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25/03/2014

Sabine Tholen la carte et le territoire : Du même à l’altérité et retour

 

 

 

 

 

Tholen Bon.jpgSabine Tholen, « nous continuâmes à ramer sous les murs mêmes... »,  Halle Nord, Triennale  50 journées de la photographie, Genève.

 

Sabine  Tholen ne cesse de questionner le paysage, son récit, son histoire et sa reproduction. Avec « Nalé - un village suisse » elle s’intéressa à l’aide  d’une documentation photographique relative à ce “village-modèle” dans le Jura romand. Le village a été construit par l’armée suisse comme terrain d’entraînement au combat urbain. Les bâtiments restent vides et le village fantôme. Le caractère brut des immeubles, la largeur excessive des rues afin que  les chars puissent passer et la nature anecdotique des aménagements extérieurs donnent au visiteur l’impression de se promener dans une maquette à l’échelle 1. Ce relevé photographique et sa mise en forme par l’affiche, référencée à une identité graphique suisse, soulèvent une ambiguïté, entre un village typique presque de rêve et une cité fantôme. Sabine Tholen présenta dans un affichage de rues à Genève cette topologie légendée selon leur fonction dans les quatre langues officielles du pays. Dans un rapport mouvant à sa propre véracité, l’affiche fait écho à la stratégie militaire

 

Tholen.jpgL’œuvre devient ce que Wittgenstein nomma un « Tractatus » : à savoir un relevé modèle, une transposition parfaite du réel où l’image n’a plus pour but de proposer la ressemblance comme propriété fondamentale de la représentation. Une image qui représente un mur et une image qui ressemble à un mur deviennent deux procédures différentes. Elles peuvent se juxtaposer, se jouxter tout en restant indépendantes. L’artiste rappelle que toute image n’est qu’un relevé qu’elle soit en noir et blanc ou qu’elle soit une  image matricielle du type bitmap. Le spectateur ne sait où se situer dans des dispositifs complexes entre vide et plein, intérieur et extérieur, présence et absence. Dans la perte des repères et des contours demeurent des espaces qui sont autant d’ellipses et de laps. L’inconscient les franchissant, n’y voit parfois non l’altérité mais du même. Comme si tout franchissement était impossible. L’effet de réel est donc remis en cause par l’effet d’image. Cette dernière peut  atteindre un au-delà de ses limites habituelles comme la réalité elle-même traverse parfois les frontières du réel.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

24/03/2014

Les puzzles de Valentin Magaro

 

 

 Magaro 1.jpgBuchpräsentation und Kabinettausstellung“, Galerie Scheublein+Bak, Zürich, 2014.

 

 

 

Dans les puzzles de Valentin Magaro l'absence elle-même est donnée comme présence absolue. Au détour de fictions plastiques en fragmentations la séparation est éprouvée dans toute sa rigueur (l'absolument séparé) mais permet de se retrouver dans la proximité du  fond de nos abîmes. L'absence consacre par anticipation le point sans centre où  l’image voire de l’imagination devient l'épreuve de son impossibilité. L’artiste de Winterthur nous fait des orphelins de l’image stable et formatée. Nous devons en accepter l'errance. Même (ou surtout) si elle rend incertain à nous-mêmes.

 

 

 

Chaque œuvre de Magaro met en cause et parfois en scène celui qui se tenant à lui ne tient donc à rien. En divers jeux d'écarts programmés la réalité éclate : elle n’est pas renvoyée par l’art à son fantasme. Celui-là inclut soudain une présence sur laquelle on ne peut mettre de mots. Ne demeurent que les éléments diffractés du réel. A chaque image correspond un dégel. Il convient d'en tirer les conséquences et d'aller au bout de la vérité que chaque fragment  fait toucher. Il y a là des sentinelles qui veillent. Mais les nôtres disparaissent en des cheminements sans but, des buts sans chemin qui fascinent : initiés par l’artiste ils provoquent les germinations de l'étincelante énigme.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

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23/03/2014

Fabian Marti : irréfutables masques

 

 

 

 

marti.jpgChez Fabian Marti de la tête il ne reste qu’une coque. Elle ondule entre la tradition africaine et la science-fiction. Son appendice nasal, sa bouche comme ses orbites font des efforts pour se montrer encore dignes de l’espèce humaine mais ils en deviennent les ornements mélancoliques. Depuis longtemps de tels hybrides ont ravalé leurs dents de sagesse. La chair tenant mal de coup elle est traversée d’impeccables prothèses. Si bien que le « blair » aguerri de l’homme de base est tombé dans l’oubli comme s’il s’était gobé et son absolu supposé avec. Un œil est parfois sobrement embroché pour être en connexion directe avec le vide goulu. Aucune contre-offensive n’et donc à craindre de tels compagnons ou miroirs. Ils servent d’écluses à des circuits autant archaïques que cybernétiques. Sidérée par l’implacable destinée de ce qu’ils sont devenus, en invalides de guère leur résignation n’exclut pas une certaine beauté d’après le déluge. Elle est fort éloignée  de celle des  filles des barrières mais qu’importe. Faisant sourdement la nique à tout possible exploit et le regard barré par une horizontale terroriste de  telles figurations prouvent qu’elles sont le résultat d’une abyssale erreur de direction et de dévolution. Le créateur s’en amuse. Ses conglomérats aux résolutions numériques permettent des retouches pour les aligner aux circonstances dégagées de toute naïve normalité. Leurs perspectives complexes qui pourraient le cas échéant nous dépasser. Il se peut même que ce temps soit arrivé.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 


 

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