gruyeresuisse

26/10/2019

Florence Henri et les pudeurs superbes

Florence Henri.jpgDevenue suisse en 1924 par mariage, Florence Henri - quoique une des plus marquantes représentantes avec Germaine Krull de ce qui se nomma la Nouvelle Photographie en France reste une méconnue. Et ce encore plus depuis sa mort en 1988. Celle qui fréquenta à Paris, l’atelier André Lhote et l’académie moderne de Fernand Léger participe dès 1925 à l’exposition "L’Art d’aujourd’hui" qui réunit les tendances que l'artiste cultivera dans ses oeuvres photographiques qu'elle entreprend deux ans plus tard : constructivisme et surréalisme.

 

 

 

Florence Henri 2.jpgInfluencée par le Bauhaus, László Moholy-Nagy et Man Ray elle gagnse sa vie grâce à ses portraits et photos de publicité. Gros plans, motifs géométriques constructivistes , démultiplication d'image font d'elle une photographe expérimentale. Elle transfère la technique cubiste du collage en photographie grâce aux jeux de miroirs. Ils deviennentt un des thèmes clés d'une oeuvre qui s'orienta de plus en plus vers les portraits et autoportraits qui la font reconnaître dans l'histoire de son art. Ils repondent à deux exigences contraires : l'invention graphique et la lisibilité immédiate.

Florence Henri 3.jpgAmie de Kandinski, Delaunay, Léger, Arp, elle est présente dans toutes les grandes expositions collectives de l’entre-deux guerres et reste une des seules photographe constructivistes. La Seconde Guerre mondiale interrompt son activité. Elle reprend la peinture abstraite et se retire dans un village de Picardie en 1963. Son œuvre sera redécouverte à la fin des années 1960, et l’ARC de Paris lui consacra une grande exposition en 1978. Elle demeure celle qui fait le lien entre l'expérimentation, le picturialisme et une vision qui se dégage de la simple représentation. Elle prouve ce que dit Nicolas Bouvier de son pays : "La Suisse plus que d'écrivains est un pays de photographes". La créatrice y proposa un monde poétique, ambigu avec toujours un sentiment de décalage entre un constat objectif du réel et ce qu'il peut révéler de songe.

Jean-Paul Gavard-Perret

25/10/2019

Nicolas Bouvier : racines des images

ABouvier 3.jpgvec Nicolas Bouvier, la photographie trouve une valeur de message intrinsèque en raison de sa charge symbolique, son poids référentiel, sa singularité existentielle, ses valeurs de composition ou de texture. Elle crée le génie de divers lieux et sollicite autrement la rencontre avec les fantômes des civilisations. Et si besoin était, ces textes prouvent que l'auteur et photographe n'a jamais été un touriste dans sa traversée des œuvres et des mondes.

Bouvier.pngIdéalement, il aimait photographier en faisant le vide et en état de déplacement pour se laisser surprendre par ce qui arrive. En ce sens il fut puisatier ou chasseur. Il n'attrapait pas pour autant les poissons ou les oiseaux et ne crucifia pas les mouches. Mais il sut "ne pas civiliser le regard". Et ses textes nous le rappellent.

Bouvier 2.pngTout se passa chez lui en suivant les saisons qu'indiquait "La Voie du Ciel", ce traité de médecine chinoise traditionnelle, où le Printemps est la poussée de la vie, l'été sa croissance, l'automne la récolte de l'existence et l'hiver sa thésaurisation. Mais ces étapes n'étaient pas statiques dans sa recherche du temps perdu et à retrouver. Certes "les anciens vivaient en suivant les saisons" dit-il. Et lui aussi se réclamait d'eux mais sut aussi s'en dégager. Il y eut chez lui un côté photo-journaliste mais avant tout un travail d'auteur. Ce recueil d'articles précieux le prouve.

Jean-Paul Gavard-Perret

Nicolas Bouvier, "Du coin de l'oeil" (Ecrits sur la photographie), coll. "feuilles d'herbe", Editions Héros-Limite, Genève, 2019, 224 p., 14 E..

24/10/2019

Jan Hofer : le monde tel qu'il est

JHofer.jpgan Hofer, «Auswahl 19», Aargauer Kunsthaus, Aarau, du 16 novembre 20119 au 5 janvier 2019.

Jan Hofer est à Aarau en solo. Il ne cesse d'interroger les "ordres" ou désordres du monde à travers divers éléments, leurs buts et leurs finalités. Tous ont comme dénominateur commun ce qui est fait pour dominer les existences.

Les processus pragmatiques mis en place par différentes institutions jouent toujours le même role de construction absurdes mais efficaces. Jan Hofer  les met à jour dans ses "figurations" intempestives et fractales. L’intérieur est à l’extérieur, au bout, en bout, au bout du bout et permet de se demander qui est qui, qui est quoi.

Jean-Paul Gavard-Perret