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12/06/2015

De la couleur avant toute chose - Gilles Porret

 

 

 

Porret.jpgThe Solo Project - Basel, Gilles Porret - Selected works, Tmproject Boulevard d'Yvoy, Genève.

 

Tout le travail de Gilles Porret s’articule sur la saisie de monde par la couleur à travers différents médiums : installations, objets, vidéos, performances, photographies. Se revendiquant comme peintre le créateur proche d’un art conceptuel interroge  méthodes et règles du jeu de l’art. Au passage et pour que la peinture parle il s’est intéressé aussi à des termes où la couleur sert de figure de style pris au pied de la lettre pour imager le réel : Noir de monde, White Spirit, Peinture bidon, Bleu de travail, etc. « Picture Disc » est à ce jour une de ses séries les plus célèbres  de l’artiste. Elle repose comme souvent chez lui sur des collections d'objets. Il a aussi pour ce projet collationné des chansons dont le titre  contient un nom de couleur : «Yellow Submarine». «Paint Is Black».

 

Porret 2.jpgGilles Porret s’intéresse aujourd’hui à d’autres « Plates-Formes » : des palettes industrielles passent du côté de l’art. L’objet détourné est encore plus radical que le vinyl ( il pouvait être interprété dans un registre plus large et a priori plus artistique). La couleur règne en maître dans le monochrome et ses dégradé tant le support est banal. Des lés de bois peints deviennent les parfaits exemples de déconstruction du tableau. Les « loques » interloquent. Elles sont là pour  travailler l’imagination puisque le visiteur est confronté à du proche et de l’étrange dans ce qui provient directement de la matière. De sa plasticité surgissent des bastringues d’états, des tropismes de couleurs. Ils accordent à l’art une identité clocharde que Porret ne cesse de travailler.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

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10/06/2015

Patrick Morier-Genoud : Par monts de Vénus et par Vaud doigts

 

 

 


 MORIER.pngPatrick Morier-Genoud, « Lubric-à-brac, Abécédaire du Q (mais pas que…time que son livre aît été ) », Montreux, Éditions Stentor, 2014, 118 p.

 

 

 

Patrick Morier-Genoud tenait un blog dans un magazine suisse romand qui décida de  l’intégrer à sa version papier sous forme de chroniques. Elles durent être retirées suite aux protestations de certains lecteurs. Preuve qu’Eros demeure toujours plus dérangeant que Thanatos. Les propos de Morier sont pourtant intelligents, drôles, jouissifs et décapants. Influencé par les écrits (bien oubliés) de Wilhelm Reich le propos est libertin mais tout autant politique, social, sémantique. L’auteur s’y livre aussi à un exercice poétique : selon un cadavre-exquis de nouveau genre, les mots sont revisités selon des définitions aussi fausses que sexualisées.

 

Il semble  légitime qu’un tel brûlot soit édité par des éditions qui se définissent comme « la première maison d’édition romande spécialisée dans les mauvais genres ». Voilà qui ne fera pas plaisir aux éditions Humus leur collègue de Lausanne, mais qu’importe. Nulle question de se priver d’une telle lecture. Elle ouvre la clé aux arcanes des désirs. Celle-ci est forgée par Morier-Genoud d’une main de « faire » pour peaux veloutées, d’une main tout autant masseuse perverse pour des plaisirs primesautiers. Le langage permet au lecteur  de s’égarer en des désordres ardents. Ce qui remue  au milieu des roseaux du plaisir n’est plus tenu en hors champ du visible. Le monde devient  troublant. La femme y crée des feux de cheminée incontrôlables (la présence anticipatrice d’un  ramoneur savoyard n’y ferait rien). Autant que de  caresser des fantasmes l’auteur s’agenouille devant la littérature comme devant une femme afin de remonter  vers l’origine du monde. Jusqu’à perdre la tête là où la Sapienza conjugue le mental à la chair promise.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

09/06/2015

L'oeuvre ouverte de Franz Erhard Walther

 

 

 

Walther BON.jpgFranz Erhard Walther, Art unlimited 2015, SKOPIA Art contemporain, Rue des Vieux-Grenadiers 9, Genève, 15-16 juin 2015.

 

 

 

Dans l’œuvre de F. E. Walther la rigueur d’une savante géométrie n’est pas absente mais elle se dissipe pour un autre tressage. Aux œuvres planes, pleines de l’art traditionnel, succèdent des étincelles, des vrilles d’opérations insolites. La surface s’allège et s’étire en un jeu de lignes qui s’enroulent sur elles-mêmes, s’unissent et se séparent, se croisent et se dédoublent là où le spectateur doit être mis à contribution. Il répond de l’œuvre car, écrit le créateur, « il ne peut être impliqué seulement dans sa qualité de regardeur : son corps entier est engagé. »  Cette dimension physique (que le travail de l’artiste contient)  produit un système de formes qui ne sont plus fermées : tout demeure ouvert puisqu’il ne s’agit plus seulement de contempler.

 

Walther 2.jpgL’artiste produit des vecteurs d’impulsion faits parfois et par exemple en tissu ou en textures malléables pliées, dépliées en une série de partiels habillages. Chaque spectateur les annexe à sa main, « réinvente » les propositions plastiques créées par ces objets sculpturaux.  L’œuvre permet ce que Walther nomme le « retour au point de départ, où rien n’a de forme et où tout recommence à se former ». Le processus d’apparition est donc complexe puisqu’il n’est qu’une potentialité que le spectateur doit saisir avec non seulement son regard mais son corps. L’art ne répond plus de l’esprit platonicien et de la cosa mentale. Le spectateur n’est plus un œil sans corps, il se réincarne là où la dimension tactile garde son importance là où la   forme n’est plus  définitivement fixe.

 

Jean-Paul Gavard-Perret