gruyeresuisse

05/07/2014

Francis Baudevin architecte de la couleur

 

 

 

Baudevin.jpgL’art conceptuel et abstrait de Francis Baudevin reste un lieu idéal pour creuser par éclats le silence du monde et tenter de lui faire « avouer » des secret intimes. La géométrie des formes  ne cesse de lutter contre toute viscosité. L’artiste refuse les effets de sédimentation et - de plus en plus - tout excès de théâtralité. L’émotion est là mais latente. A travers des formes et couleurs élémentaires elle sacrifie tout lien  avec un quelconque modèle, thème ou narration afin de dégager une force singulière créatrice d’une énergie qui échappe à la fatigue comme à l’appris.

 

 

Soumis à des disproportions comme à des proportions, à une force d’éclosion des couleurs ( que les volumes cernent avec sobriété) le regardeur semble échapper au réel mais de fait y reste confronté. Un effet de bascule se produit à travers l’épure et en fonction de « séries » aux teintes crues afin  d’explorer plus à fond les propriétés spatiales de la  peinture que les volumes engloutissent.  Ils semblent des éléments d’un « work in progress » modulable de reprises en reprises dans lequel le « mur » vierge garde un rôle prépondérant et fait fonction d’isolant pas rapport à tout effet de diégèse.

 

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Le géométrisme y prend une importance capitale et précises pour suggérer divers états plus que de sentiments. Le travail de Baudevin ne se veut pas à connotation psychologisante, littéraire voire même conceptuelle même si l’œuvre jouxte cette dernière. Néanmoins le peintre aime se laisser surprendre par son instinct et le geste qui en découle. Il est vrai que ce geste  est « armé »» de tout ce que le créateur  porte en lui de connaissance technique, historique. En ce sens il est le digne successeur de l’école de Zurich dont il porte le registre plastique plus loin.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

08:07 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

03/07/2014

Sophie Alfonso à contre-oubli

 

 

 

Alphonso.jpgSophie Alfonso : TMProject, Genève.

 

 

 

Si dans les collages de Sophie Alfonso la nuit palpite parfois d’étincelles, les dieux et les hommes sont voilés comme des tambours. Ce sont des lépreux qui trainent armes et crécelles dans un théâtre où persiste malgré tout la tendresse là où  un visage d’enfant songe. Sans son silence où tout mot deviendrait bulle et la douleur se fait nulle. L’artiste fait croitre qu’un tel ange est irremplaçable même si dans d’autres images l’histoire des hommes est vue par des yeux plus désespérés. Des obus chargés à dos d’hommes portent la mort telle une maîtresse brune qui repousse tout amour. Néanmoins dans une telle œuvre rien n’est forclos. Le dessin par sa technique et sa facture casse les effets  de l’horreur, il évite que nous butions sur le paraître et fait refuser les Maîtres vus parfois dans la puissance d’une contre-plongée.

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La jeune créatrice ouvre le réel, le pousse dans une immensité céleste. Reste   l’étrange qui arrache le quotidien de sa nasse. Contre le jeu sans pitié des hommes l’œuvre  impose à tous les médusés de diableries une poésie  d’émoi. Une comète enfonce Jupiter sur un fond de bleu, des rêveries apparaissent : une fillette éblouissamment belle n’a pas besoin de prendre des poses. Son simple regard suffit. Elle crée un salutaire malaise face aux malentendus et aux mensonges des Ubu et de ceux qu’ils abusent. Tout reste néanmoins ambivalent en une telle œuvre. Elle échappe donc aux niaiseries. Rêvant Lorca, reniflant les Alphonso 2.jpgorages sa créatrice redresse la torsion des tripes. Une lune arbore sa blondeur ; tout ce qui surgit à sa lumière dérange. Mais il ne convient plus de laisser à la noirceur son emprise : soudain Eros devient simple autant que clair le jour.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

02/07/2014

Alexandra Maurer artiste du mouvement et de la confrontation

 

 

 

 

Maurer.jpgIl pleut dans les images d’Alexandra Maurer des chorégraphies étranges où la rapidité et la vocifération sont modulées  en caresses attentives, fraternelles. L’image se fait confidente des cruautés mais évite  le jeu de l’intimité : cela porterait à une exhibition dont l’artiste se garde. Ses images sont des seuils. Ceux d'instants sans limite dans ce qu’ils rameutent de conflits, de souffrance.

 

Entre peinture, vidéo, installation l’ « objet » principal » de l’œuvre d’Alexandra Maurer reste la danse. Non la danse filmée et simplement scénarisée mais à la fois désacralisée et pourtant sublimée dans des séries de répétitions. Elles entraînent le mouvement vers un épuisement programmé dont certaines prises et plans sont réalisées ensuite en peinture. Manière par la vidéo de l'interroger en tirant du mouvement un « tremblé » qui se fond dans l’abstraction. Parfois ces peintures sont réintroduites  en un cycle vidéographique où elles sont confrontées à d’autres images.

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La notion d’opposition agissante est essentielle dans l’œuvre de l’artiste. Qu’il s’agisse de la confrontation entre les médiums, de l’artiste et des danseurs, l’être et la politique, le social ou la nature. Ces trois dernières luttes sont d’ailleurs métaphorisées dans l’œuvre selon des vidéos au rythme lent et fascinant. Les corps palpitent, s’inclinent, descendent, deviennent des agents de l’invisible. Le mystère est à ce prix.

L’artiste organise son discours visuel pour accorder à la fascination « réaliste » tout le temps nécessaire. Cela permet d’entrer dans une clarté intérieure et rare que métamorphose la peinture. Avec chaque médium la plasticienne scénarise ceux qui sont acteurs de leur vie et dont, des yeux, tombe parfois un pétale d’ombre. La peinture comme la vidéo  arrivent peu à peu, à leur heure pour le saisir. Le temps est accordé : la créatrice sait l’offrir. A chacun d’y trouver sa lumière devant bien des abymes murmurants au sein de gestes frémissants et tâtonnants. Cette clarté mène la vie du noir de nuit aux premières lueurs du jour. Une fois de plus l’instant est sans limite. Il pleut des fils dorés. C’est la part d’ombre ou de mystère de l’œuvre d’Alexandra Maurer.

Jean-Paul Gavard-Perret