gruyeresuisse

03/04/2019

Contre-attaques de Catherine Bolle

Bolle.jpgCatherine Bolle, "+ - Zéro", Galerie Oblique, du 12 avril au 17 mai 2019.
 
Catherine Bolle poursuit dans son oeuvre une révolution poétique du langage plastique. C'est aussi une évolution formelle où les règles volent en éclat. Mais chez elle la déconstruction va de pair avec des apothéoses originales. Des blocs de vision se recomposent là où le "+- zéro" devient une sorte de clins d'œil.
 
Bolle 3.jpgLe regard du spectateur n'embrasse pas une "scène" restituée par diffraction. Catherine Bolle crée en conséquence une perspective "matérialiste" mais dans un esprit nietzschéen là où des forces antagonistes s'affrontent et où existent néanmoins de lointaines ascendances cosmiques entre fusions et dissonances d'un geste créateur toujours insolent mais sans provocation. Il s'agit "juste" de subvertir les images du "spectacle" pictural.
 
Bolle 2.pngExiste dans toute l'oeuvre une forme de "théorie critique" induite par le "faire" contre toute simple négation et  par affrontements et coupes franches dans un goût de la recherche et de l'étude que Catherine Bolle ne cesse de pratiquer. Tout regard  ne peut que rester en admiration face à un travail d'une telle diversité et ampleur qui embrasse aussi bien l'architecture que le dessin le plus "humble.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

02/04/2019

Patricia Terrapon Leguizamon : revision des poncifs

Terrapon.pngPatricia Terrapon Leguizamon, "Préliminaires", Villa Dutoit, Genève, jusqu'au 30 mars 2019. 

Il n’y a plus accroc dans la soierie des corps que Patricia Terrapon suggère dans une des cérémonies secrètes qui font la force de son travail pour "Prélimaires" et que souligne avec un érotisme puissant le poème de Barbara Polla.

Et si jadis des ogres tirèrent par les pieds les femmes et voulurent malaxer leur terre pure pour y planter leur tente, il ne s'agit plus pour eux de parader devant la grotte espérée en habit d'officiant. L’artiste et la poétesse remplacent les orgues à prières des mâles dont le latin résonnait comme des gazouillis d’oiseaux par temps d’orage et d’opprobre.

Terrapon 3.jpgDes ogres l'artiste ne redoute plus le tonnerre. Elle est sortie d'un théâtre masochiste où elle descendait sur la pointe des pieds. Elle surprend les mâles par tout ce qu'elle offre et bravant l’interdit le plus terrible : être un corps jouissant qui n'est plus au service de l'autre mais de soi-même en un partage volcanique où abondance de "biens" ne nuit pas. Au contraire.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Vianney Le Caer : bouillons de culturisme

 

 

Le Caer 2.jpgVianney Le Caer donne de Beyrouth une vision décomplexée et fléchée, pleine de liberté et d'humour. Le corps mâle y est mis en exergue dans tout un jeu de poses et de couleurs. Il interroge aussi sur la place qui demeure encore disponible à l'imaginaire.

 

Le Caer.jpgLa photographie est donc un départ ou un retour aux choses du quotidien léger afin d'aboucher  volontairement en  un certain décor de plage où la liberté et l'énergie se libère. Les photographies deviennent la matière même et l’éclat d’un secret qui ose se montrer avec ostentation.

 

Le Caer 3.jpgElles ne protègent plus de tout changement, de tout accès. Par leur effet-spectacle - dans le cercle clos de l’intime comme dans celui plus large du paysage - une forme ordinaire de pseudo-préservation des tabous est exclue. L’artiste provoque une rencontre décalée. Il s'agit d'oser un écart  qui échappe à la vision donnée d'un pays rarement vu sous un tel "angle" au moment où Le Caer donne corps - en le montrant - aux liens qui permettent de s'interroger sur le pouvoir de l'image.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Vianney Le Caer, "Les Bronzeurs"