gruyeresuisse

13/07/2017

Les particules «élémentaires » de Céline Zufferey

Zufferey.jpgAvec son écriture sarcastique la Lausannoise Céline Zufferey est une ethnologue de l’occident, de ses clichés, ses postures et impostures. Personne (ou presque) n’est sauvable dans ce premier livre bien fait tant il se plaît à brouiller les pistes (il est vrai que l'auteure a derrière elle un nombre conséquent de nouvelles).

Dans ce livre lorsque les chiens aboient (ou remuent la queue) la caravane avance uniquement lorsque cela lui est utile à ses avanies. La romancière sait que le diable est dans les détails. Mais les diablesses - ou les ingénues - demeurent les victimes. Chacun s’arrange pour que leur histoire soit mineure. Une gamine enfant n’est qu’on objet corvéable et remplaçable à merci : pour l’heure vêtue en nuisette on lui fait jouer les Lolita pour des histoires d’étagères.

Zufferey 2.jpgLe roman crée un effet d’étrangeté mais il propose toutefois une élucidation comique à valeur générale. Cependant l’auteure fait plus : elle transforme la langue en « carte » qui segmente ou plutôt souligne certains territoires mouvants. Ceux d’un univers de consommation de masse et d’un utilitarisme où la libido de certains et l’intérêt d’autres créent un immense quiproquo que Céline Zufferey organise. Elle donne à certaines « particules élémentaires » des ingrédients qui laissent songeurs les naïfs que nous sommes. Si bien que les « Kitkats » prennent ici un goût amer.

Jean-Paul Gavard-Perret

Céline Zufferey, « Sauver les meubles », Roman, Gallimard, Paris 2017, 240 p..

 

12/07/2017

Céleste Boursier-Mougenot : avec le temps


boursier 1.jpgCéleste Boursier-Mougenot, « Temps suspendu », CACY Yverdon, 15 juillet - 24 septembre 2017

Céleste Boursier-Mougenot présente à la fois une intervention extra muros au village de Vercorin dans les alpes valaisannes, et intra muros, à Yverdon-les-Bains. L’artiste y poursuit l’exploration - à la fois muséale comme en action et in situ - de sa recherche sur le mouvement et couleur. Au moyen de filtres de couleurs sur les vitres des cabines, il prouve qu’un téléphérique ou un télécabine est non seulement un véhicule mais « belvédère en mouvement » propre à la rêverie.

L’artiste s’interroge sur les conditions de connaissance et les types de regards qui peuvent se porter sur la montagne d’aujourd’hui et au moment où elle est devenue un territoire marqué par une forte colonisation architecturale et technologique. Mais il a le mérite d’échapper au format documentaire classique. Il modifie la perception du paysage par son parti-pris formel ambitieux. Et ce avant une autre « exposition organique » dont nous parlerons plus tard.

Jean-Paul Gavard-Perret

14:12 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

11/07/2017

Niele Toroni et le lapin


Toroni.jpgLe Tessinois Niele Toroni reste un prestigieux faux plaisantin de l’art. Tout théoriquement est fait dans son œuvre - depuis l’époque où il fut cofondateur du groupe BMPT avec Daniel Buren, Olivier Mosset, Michel Parmentier – pour dégommer son art. Toutefois ce n’est qu’une apparence. Résolument placé entre l'art conceptuel et minimaliste, Niele Toroni, est resté sur les mêmes fondamentaux en revendiquant un degré zéro de la peinture. Refusant les items inhérents à l’art il demeure fidèle à l’injonction première du groupe « NOUS NE SOMMES PAS PEINTRES ! ».

Voire… En donnant un coup de pinceau No50 tous les trente centimètres sur son support blanc il a peu à peu construit une œuvre d’envergure. A sa manière la fable de « Lapin Tur » - écrite en 1976 et à nouveau disponible - signe la fausse mort de la peinture. Toroni se moque du décès programmé. L’artiste a su renouveler les fondamentaux de l’art par ses accords et désaccords des couleurs, la transformation des règles de la composition, le refus de l’imagination, de la valorisation du geste et de l’ego de l’artiste, de son intériorité plus ou moins profonde ou creuse.

Toroni 2.jpgLa fable est aussi occasion de multiplier les plaisanteries et les jeux de mots de derrière les fagots de l’exilé à Paris. Manière de prouver que la peinture sans « l’esthétisme, des fleurs, des femmes, de l’érotisme, de l’environnement quotidien, de l’art, de dada, de la psychanalyse » a encore beaucoup à dire. Et surtout à montrer. Le lapin a la vie dure et il peu conjuguer des mondes dont la syntaxe s’étend. Il sonde le monde en lui donnant plus d’œil et d’oreilles possibles.

Jean-Paul Gavard-Perret

Niele Toroni; «L'histoire de Lapin Tur», Editions Allia, Paris, 2017, 48 pages.