gruyeresuisse

24/09/2018

Caroline Tapernoux : apparitions

tapernoux 2.jpgCaroline Tapernoux, "Luminances", Andata Ritorno, laboratoire d’art contemporain, Genève, du 13 septembre au 13 octobre 2018.

 

Les réfractions et les diffractions d’ordre multiple sont à la base des Tapernoix.jpgtransfigurations de Caroline Tapernoux. L’artiste transforme  la matière en écharpes flottantes par  divers effets d’opalescences. Pour autant l’œuvre n’accouche pas de la chimère . Les substances utilisées (altuglas, polyester, verre, miroir, fer, aluminium…) sont à la base d’une statuaire particulière où joue la diaphanéité de l’air  ou de l’espace. Les masses sortent de l’opacité et vont vers la transparence là où de l’inframince peut naître d’une sorte d’épaisseur.

Existe un transfert presque impalpable entre le visible et l’invisible où tout reste en ombres portées et suspension loin de tout effet de chromatisme. Si bien que les notions de forme, de contours, d’empreintes, d’épaisseur crée un imaginaire énigmatique. Perdurent  divers échanges de lumière qui rejouent  un premier temps de la création dans une recherche aussi expérimentale que poétique.

Tapernoux 3.jpgLe jeu entre apparence , apparition, présence, vide est là pour suggérer un altérité particulière loin des simples considérations féminin et masculin même si le sujet de ce travail est l’œuvre d’une femme  qui (écrit-elle) instaure « la relation à soi, le rapport au-dedans et au-dehors». L’objectif est un enveloppement / développement afin d’exprimer une sur-vivance qui tord le cou à bien des esthétiques d’autodestruction. Jaillit un corps que l’artiste ne cherche ni à dénuder ni à effacer mais à catalyser selon de nouvelles données lumineuses au delà des apparences pour une apparition en filets de brume.

Jean-Paul Gavard-Perret


22/09/2018

Jacques Cauda : le voyou magnifique

 Cauda.jpgJacques Cauda ose tout. Même ce qui ne peut être répété par les âmes bien nées. Elles ne se permetteraient pas de rappeler ce que le peintre et artiste affirme. A savoir que son esthétique est celle de la "séduction peindrebaiser". Cette pratique d'une bijection et d'une communauté plus ou moins inavouable oblige la petite culotte des femmes à tomber comme un cadavre sur le parquet de l'atelier avant que le pinceau de l'artiste - ou un ustensile plus veiné noeud - puisse les honorer par le nouveau Balzac.

 

Cauda.pngMais plus sérieusement (pas forcément d'ailleurs) Cauda rappelle que la nature de la couleur est affaire de longueurs d'onde. Il précise comment la matière les concocte. C'est précis, théoriquement juste et pourtant quasiment inédit. Mais Cauda a beau chasser son naturel primesautier : il revient au galop. Né non par le siège papal mais par l'oreille parturiente, l'artiste opte au besoin pour une dimension violence afin d'illustrer sa fabrique des images. Dans son atelier il joue le Satan en sarabande, il vole sur la viande qui le tient par une faim de loup lubrique.

Cauda 3.jpgOn comprendra que cet interview demeure à la vérité ce que Michel Onfray est  à la philosophie ou le ténia à l'âme. Mais c'est ainsi qu'il nous faut aimer Cauda :  non comme sa Geneviève dont l'abdomen jaune encerclé de noir ne manque pas de piquant,  mais comme adeptes d'une culture où le doigt divin n'a plus rien à faire. Comme lui  préférons celui du Calva qui rend l'artiste plus Had Hoc que Tournesol. Sa Letitia Castafiore, experte en tout, le monte au rang d' âme Capone et d'Al chimiste. Elle sait qu'il reste l'apôtre démoniaque de la "Surfiguration" dont Vénus est l'aile des désirs mais aussi le pilon.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jacques Cauda, "La te Lier", Z4 éditions, 2018. Et "Dimension violences", collectif, Rivière Blanche Black Coat Press, 2018.

 

21/09/2018

Julian Charrière : les chimères contaminées

Charriere.pngJulian Charrière, « Second Suns », Hatje Cantz, Berlin, 2018, 144 p., 50 E.

 

Julian Charrière prend la Terre comme terrain d'investigation. Qu'il rassemble du sable provenant des États reconnus par l'ONU ou des prélèvements issus des plus longs fleuves du monde, qu'il réalise des performances solitaires en Éthiopie ou en Islande, il joue avec la géologie, la science et l'architecture.

Charriere 3.jpgA la recherche d’un imaginaire collectif l’artiste suisse fonde ses recherches pour le futur sur le passé. Avec « Second Suns » son dernier livre et grâce à un procédé optique il explore les paysages post nucléaire de l’île de Bikini où eurent lieux les explosions expérimentales américaines comme ceux de Semy au Kazakhstan où se firent leurs équivalences soviétiques. Il s’agit pour l'artiste d’approfondir l’influence des hommes sur la terre. Ses œuvres rendent perceptible l'impact de tels « chocs » sur les objets. Le créateur infiltre des éléments perturbateurs dans des images. Elles sont ici éloignées de notre compréhension ordinaire. Nos sommes portés vers une nouvelle perception énigmatique.

Charriere 2.pngCharrière évoque par son travail quelque chose qui a commencé et qui ne s’arrêtera peut-être jamais et qui est l’histoire d’une mort annoncée même si elle trouve ici de merveilleuses images. L’image, en dépit de ses charmes, n’est plus le désir, la matrice, le temps du désir. Elle génère le tonnerre, la tempête et les illusions d’une « sagesse » qui met à mal  la primordiale. La Mère de l’immense terre cosmique se retrouve ainsi célébrée mais de manière contaminée et malade.

Jean-Paul Gavard-Perret