gruyeresuisse

02/05/2017

Agathe Mirafiore : « particules » élémentaires

Mirafiore.jpgChez Agathe Mirafiore le nu se donne par fragments et pudeur. Emergent un rituel secret et une forme de murmure là où apparaît la fragilité du corps et de sa peau. Une cicatrice, un tatouage, une tâche, un pli font de chaque prise une narration elliptique que le spectateur peut (doit ?) remplir. Tout contribue à la contemplation, au rêve, à la poésie. La photographe rassemble et défait un monde. Elle sait qu’il existe une zone dans l'esprit humain qui ne peut être atteint que par la photographie.

 

Mirafiore 2.jpgLe schéma vital demeure en esquisse et la résistance perceptible entretien une énigme pudique et exquise. L’artiste joue à la fois d’une forme d' « objectivité » et d'une émotion retenue. Les fragments d'images sont capables de soulever le voile de l’existence mais à peine. Tout reste de l’ordre de la discrétion et de la caresse optique. Dès que le modèle féminin s’expose il semble le redouter : un pas en avant équivaut à un pas en arrière. Dans ce corpus morcelé et lacunaire ce « pas du pas » devient la trace d’une errance d’un corps qui oppose sa densité au glissement du temps. La silhouette paraît, reparaît jusqu'à ce point de non retour où - peut-être - la femme atteindra celle ou celui qu’elle cherche.

Jean-Paul Gavard-Perret

 
Agathe Mirafiore, « Particules », Espace Van Gogh, Arles., « 17ème festival de la photo de nu », du 5 au 14 mai.

 

01/05/2017

Sébastien Mettraux : machines et Eden


Mettraux.jpgSébastien Mettraux, « Ex Machina », sur le quai 3 de la gare, Vallorbe, du 21 mai au 18 juin 2017.

Celui qui a grandi dans une maison isolée et en pleine nature près de Vallorbe se lève dès que sa montre-réveil mécanique (ce détail a son importance) sonne. Solitaire, travaillant de jour comme de nuit dans son atelier situé dans la gare de sa ville natale, près de l’horloge (là encore le détail n’est pas anodin) , peu enclin aux vacances, il prend néanmoins le temps d’emmener mon fils au parc ou à la boulangerie du village pour boire un sirop. Pour celui qui est fasciné par les machines à compter les heures, le temps de travail ne compte pas ; Proche d’artiste tels que Jérôme Bosch, Félix Vallotton, Charles Sheeler, Erik Bulatov, le créateur amateur d’architecture et l’horlogerie poursuit sa peinture figurative

Mettraux 2.pngAvec « Ex-Machina » exit Adam et Eve. Les images cultivent une ambigüité non dénuée d’humour. Froids, parfaits, ironiques ses structures remontent le temps l’histoire de l’art. Et le créateur de remarquer : « Après de nombreuses recherches sur la représentation du paradis depuis la Renaissance, j'ai fait le constat que les images actuelles les plus proches de ces codes de représentation sont les visuels de promotion immobilière de luxe »…L’art se cache donc parfois dans des niches imprévues. Le bonheur qu’évoquaient les peintres florentins est donc désormais sublimé autant avec sérieux que dérision par des images d’une mécanique propres à mettre en évidence - qui sait ? - d’imprévisibles havres de paix là où les trains ne passeront pas.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

10:27 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

30/04/2017

Julie Susset à la recherche de l'accomplissement

Susset.jpgLe travail de Julie Susset est de l’ordre du primitif coloré et de la pulsion. Sa peinture dans ses formes oblongues et végétales est vivante. Ce que l’artiste étend et tend sur ses toiles travaille la pensée et l’affecte, là où l’abstraction ne se limite pas à une simple spiritualité mais témoigne d’un érotisme larvé. Le geste anime les lignes. Ce qui en sort possède parfois la puissance de la matière et parfois la diaphanéité de ce qui en échappe. L’artiste semble sentir ce qui la traverse et arrive à le plaquer vivant sur le support.

Susset 2.jpgJulie Susset est entièrement dans sa peinture, elle imprime jusqu’à ses contradictions. Partant de la couleur elle fait naître des visions marquées par la coupure et l'union : formes phalliques et féminines tentent l'unité dans une destruction créatrice des apparences vers une autre harmonie. Susset 3.jpgChaque fois la jeune artiste reprend une course sans limite. Tout ramène sans cesse au geste qui induit des présences atmosphériques fortes par tout le "désordre" dont l'artiste anime ses constructions. Elles semblent spontanées comme si la plasticienne était débordée par sa création. Aucun ordre n'encadre la pulsion première. L'artiste lui donne des colonnes d’air. Mais qu'on ne s'y trompe pas. Il y a dans cette mise en demeure, dans cette immédiateté tout un processus antérieur. : les couleurs de landes supérieures deviennent les organes de forêts qu'on ne brise pas avec des haches. 

Jean-Paul Gavard-Perret

Julie Susset a exposé au Spring Memories, Zurich, 2015.