gruyeresuisse

16/09/2018

Les délocalisations de Sylvain Croci-Torti

Croci-torti.jpgSylvain Croci -Torti, « When the Horses - new works », Galerie Joy de Rouvre, du 14 septembre au 10 novembre 2018

Spatialiste à sa façon, mais aussi abstracteur de quintessence et artiste conceptuel et minimaliste Sylvain Croci-Tortis propose une peinture où la couleur remplit presque totalement les surfaces avec des effets de saturation de densité qui n’excluent pas une sorte de légèreté. Le vide et le plein se répandent en un effet de répétition et de décalage. La peinture parle par elle-même au sein des monochromes et leur effet de platitude rehaussée de quelques éléments géométrique. Ils accordent à la toile en une forme de translucidité poétique.

Croci-torti2.jpgTout semble délocalisé et il convient de se laisser perdre dans un espace où les repères se dissolvent en couleurs limoneuses. L’artiste ne prétend pas à un radicalisme : mais il est pourtant présent. . Le tout conduit à une quintessence et une condensation. Il n'existe pourtant jamais dans un tel travail de reprise un effet de nostalgie ou de mélancolie. Et ce qu'annonce la peinture est toujours dissipé par l'attrait d'un temps à investir par la plastique et d'un espace à libérer.

Croci-torti 3.pngL’espace créé permet à la peinture de sortir du temps pulsé. Les instants paroxysmiques sont effacés au profit d’une constance. L’œuvre « cadre » divers type de leurres et de quelques zébrures : un imaginaire de lumière crée de nouvelles conjonctions que le spectateur peut reconstruire à son profit. Elles jouent contre les images habituelles par un travail de recomposition d'un signifiant volontairement manquant afin de créer une béance et une interrogation. Et un plaisir certain.

Jean-Paul Gavard-Perret

15/09/2018

Isabelle Sbrissa : remplir les trous avec la langue

sbrissa.jpgIsabelle Sbrissa confirme de livre son importance dans le paysage poétique francophone. Ecrivant pour savoir ce qu’il y aura dans ses textes la Genevoise ne travaille pas que pour elle : elle nous apprend à apprendre et donne l’«unité ratière » que constitue l’humanité selon Lacan une manière de se retrouver dans des labyrinthes. Le tout avec une puissance évocatrice à plusieurs entrées. L’humour s’y marie à d’autres enjeux. Citons par exemple p. 96 : « C, qui me prête la pelle, dit qu’il comprend mon désir de creuser un trou : lui aussi voudrait se mettre tout nu, se glisser sous les feuilles et se transformer en mousse « jusqu’à ce que j’ai envie d’aller au cinéma » dit-il ».

sbrissa 2.jpgCe petit bonhomme en mousse et la fabrique du trou fait pencher forcément Isabelle Sbrissa vers Ponge. Néanmoins la terre de Ponge « c’est le Littré tandis que la mienne et noir, elle sent et j’en ai plein les doigts ». Dès lors d’un texte à l’autre c’est toujours le même ouvrage « creuse, creuse ma fille » doit se dire en substance la poétesse qui, telle Alice, elle tient un parapluie fermé. Car il s’agit moins de se protéger de la pluie que faire retentir - en appuyant sa canne sur le ciment - les ondes telluriques des trottoirs.

sbrissa 3.jpgLe discours poétique hystérise (très sobrement) tout penchant à l’analyse, il devient la main courante qui préfère fouir, éprouver, trier ou caresser que se tendre vers celle de Dieu. Si bien qu’il existe dans une telle poésie qui invente une nouvelle genèse. Tout se transforme dans « Lalangue », ses veines et méandres. Ils n’ont plus effet que de mener les gens par le bout du nez mais offre des affects en un voyage en si terre. Le langage s’enfonce dans l’obscur pour manifester autre chose que son insuffisance.

Jean-Paul Gavard-Perret

Isabelle Sbrissa, « Ici là voir ailleurs », coll. « disparate, Editions Nous, Caen, 2018, 152 p., 16 E.

La jouissance du rat des villes - Olivier Domerg

domerg.jpgLa place en tant que nom lieu et non lieu (puisque s’y inscrit un vide à la conjonction d’un tout) permet à chacun de s’identifier à son désir même lorsqu’il n’y prend pas garde. Elle est une sorte de contingence de la nécessité. Le piéton y devient chien truffier qui ne s’en retourne que rarement bredouille.

Elle peut même représenter la voie de l’inconscient où celui s’articule au bout du temps comme on dit au bout de la rue. Il y trace et chemin, celui de son savoir selon une marche qui a priori n’était que d’usage voire forcée.

Domerg 2.jpgMais dans ce lieu de référence, Domerg retient avec raison les interférences où s’exercent de l’angoisse ou de la jouissance qui touche par la vue, l’ouïe et tous les sens à une sur-vivance. La place est donc structurée comme une langue auquel l’auteur présente les effets et les affects qui en résultent.

Domerrg 3.pngDucale - comme c’est le cas ici ou plus banale - elle est donc un savoir qui ne se définit pas seulement par ses aisances et ses axes communicationnels. L’être y est en chemin au delà des limites qu’elle est sensée fermer. Les rats du labyrinthe des rues - à savoir nous-mêmes - sortent de leur humanité ratière pour trouver dans ce vide un moyen de se dépasser.

Jean-Paul Gavard-Perret

Olivier Domerg, « El lieu et place », Postface de Michael Foucat, L’Atelier Contemporain, Strasbourg, 2018, 20 E..