gruyeresuisse

12/06/2014

Philippe Queloz : le diable aux trousses

 

 

 

queloz.pngA mesure que l’œuvre de Philippe Queloz avance elle disparaît tout en sautant aux yeux par différents jeux d’intermittences et de sérialités. La grammaire plastique des formes et des couleurs est reprise à la fois pour offrir une dimension métaphysique à la peinture mais aussi pour rappeler l’interaction entre formes et couleurs. .A partir de matériaux bruts et de formes simples l’artiste renouvelle l’énergie de la peinture et de ses signes. Tout avance par modulations et sensations dans les vidéos, installations et peintures. Elles peuvent perdre le regardeur happé dans ce qu’il peut prendre en un premier temps pour la futilité d’un jeu. Or il n’en est rien. Queloz casse tout savoir acquis. Un temps il l’a proposé à coup de reliques et de vestiges de matériaux triviaux scénarisés (poutres marinées, planches à fumier). Mais retournant au geste pictural il oblige le regard à des mouvements auxquels il n’est pas habitué.

 

queloz 2.pngLoin d’une perspective duchampienne où tant d’artiste ont sombré et sombrent encore l’artiste jurassien aborde l’image comme « outil » capable d’activer une pensée des profondeurs et qu’on peut qualifier de subconsciente. Dans tous les cycles de l’oeuvre surgit le souci constant d’une expérimentation soit macro soit microscopique. La peinture comme les vidéos n’offrent aucune narration sinon celle de son « en-soi ». Le diable du réel est à nos trousses mais il est pris - comme est pris l'artiste - dans un univers formel à la recherche de l'algorithme « parfait ». Il permet à l’œil de sortir de ses maisons de verre. Philippe Queloz marque donc une étape décisive dans la manière de montrer avec audace mais sans la violente gratuité de l'évidence. Il organise une stratégie plus opérationnelle. Sa démarche au delà de la provocation ou d'une expression factice, projette une lumière crue sur des lieux. Ils affirment - en leur dualité - une liberté de l'imaginaire. Ne se contentant jamais d'exploiter des images sur laquelle il pourrait s'appuyer, le créateur développe un univers aussi mental que physique au-delà de ce qui encastre le monde du quotidien comme du symbolique (cette commodité de l’art).

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

11:24 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (1)

11/06/2014

Betty Tompkins et ses extrapeaulations à l'Art Basel

 

 

Tompkins 2.jpgLa puissance souveraine de l’amour a pris racine chez Betty Tompkins dans des situations ("fuck paintings") qui portèrent l'œuvre jusqu'à la censure. l'artiste fut occultée avant son retour en grâce au début du nouveau millénaire. Il est vrai que si chez elle le corps manque de ciel (sauf celui du lit) il est riche en fluides par ses baisers fougueux saisis en très gros plan quelles que soient les lèvres. Ils deviennent l'écho de notre viande qui pour la photographe reste la seule valeur afin de retenir à l'existence en dépit de ses affligeantes afflictions. Selon Tompkins l’esprit humain ne voit rien. N'existe que le sexe pour affronter le monde qu'il soit de l’autre ou du même.

 

 

 

Tompkins.jpgLes « nouons-nous » de l'artiste définissent une suite de postures de fusion dans le travail de la jouissance. Le supplément de réalisme permet à la créatrice  de toucher les lieux les plus intimes de l’être. Ils perdent paradoxalement en voyeurisme tant l'apport du très gros plan fait le jeu de la distanciation.  Et si par effet de muqueuse sont saisis des accords pathétiques ou libertins la prise outrepasse la pornographie. Qu’importe si dans ce théâtre de vie sexualisée les modèles sont des acteurs ratés et si au moment de la prise il n'y a pas forcément de la beauté.  La langue permet au discours "amoureux" de se poursuivre sur d'autres voies. S’ose là  une « vérité » brute. Surgissent la possibilité d’un voir paradoxal et de cet « inannulable moindre » dont parlait Beckett. Au regardeur de se demander ce qu’il peut en faire.

 

Jean-Paul Gavard-Perret


L'œuvre est visible à l'Art Basel sur le stand de la galerie Rodolphe Janssen.

 

10/06/2014

La mode, la mode et au delà : Florence Tétier

 

 

tétier.jpgAttentive au moindre détail Florence Tétier propose  par sa direction artistique une œuvre attirante et séduisante qui refuse les beautés glacées au profit du clin d’œil et d’une (fausse) nonchalance expressive. Ancienne élève de l’ECAL elle poursuit un travail professionnel dans son agence. Adepte de toutes les nouveautés techniques la créatrice interprète ses commandes de marques de prestige selon ses propres canons et non seulement par ceux imposés par le marketing d’entreprises qui ont compris l’apport que la créatrice  pouvait leur apporter (Kenzo par exemple).

 

tétier 2.jpgFlorence Tétier cherche toujours des images à la poésie  lisible et légère avec ça et là quelques pointes de sophistication clean qui rappellent -  sans toutefois la recherche de touche vintage - une esthétique miroir des années 80. Ses modèles sont scénarisés avec humour et grâce. Une telle directrice de création joue parfaitement des codes du « bon » et du « mauvais » goût. D’où l’ironie qu’elle introduit dans ses choix parfois kitsch et revendiquées comme telles. Plus qu’une autre elle prouve qu’une simple image (fût-elle de pub) n’est pas une image simple. « Objet » sensible et intellectuel elle permet d’éprouver l'approximation la plus précise possible de ce que Platon nommait un "lieu". En émerge une proximité plus conséquente qu’un pur reflet. Celui-ci est parfois retourné sur son tain. Si bien que le regard est partagé  entre le sentiment de la perte et de la reconnaissance par le jeu  du sombre et de la clarté, de creux et du plein.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.