gruyeresuisse

31/10/2019

Olivier G. Fatton : - Coco ? - Oui, c'était elle.

Coco bon.pngOlivier G. Fatton, "Coco" accompagné d’un récit intimiste de Dunia Miralles,Edition Patrick Frey, Zurich, 2019

Coco vivait à fond et à cent à l'heure comme si elle savait que le temps lui était compté. Egerie de l'undergrouns helvétique, transgenre, ne pouvant vivre de son talent, elle travaillait dans une clinique psychiatrique en tant que femme de ménage. Mais profitait de son temps libre pour le mannequinat (pour Marianne Alvoni) les performances, le happening, le show.


Coco 3.pngDès qu'elle rencontra Olivier G. Fatton tout s'enflamma très vite. Et l'histoire de la transition de Coco d'homme en femme se transforma en passion. Mais Coco mourut jeune : la drogue anéantit le couple et tua celle qui ne fut guère aidée dans sa transformation d'un genre non choisi à celui qui était le sien.

Coco 2.pngLes photographies troublantes forment d'une part la narration de l'amour du photographe et de son jeune modèle mais surtout créent - au delà d'un travail de mémoire - une œuvre d'exception.  Y est magnifiée celle - comme le souligne Dunia Miralles -  "eut l’impression d’ensevelissement" et ne sut jamais trouver l'accord avec son corps. Il est présent ici entre poses naturelles ou parfois la sophistication. L'ensemble met en exergue comme l'écrit encore Dunia "la splendeur et la chute d’un ange", sa dynamique et son écrasement.


Jean-Paul Gavard-Perret

30/10/2019

L'éclat et l'écart : Sissi Farassat à Zurich

Sfarassat 3.jpgissi Farassat propose à Zurich des autoportraits et des photographies de membres féminins de sa famille. La plupart des clichés sont transformés par la présence de perles, cristaux, paillettes et fils. Existe - en une sorte de "sous-traitance" - mais aussi de rehaussements - une histoire qui remonte les traditions chères à l'artiste : du nouage et de la broderie de tapis persans à l’art et au design viennois.

 

farassat 2.jpgL'artiste crée diverses cadrages, décadrages et combinaisons subtiles pour transformer le regard  sur la femme comme sur l’art de la broderie, du tissage et donc de la culture attachée au féminin. Une imagerie en recouvre une autre dans un contrat tacite. Il accentue plus qu'il ne cache ce qui paraît caché. L'écart crée un éclat selon un art très particulier de ce qu'on nomme l'ornemental.

 

Farassat.jpgL'Iranienne installée à Vienne, par ses photographies "brodées" , ne cesse d'inventer des images qui débordent des normes. Paradoxalement elles ne sont plus mangées par l'ombre. La femme y paraît plus libre. Chaque image devient une porte qui ouvre sur des chemins de subtiles effractions et du rêve. Les œuvres éclairent le moi profond des femmes par des séries d'éléments  diffractés.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Sissi Farassat, "Hotel Orient", Bildhalle, Zurich, jusqu’au 24 novembre 2019.

29/10/2019

Isabelle Bonte et les ballets improbables

Bonte Bon.jpgIsabelle Bonte, "Fil de fer et tarlatane", Galerie Isabelle Brand, Carouge, Genève, novembre 2019.

 

"Dessins dans l’espace, filaires de volumes. Ma palette est intimiste. Proche des matériaux. Brun du fil, café de tarlatane, blanc de nuage" écrit Isabelle Bonte. Apparemment le monde devient un monde de rêve. Il est léger et presque aérien. Les couleurs sont foncées, les formes souples et l'alacrité est de mise. "Le modelage est au service de sensations de liberté" écrit encore la créatrice. Elle sait tirer les ficelles. Chaque pièce va jusqu'aux éthers et leurs nuages plus qu'elle ne grimpe aux rideaux. La rigueur est défaite. L'esprit bat la campagne.

 

Bonte.jpgPourtant l'univers de l'artiste, dans sa fragilité, est plus complexe qu'il n'y paraît. A le regarder de plus près nous comprenons que se créent des impératifs qui échappent à la conscience même de l'artiste. Tout est tiré vers le haut. Existent des oasis du féminin. Et ce ballet improbable ne signifie pas forcément que la vie est légère. Mais la sculptrice poursuit son entreprise pour notre plaisir. Sous l'humour et la légèreté un clair-obscur rend parfois dubitatif.

 

Jean-Paul Gavard-Perret