gruyeresuisse

30/04/2017

Hans Bringolf le caporal "épinglé"

Bringolf.pngHans Bringolf, « Feu le lieutenant Bringolf », La Table Ronde, 10,20 E ., 2017 444 pages.

Fils d’un colonel suisse et d’une russe, Hans Bringolf est à sa manière un type de nouvel héros atypique. Il doit son titre de « feu le lieutenant Bringolf » parce qu'il était souvent donné mort lors des exercices. Il sert dans les services diplomatiques suisses jusqu'en 1904, puis en est radié pour fausses écritures. Il émigre ensuite aux États-Unis, commande une unité américaine, est emprisonné pour fraude. Avec la Première Guerre, il entre dans la Légion et obtient un autre surnom celui de « Le lion de Monastir ». Médaillé, il se retire en Suisse. Il y écrit le roman de son existence plus ou moins douteuse mais tout autant héroïque. Cendrars repère ce livre et lance avec lui sa collection « Les têtes brûlées » aux éditions du Sans Pareil.

Bringolf 2.pngSon éditeur (et traducteur) ne s’y était pas trompé. Hans Bringolf sait extraire de sa vie un roman en cavale. Entre éléments narratifs et l’évocation de l’existence existe à la fois une sorte de mise en abîme et d’approfondissement. D’autojustification aussi. Cette évocation n’a rien d’un champ de ruines : elle met en évidence le brio de l’aventurier au long cours et les arcanes de l’imaginaire compulsif de l’auteur lorsque cela est utile à sa défense et illustration. La dimension complexe du personnage demeure en filigrane. Il impose à son existence, face aux changements que lui imposent ses vicissitudes, de quoi se tenir debout - quitte à passer par des fenêtres quand les portes se ferment et ce pour entrer comme pour sortir. Reste toujours un saut dans l’impossible même si selon lui le monde ne l’a jamais laissé en paix. Mais il n’y est pas pour rien, eu égard à l’énergie qui l’anime parfois jusqu’à l’excès. L’auteur y remet en question les appréciations basiques entre le bien et le mal. Et son panégyrique ne s’embarrasse pas d’arguties spécieuses sauf lorsqu’elles sont; confusément ou non, indispensables...

Jean-Paul Gavard-Perret

29/04/2017

Marine Tillé : errances

Tillé.pngMarine Tillé - à l’image des ombres qui glissent parfois dans ses photos - avance au milieu des indices de décors improbables ou ce qui en reste. S’y éprouve l'intensité d’une marche forcée contre - qui sait ? - l'impossible abandon, l'impossible retour.

Tillé 3.pngDevant le regard les paysages à la fois fondent, se mixent ou offrent leurs débris. Il s'agit d’empreintes au fond de la dérive, là où la pensée manque de prise. Ne reste que le battement sourd du vent dans des ruines. Marine Tillé n'ajoute rien, n'élargit rien, ne fait que renvoyer à l'affolement où le réel s’écrase.

Tillé 2.jpgLe corps - lorsqu’il est présent – n’est qu’ersatz. Sommes-nous plus proche des débris qu’il traverse ou de sa silhouette qui a perdu substance ? Celle-ci traverse le silence. Le monde semble se réduire à une nature de fragments épars, disjoints. Marine Tillé taraude le réel. Dans chaque image - entre lenteur et vitesse - une intensité qui accapare, déborde.

Jean-Paul Gavard-Perret

28/04/2017

Ester Vonplon : consistante défaite

Vonplon.jpgEster Vonplon, « Alleine tanzend – irgendwo » (en collaboration avec Jürg Halyer) Kunstverein Konstanz, du 28 avril au 13 Juillets 2017

Les photographies d’Ester Vonplon créent un monde énigmatique en d’étranges harmonies et dans un principe de distension avec le réel. Cela peut rappeler parfois un certain animisme plus qu’un processus d’identification. La projection propose une solitude vivante même si la photographie abandonne le monde des psychismes humains

Vonplon 3.jpgUne communication secrète donne vie à la nature et parfois de l’être (qui ne peut plus vraiment s’identifier). Surgit une architectonie de la vision. Elle permet de voir plus grand. Il ne s’agit plus de contempler la réalité « comme il faut » mais autrement dans une sorte de victoire sur l’opaque même si les ombres demeurent La photographie propose une consistante défaite au profit d’une autre, tout aussi fugitive, dans l’évanescence des phénomènes là où le monde solide devient labile et précaire.

Jean-Paul Gavard-Perret