gruyeresuisse

24/03/2014

Les puzzles de Valentin Magaro

 

 

 Magaro 1.jpgBuchpräsentation und Kabinettausstellung“, Galerie Scheublein+Bak, Zürich, 2014.

 

 

 

Dans les puzzles de Valentin Magaro l'absence elle-même est donnée comme présence absolue. Au détour de fictions plastiques en fragmentations la séparation est éprouvée dans toute sa rigueur (l'absolument séparé) mais permet de se retrouver dans la proximité du  fond de nos abîmes. L'absence consacre par anticipation le point sans centre où  l’image voire de l’imagination devient l'épreuve de son impossibilité. L’artiste de Winterthur nous fait des orphelins de l’image stable et formatée. Nous devons en accepter l'errance. Même (ou surtout) si elle rend incertain à nous-mêmes.

 

 

 

Chaque œuvre de Magaro met en cause et parfois en scène celui qui se tenant à lui ne tient donc à rien. En divers jeux d'écarts programmés la réalité éclate : elle n’est pas renvoyée par l’art à son fantasme. Celui-là inclut soudain une présence sur laquelle on ne peut mettre de mots. Ne demeurent que les éléments diffractés du réel. A chaque image correspond un dégel. Il convient d'en tirer les conséquences et d'aller au bout de la vérité que chaque fragment  fait toucher. Il y a là des sentinelles qui veillent. Mais les nôtres disparaissent en des cheminements sans but, des buts sans chemin qui fascinent : initiés par l’artiste ils provoquent les germinations de l'étincelante énigme.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

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23/03/2014

Fabian Marti : irréfutables masques

 

 

 

 

marti.jpgChez Fabian Marti de la tête il ne reste qu’une coque. Elle ondule entre la tradition africaine et la science-fiction. Son appendice nasal, sa bouche comme ses orbites font des efforts pour se montrer encore dignes de l’espèce humaine mais ils en deviennent les ornements mélancoliques. Depuis longtemps de tels hybrides ont ravalé leurs dents de sagesse. La chair tenant mal de coup elle est traversée d’impeccables prothèses. Si bien que le « blair » aguerri de l’homme de base est tombé dans l’oubli comme s’il s’était gobé et son absolu supposé avec. Un œil est parfois sobrement embroché pour être en connexion directe avec le vide goulu. Aucune contre-offensive n’et donc à craindre de tels compagnons ou miroirs. Ils servent d’écluses à des circuits autant archaïques que cybernétiques. Sidérée par l’implacable destinée de ce qu’ils sont devenus, en invalides de guère leur résignation n’exclut pas une certaine beauté d’après le déluge. Elle est fort éloignée  de celle des  filles des barrières mais qu’importe. Faisant sourdement la nique à tout possible exploit et le regard barré par une horizontale terroriste de  telles figurations prouvent qu’elles sont le résultat d’une abyssale erreur de direction et de dévolution. Le créateur s’en amuse. Ses conglomérats aux résolutions numériques permettent des retouches pour les aligner aux circonstances dégagées de toute naïve normalité. Leurs perspectives complexes qui pourraient le cas échéant nous dépasser. Il se peut même que ce temps soit arrivé.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 


 

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22/03/2014

Les surfaces éclatées de Tobias Madison

 

Madison BON.jpgTobias Madison, Kusnthalle, Zurich.

 

 

 

A la suite deBeuys  Tobias Madison cherche à incarner la manière dont la matière elle-même  travaille la réversion figurale et la logique habituelle de l'imaginaire en transformant le support-toile comme l'espace d'installation en de véritables lieux " morphogénétiques ". L'œuvre est à la fois proche et étrange. Car ce qu'on appelle  " toile " ou "espaced"  se met à "flotter", à fluctuer sans indiquer le passage du fantasme à son reflet imité. La surface ou le volume  se dévoilent de manière plus éloquente que lorsqu'ils sont simplement "tendus", dressés. Ils ne peuvent plus être le territoire de l'illusion sur laquelle le leurre de l'image vient se placer. Des "débris", des "crans", des blocs surgissent des "cris en trombes lentes " comme l'écrit Michaux dans " La vie dans les plis ".

 

 

 

Madison bon 2.jpgLe soyeux et le lissé laissent place à l'accident. Il devient l'ornement de ce qui jusque là servait de support à l'ornement. Tobias Madison propose donc mieux qu'un lifting aux surfaces et volumes. Ils ne sont plus les crucifiés intouchables sujets à un  culte de piété faciale. Ils éclatent pour  s’ouvrir sur un immense inconnu propice à de nouveaux délices. Par la déformation l'artiste parvient comme l’écrit Beckett dans " Le Monde et le Pantalon " à une "malfaçon créatrice voulue". La toile, la sculpture, l'installation vont donc vivre de leurs morceaux en leurs disjonctions inclusives afin d'aller chercher chaque fois un peu plus loin la lumière à travers des loques. Elles "inter-loquent" le spectateur, elles le sortent de l'idéalisme de la clôture et du fermé.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret