gruyeresuisse

15/06/2014

Les cornes d'abondance de Camille Scherrer

 

 

Scherrer 2.jpgCamille Scherrer traque les failles des images tant par leurs sujets que dans les manières de les représenter. Mi être, mi animaux surgissent en un lieu de bourrasque même s’il semble calme, serein. Les ombres restent ancrées à l’attraction du sol comme peut-être à la douleur du cœur - même si l’artiste n’est pas de celle qui se racontent ou lardent leurs images d’une monstration égotiste. A l’inverse elle excave les apparences afin d’en proposer d’autre pour susciter un malaise (non sans humour) et une interrogation. Des enluminures elle clarifie les mensonges par effet de leurre où le papier découpé et le numérique possèdent une place importante. Ils ne sont pas là afin de camoufler mais pour créer des doutes.

Scherrer.pngRevenant toujours à une langue plastique simple (celle du temps de l’enfance où tout semble encore possible) Camille Scherrer retrouve le monde du rêve et de la magie. Il progresse sans cesse avec des jeux et contours d’ombres comme d’impressions plastiques numériques. Dès qu’un arbre ou un animal grandit il ne persiste plus tel quel mais change voir s’humanise sans y gagner d’auréoles. Entre deux bornes (celle du réel et celle du virtuel) une métamorphose s’accomplit au moyen d’ombres portées, de lambeaux et de traces glanées par éclats. Des cendres de la vieille genèse surgit le futur au sein de l’ombre des figures et dans des portions de temps figé et aux commissures insaisissables mêlées d’impressions et d’oublis.

Scherrer.jpgIncongru, le chemin de l’artiste libère bien des voies turbulentes et des labyrinthes optiques là où une joie sévère rayonne d’une vie blottie à l’intérieure de spectres solaires. Preuve qu’il existe toujours dans ses images une ombre légère et une mélopée secrète en des rais de lumière. Ils filtrent le réel et laissent errer les yeux au milieu d’une poésie trouble et drôle.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

13/06/2014

Les fleurs insurgées de Barbara Ellmerer

 

Barbara Ellmerer, Journal fur Kunst, Sex une Mathematik

 

 

Ellmerer.jpg



















Saisie par la vie  Barbara Ellmerer

 

Retrouve la genèse originelle.

 

En une constellation d’éléments en gestation

 

Le temps est  possédé par son propre désir.

 

Les femmes fleurs jaillissent des steppes

 

Pupilles hautes sous la fente d’un sexe qui sourit

 

Les hommes phallus renvoient en abîme

 

Le rire de leurs lèvres.

 

On les dirait toutes et tous

 

Sortis des charriots de l’Histoire

 

Des pistes tracées à coup de lune

 

Dans des poches sombres

 

Où les étoiles sont réduites en poudre.

 

Sous un fuseau de soie

 

Les jambes des filles d’aujourd’hui

 

Sautillent sur l’eau en une course d’oiseaux.

 

Surgissent l’amour et ses échos

 

Chaque présence vient s’ancrer comme un symbole dans le végétal

 

Mais aussi comme la résonance d’un ailleurs

 

Elle s’insurge contre l’oubli,

 

Défie le temps et renaît.

 

Ciel et puits respirent

 

Tout est simple et double,

 

S’ouvre et monte - rien ne s’écarte

 

Le souffle tient dans un cercle

 

Et fabrique un pain au levain.

  

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

12/06/2014

Philippe Queloz : le diable aux trousses

 

 

 

queloz.pngA mesure que l’œuvre de Philippe Queloz avance elle disparaît tout en sautant aux yeux par différents jeux d’intermittences et de sérialités. La grammaire plastique des formes et des couleurs est reprise à la fois pour offrir une dimension métaphysique à la peinture mais aussi pour rappeler l’interaction entre formes et couleurs. .A partir de matériaux bruts et de formes simples l’artiste renouvelle l’énergie de la peinture et de ses signes. Tout avance par modulations et sensations dans les vidéos, installations et peintures. Elles peuvent perdre le regardeur happé dans ce qu’il peut prendre en un premier temps pour la futilité d’un jeu. Or il n’en est rien. Queloz casse tout savoir acquis. Un temps il l’a proposé à coup de reliques et de vestiges de matériaux triviaux scénarisés (poutres marinées, planches à fumier). Mais retournant au geste pictural il oblige le regard à des mouvements auxquels il n’est pas habitué.

 

queloz 2.pngLoin d’une perspective duchampienne où tant d’artiste ont sombré et sombrent encore l’artiste jurassien aborde l’image comme « outil » capable d’activer une pensée des profondeurs et qu’on peut qualifier de subconsciente. Dans tous les cycles de l’oeuvre surgit le souci constant d’une expérimentation soit macro soit microscopique. La peinture comme les vidéos n’offrent aucune narration sinon celle de son « en-soi ». Le diable du réel est à nos trousses mais il est pris - comme est pris l'artiste - dans un univers formel à la recherche de l'algorithme « parfait ». Il permet à l’œil de sortir de ses maisons de verre. Philippe Queloz marque donc une étape décisive dans la manière de montrer avec audace mais sans la violente gratuité de l'évidence. Il organise une stratégie plus opérationnelle. Sa démarche au delà de la provocation ou d'une expression factice, projette une lumière crue sur des lieux. Ils affirment - en leur dualité - une liberté de l'imaginaire. Ne se contentant jamais d'exploiter des images sur laquelle il pourrait s'appuyer, le créateur développe un univers aussi mental que physique au-delà de ce qui encastre le monde du quotidien comme du symbolique (cette commodité de l’art).

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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