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12/06/2017

Markus Weggenmann : mariages et divorces

Wennegan.pngNarrateur abstrait, conteur de couleurs, Markus Weggenmann ne traduit ni ne transcrit quoi que ce soit. Le travail va à la rencontre des seules couleurs et formes, leurs passions, leurs divorces. Existent la fête de contacts, des affinités électives et des écarts de conduite.

L’œuvre n’est pas exempte de contraintes et de sévérités mais une liesse demeure. Aux tourbillons fous du dehors répond une autre exubérance. Est-elle plus sage ? Pas forcément. Wennegan 2.pngMarkus Weggenmann multiplie des mutations et des détournements. Une langue plastique inédite danse dans l’anxiété que le plaisir de peindre recèle chez l’artiste et dans la saisie – pour le spectateur - d’un miroir incontrôlable en alliages imprévus, histoire que la peinture renaisse une nouvelle fois.

Jean-Paul Gavard-Perret

Markus Weggenmann, “…And more paintings”, gallerie Mark Mûller, Zurich, du 10 juin au 22 juillet 2017.

11:43 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

11/06/2017

Izet Sheshivari : un monde simplifié par l’évidence du multiple

Sheshi 2.jpgPar sa transformation du concept de livre, Izet Sheshivari poursuit sa mutation des images. Héritier de John Armleder il continue à renverser leur valeur en des mises en pages qu’il produit (et non reproduit) en donnant au support une nouvelle place.

Les morceaux d’images deviennent des pièces prélevées d’un plan séquence ou d’une sorte d’enquête filée. Izet Sheshivari en propose un éclaté ou une mise à plat. La visualité du monde est modifiée par le tramage et le processus d’impression au sein d’une traversée et d’une reconstruction.

Sheshi.jpgL’artiste ne cherche pas forcément l’attrayant et encore moins le décoratif. Ses arrêts sur image rendent l’anecdotique à la fois détachable du monde sans que la réalité soit remise en cause. Chaque page confirme un jeu de côtoiement et de séparation.

Sheshi 3.jpgLe réquisit de l’inhabituel est rendu décisif à travers l’anodin. Une sorte de fluidité aère l’encombrement et si rien ne bouge, rien ne suffoque, tout aère et circule. Un grain parfois plat ou un certain glacé fait de chaque tirage - et par amputation du cadrage des choses - une sélection d’espace où le tout essaime et s’échappe.

Jean-Paul Gavard-Perret

Izet Sheshivari, « Two Hands » « Two Coffee (Metropolitan Museum of Art) », Editions Boabooks, Genève, 2017.

 

09/06/2017

Thomas Huber : les équilibres parfaits

Huber.jpgLe travail de Thomas Huber attire vers quelque chose qui est devant nous, qui est donc là mais en même temps qui semble fuir. L’impression majeure est que l’épreuve de la stabilité ne tient qu’à un fil. Des pièces se dessinent, ouvrent à une communication dimensionnelle qui confronte aux habitudes et convention du regard soumis à la perception d’un monde orthonormé. La ressemblance crée une plongée : l’effet pictural créateur d’une attente, d’un suspens. A ce désert des lieux l’artiste donne à la fois une vacuité et une endurance.

Demeure néanmoins une sensation d'un labyrinthe optique dans des horizons intérieurs dont les couleurs chaudes laissent aux yeux le temps d’explorer le territoire. Le traitement de la sensation est sous l’exclusivité du regard là où l’artiste ne perturbe jamais l’espace par d’autres histoires que l’espace lui-même en ses équilibres parfaits. Une jubilation travaille silencieusement. Huber possède une façon particulière de cueillir l’apparence et d’aimer l’espace. Il l’offre à la contemplation.

Jean-Paul Gavard-Perret


Thomas Huber à « Art unlimited 17 », Amsterdam. Skopia, Genève.