gruyeresuisse

29/04/2014

Rondes errances de Sarah Glaisen

 

Glaisen.jpgartiste visuelle née à Fribourg en 1971, Sarah Glaisen vit et travaille à Salvador de Bahia, Brésil.

 

 

 




Glaisen 2.jpg

 







Sur l'écran un simple rond fait image


Preuve que l’unique a un sens

 

Sa présence est un désir non su

 

Il tord le cou au « comme »,

 

Il cherche la lenteur d’astre

 

Qui se lève d’en bas.

 

La nuit devient ardoise

 

L’étoile la paraphe.

 

 

 

glaisen 3.jpg








Ailleurs le monochrome

 

Fait panache,

 

Echappe à l’ombre dans le clair-obscur

 

Des balles roulent dans des bas

 

La jambe devient coquille

 

Elle pousse en avant

 

Chaque boule

 

Qui n’a ni haut ni bas

 

Sa surface est sa fin

 

La chose en elle.

 

Qui porte cette peau

 

Est invisible

 

Et ne possède ni os ni chair

 

On voit l’abîme et la lumière

 

L’image et son contexte

 

Se battent

 

L’air tremble d’être l’air.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Pipilotti Rist : vers un autre théâtre du monde

 

 

 

 

 

Pipilotti.pngPipilotti Rist est l’une des pionnières de la déconstruction des images. Née à Grabs elle est devenue surtout vidéaste internationale et partage son temps entre Zurich, Bâle et Liepzick. D’abord échevelée l’œuvre prend au fil du temps une sorte de classicisme. Si bien que celle qui fut membre du groupe de musique « Les reines prochaines», règne désormais par sa maîtrise des images, leurs montages, le graphisme et le mixage par ordinateur. Elle fut une des premières à incorporer dans ses vidéos les « défauts »  et à utiliser le brouillage, le flou, les renversements sans tomber dans le pur jeu formaliste. Ses œuvres gardent un côté sentimental et kitsch - ce qui n’a pas empêché l’artiste de « s’assagir » pour ne pas s’auto-caricaturer. Elle a même été nommée directrice de « Schweizer Expo 02 » en 2002 et se retrouve au centre des interrogations de temps par son travail sur l’indifférenciation sexuelle. Elle écrivait dès le début du millénaire : « Depuis des années, mon propos est de considérer, sous plusieurs angles, ce qui fait la différence entre les sexes. La manière dont chaque être humain vit son identité sexuelle détermine l'évolution de la subjectivité de l'individu, constitue la base de son comportement social et politique. ». Filmant le corps et les attributions sociales de rôle l’artiste détruit la narration cinématographique traditionnelle au profit d’un morcellement d’images intempestives où se mélangent divers univers entre symboles et poésie psychédélique. Une de ses œuvres les plus célèbres (Open my glade) condense toute ses interrogations. Pipilotti Rist propose  l'obscénité de l'exhibition dans une monstration décalée. Elle s’y démaquille en frottant son visage sur une vitre. Le maquillage s’étale, le visage se déforme en des formes grotesques ou terrifiantes. Cette vidéo a été montrée 6 semaines 16 fois par jour  à Times Square (NYC) sur un écran géant  afin d’inscrire un contrepoint chirurgical dans le lieu de l’exhibition de la beauté formatée par la publicité visuelle.

 

 

 

Pipilotti 2.jpgIl ressort de l'œuvre une cruauté dynamique .Elle confronte le spectateur à des sujets les  plus intimes. Ils révèlent chez la créatrice une sensibilité et une lucidité peu ordinaires. Le travail répond à ce Walter Benjamin  demandait à l'art “ une image est ce en quoi l’Autrefois rencontre le Maintenant, en une fulguration, pour former une constellation neuve ”. L’artiste transgresse l’image reflet à travers les allers-retours au sein des genres qu’elle dérange et « dégenre ». Les pères y sont flocon d'absence, filet de sens pissant sur les capucines, cultivant  un surplus d'oubli pour les femmes et trouvant à cela un nom : l'existence... Face à de telles taciturnes burnes du machisme ordinaire Pipilotti Rist a inventé ce qu'on prend parfois pour ces rushs morts de son propre mont Rushmore. Elle y cultive d'autres images que « mâlignes ». L’artiste reste une digne héritière de dadaïsme. Elle le cultive au féminin. Liquette au clou,  ciel mauve sur fond tabac elle lance  aux mateurs des avis de non recevoir. Viandes belles mais aussi l'amer des chairs s'étalent. Il y a des Bleu Giotto sur des jambons mal cuit. Face à l'écran des jours chaque vidéo broute le bric afin que le broc parte en déroute. L'air vain vers l'aine des masques « bergamasquent », tombent du réel rugueux. L'âme n'est que prothèse du corps jusque là mal pensé et mal représenté. "La Pipilotti" rappelle que dessous il y a la bête qui rôde et les seins dessus qui  chantent - désormais dans la dérision  et non dans le supplice - ce qu'on appelle l'humain. Pour cela elle filme le poisson dans l'homme pour que se  découvre sinon son fond de moins ses fesses-thons.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Pipilotti Rist :  Hauser & Wirth, London, New York et Zürich

 

27/04/2014

Jean Stern : vérité et mensonge des images

 

 

 

 

 

Stern.jpgJean Stern est né en 1954 à Genève. Le sculpteur a d'abord fréquenté la Hochschule der Künste de Berlin, puis l'Ecole des Beaux-Arts de Saint-Etienne et enfin  l'Ecole Supérieure d'Art Visuel de Genève. Il vit et travaille à cheval entre cette ville et la région lyonnaise. Titulaires de nombreux prix ses principales réalisations ont été créés pour Théâtre Le bel Image de  Valence, pour l'agence UBS de Plan-les-Ouates dont on peut admirer les 9 reliefs dans la salle des guichets. Pour le SOCAR de Crest, il a créé une de ces premières interventions purement géométriques avec ses 50 colonnes de carton. Puis, changeant de registre ou le prolongeant, il crée en 1995 une intervention vidéo-infographique (avec l'aide d'Hervé Graumann) sur un espace de circulation.

 

 

 

Ce ne sont là pourtant que des points repères significatifs de celui pour lequel un travail rationnel de fond mais aussi le fortuit entrent en conflagration comme se retrouvent en relation le paysage et l'intervention que l'artiste pratique. Divers processus et instrumentalisations jouent à la fois sur le paysage, le temps. Ils se conjuguent de plus en plus avec une approche empirique de l'imagerie informatique mais aussi  avec rencontres, ressorts de situations inédites. Partant toujours d'un travail analytique sur la perception (que ce soit de la construction d'une image ou de l'appréhension d'un site) Jean Stern se dirige de plus en plus vers une infographie qui permet comme il le précise "feintises et vraisemblances".

 

 

 

Stern 3.pngL'espace mathématique et les géométries qu'il suggère n'ont cependant pas pour but d'envelopper le "voyeur" dans l'irréel et la spectralité. Jean Stern ménage au sein de ses paramétrages un moyen-terme afin que le voyeur ne "digère" pas toutes crues ses images. La restitution 3 D du logiciel qu'il utilise pour le transfert d'une image 2 D en 3 D, extrait une segmentation en un nombre de plans arbitraires pour des reconstitutions que l'artiste choisit afin qu'elles soient plus ou moins vraisemblables. Si bien qu'un lieu que l'on est susceptible de parcourir virtuellement mime - de près ou de loin - le lieu réel. L'artiste l'a réalisé par exemple avec son installation "Relire"  pour les anciennes Teintureries de Pully. Derrière la paroi s'étend le lac et le massif alpin du Chablais. L'écran crée une fenêtre mobile découvrant le paysage. Deux objets vraisemblables apparaissent dans la fenêtre : l'image 2D et la restitution 3D qu'autorise le logiciel.

 

 

 

Tous ces travaux permettent à Stern de reconsidérer les lieux et les images afin d'amener le public à un regard différent sur des espaces urbains ou plus intime. Se concentrant sur les surfaces et la géométrie de l'espace, l'artiste - qu'il travaille seul ou avec d'autres - n'a cesse de démultiplier, de décadrer l'espace comme il l'a fait pour son intervention sur le quai Wilson à l'occasion des Fêtes de Genève. Aux massifs ronds existants il a préférés des tapis rectangulaires, perpendiculaires au lac dans une approche qui tient tant de la sculpture que du paysage.

 

 

 

Stern 2.jpgAvec son goût pour les changements et les renversements  d'échelle l’artiste raconte  une autre histoire du paysage en tant que lieu de l'émotion et de l'intelligence où rien ne se laissent pas saisir d'emblée. Les lignes ne figent pas : elles sou ou surlignent horizontalement, verticalement et décalent le paysage.  Elles marquent des rythmes, des repos pour l'œil avec parfois l’impression de paix, d'harmonie en un concentré de l'éphémère - seul moyen de montrer  l'innommable.  Il faut donc avancer dans cette oeuvre comme l'eau qui cherche le passage non pour atteindre le crépuscule d'un grand soir mais l'aube tenace ici-même, ici-bas. Dans le faux statisme des "feintises" il  y va d'un  passage de "vraisemblances". Il y va de aussi d'un chant silencieux qui permet de passer des déchirures à l'avènement, du ravinement à une harmonie primitive. L'œuvre crée donc des pallazi mentali où le paysage (quel qu'il soit)  s'ouvre, le trait unit, l'empreinte fait masse et le relief détale.

 

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret