gruyeresuisse

03/10/2020

Anne Voeffray : ce qui échappe

Voeffray bon 1.pngLes photographies d'Anne Voeffray annoncent la nuit. Mais une nuit aux écailles lumineuses là où le corps reste souvent érotisé dès que l'artiste quitte le portrait "classique" et identitaire (dont elle poursuit la quête) pour laisser pointer un cou offert, un front que couvre des cheveux là où ce qui chute s'élève en rudesse ou douceur pour enlacer les lieux ou les êtres dans leur complexité secrète.

Voeffray bon.jpgLa beauté n'est jamais marmoréenne mais fractale ou à l'inverse suggérée. Quant aux "paysages" eux aussi il perdent une lisibilité réaliste pour se nimber de mystère parfois phosphorescent. L'interrogation vitale est lancinante en passant par ce noir et blanc qui fixe ou tremble mais toujours interroge un moment où le présent n'est plus inaltérable.

Voeffray bon 3.pngMais loin d'être un théâtre d'ombres ou d'illusions, le monde d'Anne Voeffray recouvre une langueur paradoxale. Le moi comme le réel laisse la place à un émoi particulier là où par de telles prises le premier renouvelle ses limites tandis que les êtres - parfois dans leur nudité - offrent leur aura. L'artiste crée dans ce but des transfusions de multiples impressions. Elle laisse au regardeur.euse une liberté d'interprétation là où tout est silence et où la poésie sublime la pesanteur.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Les "traductions" d'Anne Slacik

Slacik.jpgAnne Slacik, "La Bohème est au bord de la mer - Peintures et livres peints", Manoir des Livres, Lucinges, Chablais du 10 octobre 2020 au 28 février 2021.

 

Anne Slacik fait figurer des formes afin que chacun les lise à sa façon là où par le lieu et pour l'occasion leur présence devient une traduction par une sorte d'investissement en hommage à Butor dans cette émigration  où "La Bohème est au bord de la mer".

 

Slacik 2.jpgTout devient - dans des renversements  - question de frontières et de bordures. Il y a dans les peintures et livres peints d'Anne Slacik une immersion en une picturalité matricielle et chromatique qui entre en dialogue avec les textes que l'artise s'approprie et accompagne. Ceux de Bernard Noël, Jean-Pierre Faye, Bernard Vargaftig, Claude Royet-Journoud, Jacques Demarcq, Adonis et Michel Butor entre autres..

 

Slacik 4.jpgL'ouverture de l'oeuvre picturale "fait" le texte que lequel l'artiste intervient dans ces instants de rencontre qui font venir à eux l'image et la lettre dans un temps et lieux de communauté et de dialogue. Existe donc, presque comme sur la peau des mots, moirages et "écritures" par celles qu'Anne Slacik choisit "d'insérer".

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Art et industrie

Bex.jpg"Industria, Bex et Arts", 14 ème. Triennale de sculpture contemporaine, Catalogue édité par Fondation Bex et Arts, Bex, 2020.

Catherine Bolle assure la conception éditoriale et graphique de cet important et superbe catalogue dont les auteurs sont Nadia El Beblawi et Nayansaku Mufwankolo. Art et industrie se retrouvent liés au sein d'une esthétique créatrice sous le nom d'"industria" qui signifie "activité attentive" en un moment et un lieu d'exposition où comme le rappelle la responsable "la techné est capturée par l'artiste" ou plutôt des créateurs qui font sortir l'industrie de ses normes.

Bex bon.pngUne trentaine d'aristes dont Olivier Estoppey, Andreas Schneider, Jonathan Delachaux et bien d'autres ouvrent un espace de reflexion autour de notre perception et notre conception de l'espace par leurs installations dans la nature où ils imposent leurs structures, leurs mythes rédempteurs ou non pour multiplier de nouvelles formes à travers les "vieilles matières" liées parfrois aux interventions numérique (David Bill).

Bex4.jpgQuittant les codes du design et sans chercher à tout prix à faire du beau, de tels créateurs proposent des oeuvres parfois hiératiques (Peter Kamm) ou/et mystérieuses (Eggs-Birschin- Matthias Pabsch) là où la puissance des formes tranforme l'expression plastique de l'industrie de la Suisse en évoquant le passé, le présent voire le futur industriel dont forcément celui de Bex.

Jean-Paul Gavard-Perret