gruyeresuisse

13/08/2017

La petite entreprise de Gloria Friedmann

Friedmann.jpgGloria Friedmann va vers les autres avec des manières et matières simples mais tout autant détournées. Elle se dirige par exemple vers la photographie comme pour s’en éloigner, introduit du corps pour s’en distancier. C’est toujours pour rappeler que si « l’homme est plus sage que singe » (Nietzsche) il reste un primate. Et l’œuvre montre un bestiaire où la mort, le ridicule, le macabre planent. Il y a là animaux vivants ou naturalisés car ils sont porteurs de symboles et de sentiments. D’un côté est suggéré « l’effet Bambi » de l’autre le goût du carnassier.

Friedmann 3.jpgDans son « partage des eaux » l’artiste crée par son travail une ouverture aux êtres en cherchant une rencontre, une compréhension, un bien être plus qu’une peur. Elle conçoit son travail comme une petite entreprise artisanale de la culture. Elle reconnaît que l’artiste ne peut être indépendant de l’organisation du marché, « l’artiste est inséré dans un circuit de distribution puisque les œuvres sont exposées dans des galeries, des musées ou à l’extérieur ». Elle s’y engage, s’y résout sans jamais verser dans le conformisme. Elle polit ses œuvres dans le seul sens de ses convictions et une vision qui se veut « thermomètre du monde qui indique la température de notre société ».

Friedmann 4.jpgL’art permet ainsi de créer des contacts, des échanges en réponse aux questions contemporaines. Engagée et militante écologique, sa vision de l’être humain lie ce qu’il est aujourd’hui à ses origines. Sculptures, photographies, dessins et peintures questionnent le rapport au monde à travers la culture et la nature et font place aux doutes et errances selon des relations conflictuelles par la juxtaposition de matériaux et des narrations où les genres (humain et animal) sont rendus à ce qu’ils sont : tragiques et grotesques.

Jean-Paul Gavard-Perret

12/08/2017

Aphrodite Fur : Back Spacer

Fur 2.jpgAphrodite Fur aime parfois (voir souvent) s’amuser. Elle se tourne en dérision comme elle joue des images. Des romans d’amour optique transformant en romans de garces. Mais des plus facétieuses et qui se jouent des fantasmes masculins. L’artiste adore les tours de passe-passe et les déclinaisons visuelles. Elle relance à l’envi des ombres louches et aguichantes en un hymne à la légèreté et au fugitif. Le défi est toujours poussé vers des limites. Mais tout est amorti et parfois cristallin.

 

 

 

Fur.jpgLa créatrice ne cherche pas à faire beau mais à se jouer des codes. Le regard se faufile là où toute attente est à la fois prolongée et interrompue par jeux de répétitions, de clins d’yeux, d’éparpillements astucieusement concentrés avec ironie selon divers types de trafics.

Dans cette série, l’espace est ciselé et fragmenté afin d’attirer et de se moquer des emballements masculins prêts à faire feu de tout ce que l’artiste, pose, interpose et « sexpose » en carrés et au carré. L’énergie fait de chaque prise des pièges plus que des proies qu’il faut parfois troquer pour l’onde. Il existe là des aventures formelles jouissives et la forme de la jouissance dont l’artiste ne fait qu’une bouchée.

Aphrodite Fur, « Toutes les femmes de ta vie », voir site de l’artiste.

 

11/08/2017

Barbara Polla : du Léman à Marseille

Polla 3.jpgSalon Paréidolie 4, Château de Servières, Marseille, 26 et 27 aout 2017

Barbara Polla propose pour le Salon Paréidolie toute la programmation vidéo et deux (voire trois) œuvres « in situ » de Julien Serve. Elle est, pour une fois dans ce lieu, moins présente en galeriste genevoise que « femmes hors normes »selon une postulation qu’elle affectionne (cf. le titre de son dernier livre aux éditions Odile Jacob). L’œuvre de Julien Serve est basée sur une histoire décomposée puis remontée. D’abord la vague, le bord de mer, le littoral marseillais. En suite un rhinocéros doré, fantasmé et plus qu’exotique : celui gravé par Albrecht Dürer en 1515, copie de l’animal cadeau d’un Sultan de Cambay à Manuel 1er, Roi du Portugal, puis cadeau de celui-ci au Pape Léon X. Il fut le premier rhinocéros attesté sur le continent européen depuis 12 siècles. On dit que Dürer n’aurait pas vu l’animal. Mais qu’importe. Après une escale sur l'île mythique d'If (durant laquelle François 1er, Roi de France, vint le voir), le rhinocéros mourut noyé suite au naufrage en pleine tempête. Enfin Serve propose une vidéo de la mer dont émerge à travers près de 2000 dessins, et peu à peu, le rhinocéros mort qui s’échoue sur la plage.

Polla 4.jpgLa paréidolie reste ici ce qu’elle est : une forme d’illusion d’optique qui associe un stimulus visuel informe et ambigu à un élément clair et identifiable. Se crée une suite d’énigmes et d’ilots de figures et de sens diffus : s’y retrouve « La vague » de Courbet , le bruit du roulis, des trésors cachés et des rêves engloutis de L'Atlantide au Titanic. Preuve que la mer avale mais nourrit des fantasmes que les vagues réveillent dans nos sables d’oubli. Comme elles ont restitué l’animal six siècles plus tard dans les »filets » de Serve. L’ensemble est fascinant. Et à travers l’œuvre de Serve une nouvelle fois Barbara Polla frappe poétiquement fort et juste.

Jean-Paul Gavard-Perret