gruyeresuisse

03/05/2014

Les images carnivores d’Elisabeth Llach

 

 Llach.jpgELISABETH LLACH - Alles wird gut, editions Sang Bleu, Lausanne. L'artiste est représentée par Katz contemporary.


Chaque œuvre de la Lausannoise Elisabeth Llach s’empare d’un fantôme d’une femme. Elle joue avec lui et surtout avec le voyeur qui voudrait s’en emparer et dont le rapt optique est différé. Par exemple le champ des lèvres se retrousse pour que tout le noir tienne dans l’ouverture de la bouche. Ce trou passe dans les yeux, devient une porte qui donne peut-être derrière le visage. Elisabeth Llach crée des narrations intempestives où le désir réclame autre chose qu’une image. C’est pourquoi elle s’en amuse. Sous sa main les corps se tordent entre froideur et émotion afin de casser les spéculations fantasmées. Ironique mais sérieuse la plasticienne ne ramène pas pour autant l’image à la divine enfance d’analphabétisme formel.


 

 

Les corps font leur métier de corps mais l’artiste débarrasse les empreintes attendues. Et si chaque posture « déshabille » le corps c’est pour qu’il soit étranger à ce qu’on espère de lui. De fait Elisabeth Llach crée une ombre particulière. Elle change l’élan qui enfume le regard. Le corps repousse selon des articulations qui le retournent. Il se peut que l’énergie du sexe et celle du regard s’accouplent mais les excès qui s’ensuivent bouleversent la conception classique des images dites érotiques qui se délient de leur fonction. Les formes représentées ne révèlent plus la « chose » espérée. Un sens est là mais il n’est plus dicté par l’illusion de l’étreinte. L’artiste détourne la vitalité fantasmée vers la mentalisation et la reproduction vers le fiction.

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Diatribes : les Robinson suisses

 

 

 

diatre.jpg« Augustus » par ses accumulations obsessives et délicates de matériaux électroacoustiques et ses drones vibrants « matérialise » une certaine angoisse tout en devenant une arme pour la surmonter loin de tout effet cosmique superfétatoire. Les fomenteurs ( Cyril Bondi et de d’incise)  de ce qui pour beaucoup sera considéré comme un ovni musical continuent leur exploration de la simplicité entamée par leur collaboration dès 2004. Le duo crée des sensations subtiles à travers des principes sonores ou structurels strictes. Surgit le mélange de multiples approches. Notes douces et pulsations plus énergiques créent une sonorité  particulière. Les deux improvisateurs nourris de freejazz, noise, de musique concrète retrouvent là une création plus intime et épurée à travers des « durations » mystérieuses et délétères juste ce qu’il faut.

 

Prolongeant des expériences antérieures au sein de leur duo comme en solo ou en collaborations diverses (dont Bertrand Gauguet, Robin Hayward, Dominic Lash, Derek, Barry Guy, Keith Rowe entre autres) la musique expérimentale se détourne des syndromes post-apocalyptiques chroniques. « Cosa mentale », l’opus s’efforce d’oublier le passé sans bannir des rêves d’avenir serein. Dans une dialectique fragile, parfois un faisceau d’épingles sonores déchire le silence, parfois des volutes se contentent de le ponctuer. Tout est habilement maîtrisé par les deux Robinson suisses du nouveau millénaire. Ici et là-bas jouent ensemble avec profondeur et fascination. Le son devient trace, instant, mesure : ce qui semble se perdre revient par effets d’anneaux et de flots entre le fermé et l’ouvert, ils aèrent le monde d’une profondeur qui a pourtant l’épaisseur apparente d’une nappe sonore.

 

 Diatribes, "Augustus", Label Insub., Genève.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

07:29 Publié dans Musique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

02/05/2014

Olivier Mosset et la radicalité expressionniste

 

 

 

Mosset.jpgOlivier Mosset, Œuvres récentes, « TU M' - MUTT – TUTU », Atelier Raynald Métraux Lausanne, et Flon Lausanne, mai-juin 2014.

 

 

 

Mosset montre dans ces récentes œuvres son intérêt pour le carré et le signe conçus de la manière la plus nue et minimaliste possible. Plus radical et dada que Ben lui-même l’artiste évacue tout graphisme manuel pour le jeu des lignes horizontales ou verticales primaires et comme « anonymisées ». L’art conceptuel tient lieu et place de l’image mais néanmoins celle-ci perdure. Et qui plus est en qualité de l’image. Lucide l’artiste ne se disperse plus (ou de moins en moins). Austères, incisives et drôles « TU M’ » et les autres lithographies créent  un contre-point à la saturation des images. La fascination se déplace  vers un jeu radical, primitif sans doute, mais en rien dérisoire. De telles œuvres saisissent dans leur liberté très encadrée et leur géométrie percutante. Là où un Venet introduisait une certaine élasticité des formes, Mosset propose un cadrage d’où toute signification formelle semble bannie (à l’exception des mots que l’artiste compose). De fait il faut voir plus loin et plus profond. Les schémas « techniques » créent une réelle poésie tranchante sans qu’un appel au secours ou un érotisme précis soient retenus même lorsque s’inscrivent les mots « help » ou « tutu ». Faussement neutre la peinture s’offre ici avec violence au regard.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret