gruyeresuisse

13/03/2019

La religion de l'apparence : Giancarlo Botti

Botti.jpgGiancarlo Botti (1931 - 2008) a su photographier celles et ceux qu'on nomme désormais « people ». Il a saisi la vie privée (ou presque) des stars des années 60-70 : Romy Schneider, Bardot, Jeanne Moreau, Gainsbourg et bien d'autres. Maître des narrations photographiques léchées il remplaça le réel par un songe.

Chaque acteur et actrice deviennent des matières des rêves du regardeur. Chaque photo est un ex-votos capable d’édulcorer la crasse du réel.

 

 

Botti 2.jpgTrop vraie pour être prise comme argent comptant une féerie fait racine en des scénographies plus ou moins paradisiaques.

L'artiste cherchait moins une vérité qu'une manière de répondre, par l'apparence, à l'attente du voyeur qui se pollinise à de telles visions. Entre autres lorsque les Eve du star-système se dépouillent de leur "feuille". Elles deviennent des médaillons en fleurs ou des cierges d'un genre érotique qui nous sortaient pour un moment de la médiocrité du réel. Y prendre plaisir ne mangeait pas de pain. Ou si peu. Et apaisait des peines.

Jean-Paul Gavard-Perret

12/03/2019

Morgane Tschiember : art et matière

Tschiember.jpgMorgane Tschiember "Cocktail", du 15 mars au 4 mai 2019, Galerie Laurence Bernard, Genève.

 

Morgane Tschiember ne cesse de se confronter à la matière, la couleur, l'espace et les mouvements qui déplacent leurs surfaces ou leurs lignes. Héritière de Carl André et de Tapiès, l'artiste comme eux propose un art expérimental et premier.

 

S'intéressant aux qualités précisess des matériaux auxquelles elle s’attache et qu'elle teste de manière empirique,  loin de toute théorie Morgane Tschiember offre au regard une expérience sensorielle et formelle qui induit inconsciemment peut-être des rapports de surfaces et d'épaisseur, de couleurs, d’ombres, de lumières.

 

Tschiember 2.jpgMais l'aspect concret de tels travaux n'est pas le seul. Des motifs surgissent. Ils provoquent des impressions étranges entre abstraction, figuration et mouvement. Ils semblent surgir de manière instintive et spontanée mais de fait ils sont le fruit d'un travail de fond sur le matériau là où l'art échappe à toute ses classifications (minimalisme, spontanéisme, concrétisme, etc..)

 

Jean-Paul Gavard-Perret

11/03/2019

La peinture comme interface agissante - André Deloar

Deloar 3.jpgAndré Deloar, "Architektur", Espace Schilling, Neuchâtel, du 16 mars au 19 mai 2019

Bandes par bandes et dans un travail des couleurs (jaune, vert, rouge) afin qu'elles deviennent la structure de tels travaux, André Deloar crée un assemblage de structures colorées qui imposent autant l'immobilité que le dynamisme. L’objectif de l’artiste n’est pas de représenter mais de fournir un regard affûté. Celui-ci n’a plus besoin d’autre lieu que celui de l’oeuvre. Elle le situe dans des « espèces d’espaces » de surplombs et d'espace en porte à faux.

 

Deloar 4.pngEntre abstraction et figuration la force des tableaux tient à sa qualité de leurs surfaces multiples. Il y a là à la fois le génie du lieu et la hantise du non-lieu. S’y éprouve un mouvement au sein de la fixité. L’artiste par ses mises en espace mise sur la nudité des formes et leur délocalisation. Elle propose des matériaux comme «soufflés» sur des surfaces en ce qui tient du décrochement figural, de l’engloutissement, de la plongée. Les segments d'architecture expriment l'essence même des formes.

 

Deloae.jpgLes grandes toiles à l'huile ou à l'acrylique imposent une figuration d'éléments de construction. Perspectives, distances, segmentations transforment ce qui pourrait être un bâtiment en une présence picturale au formalisme puissant. L’œuvre garde à ce titre une vocation fabuleuse. Elle fait reculer le chant des certitudes et met une grâce dans les pesanteurs. L'image se manifeste comme apparition mais indique quelque chose qui ne se manifeste pas.

Deloar 2.jpgIl existe là un phénomène indiciaire aussi subtil qu’étrange et qui tient lieu de trouble. Il ne signifie pas simplement: il annonce quelque chose qui se manifeste par quelque chose qui ne se manifeste pas. vraiment. La réalité « vraie » est remplacée par une sorte d’indiscernabilité mise à jour à travers l’épreuve de la disjonction. Elle tient d’un soulèvement, d’une élévation. La révulsion du simple effet de surface joue pour créer une ouverture énigmatique. Le regard devient abyssal face à une oeuvre qui dérobe et se dérobe.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

13:51 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)