gruyeresuisse

10/06/2014

La mode, la mode et au delà : Florence Tétier

 

 

tétier.jpgAttentive au moindre détail Florence Tétier propose  par sa direction artistique une œuvre attirante et séduisante qui refuse les beautés glacées au profit du clin d’œil et d’une (fausse) nonchalance expressive. Ancienne élève de l’ECAL elle poursuit un travail professionnel dans son agence. Adepte de toutes les nouveautés techniques la créatrice interprète ses commandes de marques de prestige selon ses propres canons et non seulement par ceux imposés par le marketing d’entreprises qui ont compris l’apport que la créatrice  pouvait leur apporter (Kenzo par exemple).

 

tétier 2.jpgFlorence Tétier cherche toujours des images à la poésie  lisible et légère avec ça et là quelques pointes de sophistication clean qui rappellent -  sans toutefois la recherche de touche vintage - une esthétique miroir des années 80. Ses modèles sont scénarisés avec humour et grâce. Une telle directrice de création joue parfaitement des codes du « bon » et du « mauvais » goût. D’où l’ironie qu’elle introduit dans ses choix parfois kitsch et revendiquées comme telles. Plus qu’une autre elle prouve qu’une simple image (fût-elle de pub) n’est pas une image simple. « Objet » sensible et intellectuel elle permet d’éprouver l'approximation la plus précise possible de ce que Platon nommait un "lieu". En émerge une proximité plus conséquente qu’un pur reflet. Celui-ci est parfois retourné sur son tain. Si bien que le regard est partagé  entre le sentiment de la perte et de la reconnaissance par le jeu  du sombre et de la clarté, de creux et du plein.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

 

09/06/2014

Charles-François Duplain : empreintes, limites, temps

 

 

 

 

 

Duplain 1.jpgApparemment simple et minimaliste (dans son genre) l’œuvre de Charles-François Duplain demande une attention particulière car  le risque est grand de passer à côté. Les interventions poussent des portes non sur l'onirisme mais vers une vision quasi « lynchéeenne » des choses. Natif d’Undervelier l’artiste travaille à l’aide d’objets, d’installations, d’empreintes (à la craie par exemple) le concept d’autoportrait traité loin du simple reflet miroir. Celui-là trouve une autre dimension en intégrant le thème du temps, du territoire, de ses limite et des affinités intellectuelles. Au-delà de l’artiste lui-même il renvoie à chacun d’entre nous au sein d’une monumentalisation très particulière puisqu’elle s’appuie plus sur un lieu préexistant que par la création d’un objet plastique : « l’installation » - même si à proprement parler ce n’en est pas vraiment une - devient une critique de l’art et par delà des pouvoirs autant avec sagacité qu’humour radical.

 

 

 

Duplain 2.jpgEn ses « autobiographies pariétales » Duplain retient de la peinture d’abord le mur. Il prend d’abord soin de le recouvrir d’une couche monocolore comme le ferait un artisan. Manière (déjà) de remettre en cause la représentation en prouvant que le travail de base de couverture initiale n’est pas assujetti à un apport qui en serait la plus-value. L’artiste ne cesse de marteler le temps de la manière la plus incisive possible et parfois par de simples tirets comme le font les prisonniers dans une cellule dont l’artiste réinvestit en une de ses « autobiographies » le lieu. Souvent le jeu de la répétition signale une perte mais en laissant le champ libre à tout ce qui pourrait advenir. Dans une perspective postmoderne l'artiste s’empare des éléments du réel pour les décaler à coups d’interventions, de recouvrements ou de  biffures. Un lieu ou d’un objet (simple champignon de sécurité routière par exemple) est arraché à tout effet de décor afin de plonger en un univers à la fois ouvert et fermé qui traverse le temps chronologique. Et si la figuration fait loi, le réalisme est loin. C'est là le piège nécessaire choisi par l'artiste pour nous confronter ce qu'il en est de nous mêmes dans notre rapport au réel et notre propre image. L’autoportrait ne contient rien de narcissique ou de sublimé. Au regardeur de se débrouiller en considérant ce travail de tri et de sélection sans que l’artiste en donne une clé.

 

Jean-Paul Gavard-Perret


Des œuvres de l'artiste (en collaboration avec Philippe Queloz) seront visibles cet été à l'Abbatiale de Bellelay.

 

Jeanne-Salomé Rochat l’agitatrice

 

 

 

Rochat bon 2.jpgJeanne-Salomé est à l’image de « Sang bleu » (un des deux magazines  avec « Novembre » dont elle est dans les deux cas la directrice artistique) : alambiquée et canaille, « street-art » mais aussi chevillée à une culture dite « haute ». Son travail parle le corps sous toutes ses « coutures » à travers les métamorphoses et les mises en scène qu’en proposent non seulement les tatoueurs et les adeptes du body art mais des plasticiens plus généralistes comme des écrivains, poètes et philosophes. Roman et valaisan le magazine - démesuré par la taille (de plus de 500 pages) que les photos ou textes - est tout autant international et reconnu dans le monde entier. La créatrice conjugue la culture underground et main-street en passant au besoin par le fétichisme SM afin de montrer mais aussi de rêver l’esthétique du temps dont elle accepte tous les rhizomes. Plutôt que de rechercher des lignes de force elle propose l’éclatement et la pluralité des formes et des définitions. Le « sang bleu » n’est plus l’apanage d’une élite. Et « Novembre » propose de beaux étés La marginalité est revendiquée voir mise en exergue puisque il y a là la moyen de faire éclater les codes esthétiques mais aussi politiques et sociaux.

 

 

 

Rochat Bon.jpgBâtie selon une démarche régressive et déconstructive la pratique, expérimentale de la Lausannoise s’efforce de saisir avec précision les points extrêmes où il est encore possible d’inscrire des formes et des zones d’aberration. Jeanne-Salomé Rochat joue un rôle de "captrice" d’indéterminations jusqu’au point où l’image ne figure pas vraiment et où la narration se casse. Son travail ressemble à un miroir noir qui donne une vision particulière à nos psychés. Sous son aspect ludique le but d’un tel travail  est d’explorer l’espace des images quel qu’en soit la nature, leurs  systèmes de croisements et de brouillages jusqu’aux ratages, éclipses, déliés du lié, litanies somnambuliques, lacunes des lignes discursives d’imaginaires en fluctuation.  Jeanne-Salomé Rochat rend donc lisible divers types de ballets chromatiques qui sautent le pas du « pas ».

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret