gruyeresuisse

27/07/2020

Lara Gasparotto L'intime et son double

Gasparotto 3.jpgLe travail photographique de Lara Gasparotto procède d’une dynamique particulière de l'image dans l'image. C'est une manière de ramener dans l’ici-bas de notre inconscient où s’ébrouent les multiples avatars de nos désirs et de leur revers Mais la photographe a compris aussi qu’il ne faut jamais rechercher le prétendu marbre de l’identité supposée mais sa terre friable celle qui fait face dans le réel comme dans l’illusoire au sein d’un jeu de piste.

 

Gasparotto 2.jpg

 

Le noir et blanc et la couleur, l’image posée ou instantanée, le style documentaire ou la recherche symbolique, la reproduction et l’original, à travers ce qui paraît une "négligence" technique éloignée du raffiné offrent une gamme de situations où à l'effet narratif se substitue d'autres rapports ou schémas pour une réinvention de la grammaire photographique.

 

 

 

Gasparotto.jpgLa vision de la femme toujours jeune, sensuelle, discrète met en contact l’intime et les représentations symboliques du monde. Existe tout un jeu de repliements et dépliements en divers type de scènes de "baptême" où il s'agit de plonger dans divers "liquides" au sein de cérémonies secrètes ou chamaniques entre l'érotisme et le sacré, l'apparence réaliste et ce qui en sépare. Les voyages dans le quotidien sont donc transcendés, échappent au naturalisme. Surgissent des amorces d'extases et de tension en des amalgames et montages là où le réel est plus un point de départ que d'arrivée.

Jean-Paul Gavard-Perret

Lara Gasparotto, "Kaléidoscope extatique", Percé (Québec), été 2020.

26/07/2020

Jacques Saugy et Gérard Genoud : ce qui arrive

Saugy 3.pngLe photographe Jacques Saugy et l'auteur Gérard Genoud proposent  - après "dis-voir" où l'oeuvre à quatre mains et sa gestation étaient l'objet de mots "croisés" - une manière d'évaluer dans leur dialectique le passage de la Covid sur la ville de Genève. A l’artère du vide et de la déchirure ils opposent un double déroulé.

Saugy 2.pngGérard Genoud se met dans la peau d'une petite fille au prise avec un évènement qui la dépasse :  elle mais aussi ses parents et les autres. Elle est comme arrachée à son cours "naturel". Et tente d'y répondre. Sans comprendre de quelle peste il s'agit, elle tente de tenir seule tandis que ses parents doivent assurer le quotidien. D'une certaine façon la vie s'arrête. Les mots de la fillette l'expliquent comment tandis que Jacques Saugy montre ce qui se passe par le noir et le blanc dont le beau papier souligne la grisaille d'un moment où pourtant le soleil était au rendez-vous.

Saugy.pngMais tous les printemps ne se ressemblent pas. Et les mots qui soulignent à chaque page les clichés entrent en interaction pour marier l'émotion de l'enfant et ce que deviennent la ville et ses passants. Le cursus n'est plus une invitation au rêve pour le regardeur/lecteur. Une telle communauté souligne la solitude. Si on excepte les premières pages : elle est partout. Reste à attendre que cela finisse. Que le danger s'éloigne et que l'école reprenne avec ses sauts et gambades.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jacques Saugy, Gérard Genoud, "Hop hop hop", Les Sales Editions, Genève, 2020.

24/07/2020

Francesco Mercadante : Venise n'est presque plus ici

Merca 1.jpgEn abîme sinon de lieux ou du moins d'avérées présences le paysage vénitien s'éloigne de tout poncif en une féerie d'un monde proche et lointain dont les sillages - sous lumière nocturne ou solaire en dérive - libèrent de la présence par la vibration de couleurs. Elles saisissent au plus profond des sens.

MercaBON.jpgPar son impressionnisme Francesco Mercadante ignore en effet les lignes pour ne retenir que les tonalités de teintes.  Et soudain nous somme pris dans un festival de bleu, de rose qui évoque moins le carnaval que la présence de Casanova.

Merca2.jpgLa photographie emporte vers le rêve en des déclinaisons. Elles font du paysage moins un éclaireur qu'un funambule. Tout semble à la fois en liberté et équilibre instable là où l'évènement de l'imaginaire remplace un certaine niaiserie du réel - si beau soit-il.

Jean-Paul Gavard-Perret

Francesco Mercadante, "Lumières sur Venise", http://www.francescomercadante.com