
Quelle fut l'image première qui esthétiquement vous interpela ?
Paul Klee : Sinbad le marin, une reproduction des éditions "Exlibris" en Suisse.
 
Quelle première lecture vous marqua ?
Je ne sais plus exactement, mais probablement des textes d'Erich Kästner :
 "Emil und die Detektive"  (« Emile et les détectives ») et autres.
 
Où travaillez-vous et comment ?
Dans mon atelier-grenier devant l'écran de mon ordinateur.
 
Quelles musiques écoutez-vous ?
 Monteverdi, Frescobaldi, Pergolesi, Schein, Scheidt, Schütz, 
Bach, Buxtehude, les classiques mais aussi Stravinski, Satie, John Cage, Stockhausen, Berrio . . . Gato Barbieri.
 
Quel est le livre que vous aimez relire ?
J'aime écouter la même musique 3 jours de suite, 
la relecture d'un livre est rare sauf la consultation d'ouvrages graphiques et techniques . . .
 
Quel film vous fait pleurer ?
Je n'aime pas ça . . .
 
Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Un visage qui n'est pas en relation avec mon image intérieure.
 
A qui n'avez-vous jamais osé écrire ?
…à mon épouse et amie . . . (c'est plus simple de créer des images)
 
Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
 New York, Basel(Bâle). 
 
Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ? 
Paul Klee, Jean Arp, Armin Hofmann, Emil Ruder, Francis Wilson, 
Gérard Guerre, Serge Fauchier, Fernando et Humberto Campana, Philippe Apeloig, Thomas Schütte.
 
Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Un cerveau, des yeux et une main qui travaillent plus vite.
 
Que défendez-vous ? L
a solidarité et l'amitié entre créateurs, la liberté d'expression, je ne supporte pas le racisme .
 
Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose 
qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"?
Le pessimisme.
 
Enfin que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui 
mais quelle était la question ?"  
L’optimisme, l'enthousiasme du créateur.
 
Entretien réalisé par Jean-Paul Gavard-Perret, le 19 janvier 2014.

 

 

 

 
 
 

13:00 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

17/01/2014

Homme sweet homme

 

sexe faible.jpg«  Le sexe faible – nouvelles images de l’homme dans l’art », Musée des Beaux-Arts de Berne, Hodlerstrasse 12, Berne

 

 

 

Le Musée des Beaux-Arts de Berne propose une exposition majeure : l’homme hétérosexuel occidental y est expertisé par une trentaine d’artistes de premier plan. Bas Jan Ader, Luc Andrié, Valie Export,  Jürgen Klauke, Sarah Lucas,  Urs Lüthi, Sylvia Sleigh, Silvie Zürcher entre autres instruisent leur décapage à travers peintures, dessins, photographies, films, vidéos, sculptures et installations-performances. La représentation de l’essence du masculin illustre la faiblesse du sexe dit fort et met au grand jour ce que la société - faite par les hommes et pour eux - tentait jusque là de cacher. Les mâles sont penauds, angoissés, en pleurs. Leur émotivité est scénarisée comme est érotisé leur corps réduit à un objet de désir.

 

La masculinité se conçoit sous un plus juste miroir que celui de la pureté grecque. L'homme est parfois Narcisse mélancolique. Il sait sa rencontre avec lui-même impossible, son seuil infranchissable. Il accouche autant de son porc que de sa vulnérabilité. Celui qui s'autoproclamait sûr de sa force et comme émanation d'un éther est soudain habité de miasmes. Renonçant à l'élévation par le haut et à la référence aux anges l'exposition fait exploser les scènes de genre où le masculin se lovait. Elle montre ce qui fait  la débauche,  la pusillanimité, l’absence de vertu comme la fragilité du mâle. Ce dépouillement n'est pas faite pour le culpabiliser mais afin de "re-sexualiser" le concept d'" homme ” en affrontant jusqu’au bout son animalité comme la maladie de son idéalité. Le mâle est montré loin de sa propre chimère. La femme n'a plus à lui demander - telle Madame Edwarda de Bataille au bordel  : «Regarde ma fente parce que je suis ton Dieu". Plus qu'une autre elle sait que tout n'est pas bon dans le porc qu'il faut parfois materner mais souvent mettre devant sa vérité. Cochon qui s'en dédit.

 

Jean-Paul Gavard-Perret