gruyeresuisse

04/01/2019

Christian Floquet : synthèses des données du réel

Floquet.jpgChristian Floquet, "Travaux récents", Galerie Joy de Rouvre, Genève, exposition du 18 janvier au 2 mars

 

 

Existe dans l'oeuvre de Christian Floquet ce qui tient d'une ivresse et d'une contrainte. D'un radicalisme mais d'un certain laisser aller. Dans la droite ligne des abstracteurs suisses, il offre sa propre voie aux couleurs et mouvement ironiques, acidulés et délicats.

 

Floquet 3.jpgPlus que jamais libre il ose tout et propose ses tableux « glissés » propres à casser les topos sous l’égide de divers types de fléchages. Au-delà du réel entre jeu et mystère la réalité est prise à revers et la peinture au sérieux. Elle fait ce que les autres arts ne peuvent donner : la distinction des surfaces nomades agencées afin que détours et détournements fonctionnent à plein régime.

Floquet 2.jpgIci les coléoptères abstraits ne ratent jamais leur envol. Ils suivent des directions qui évitent à l'art d'être « suicidaire », il est papillonnant plus que stèle - non sans confusion habilement ordonnée. Mais tout est parfait, bien brossé, l'élégance est de mise là où les traits parfaitement tirés donnent bonne mine à la peinture en sa quintessence abrasive.

Jean-Paul Gavard-Perret

03/01/2019

Swiss kiss et autres smacks : Joie Panique

Baiser.jpgPrivilégiant dans l'absolu les images, les éditions Joie Panique ne lésinent pas sur la marchandise. Il y a dans leur nouvel opus des baisers de roman, des baisers de ciné, des baisers qui préfèrent l'ombre à la lumière (et vice versa), des baisers orgeat, des baisers orgiaques. Sans oublier les baisers girophares, les baisers décapsuleurs de jarretelles, les baisers à l’huile d’amende si douce, les baisers de quais de gare ou des brunes mais aussi des baisers cloueurs de bec, des baisers tuent lippes et des baisers déboutonneurs de soutifs.

 

Baiser 2.jpgGrâce à Flore Kunst, Nine Antico, Joël Hubaut et quelques autres spécialistes les baisers sont à sourire plus qu'à pleurer - sinon d'émotions. Ils sont aussi d'amour ou à malices dans des scénographies exquises et qui grisent par leur rouge émis (même en noir et blanc). Sont-ils plus fantasmés que vraiment éprouvés ? Pas sûr. Il y a là des corps accords. Nul doute là dessus.

Baiser 3.jpgDe l'air y passe. Et surtout du désir. Ces baisers sans être à mère donc incestueux n'ont rien d'amères. Ils sont toujours amènes avant que la messe soit dite (ou faite) après un dernier Amen. Le tout histoire de pousser le "bouchons" un peu plus loin : entre autre sur l'oreiller des songes télescopiques. Dans tous les cas ils n'ont pas leurs langues dans leurs poches et sont à barbes ou à buisson ardent. Jamais veufs de guère ou de guerres lasses ce sont des revenez-y ou des beaux "venezyvoir" sur des peaux d'ivoire. Mais les plus ambrées peuvent y trouver de quoi grimper aux rideaux tant ils médusent. Et ce jusqu'aux hermaphrodites.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

"Baiser", Collectif, Editions Joie Panique.

 

02/01/2019

Rêveries du promeneur non solitaire : Alain Nahum

Nahum.jpg

La fascination de Nahum pour la notion de trace dans "le coeur de la ville" (Baudelaire) est révélatrice de son travail. Le promeneur ne rêve pas, il est attentif à tout ce qui fait signe, revient éventuellement sur ses pas, capte avec son appareil photo moins pour montrer que pour nous apprendre à voir. C'est lors d’un voyage en 2014 qu'il découvre Tokyo. Il est fasciné par la beauté énigmatique des visages et l’élégance des corps, il observe les passants qui demeurent pour lui impénétrables, énigmatiques.

Nahum 3.jpgPour saisir ce « peuple-photographe » et faire ressurgir son mystère il se veut ni spectateur, ni témoin mais créateur de regards croisés entre deux continents. Se mêlant à la foule il choisit de photographier "à hauteur des visages" sans " jamais cadrer en mettant l’œil dans le viseur" afin de rester en contact avec le regard de l'autre.

Nahum 2.jpgL’arrêt sur image est remplacé par un "arrêt par l’image" à l'instant de la rencontre avec l'inattendu qui devient une évidence. Jaillit chaque fois de l'insolite là où ce qui reste hors cadre devient une diégèse. Elle nourrit l'évidence. Une émotion soudaine frappe soudain. Nahum fait passer de l’ordre du dehors  au désordre du dedans et vice-versa. Ce qui s’inscrit n’est plus de l’ordre de la représentation mais de la présentation à laquelle il faut se confronter avec empathie afin de comprendre ce que ça cache.

Jean-Paul Gavard-Perret

Alain Nahum, "Tokyo Eyes" avec les Firebox de Richer Meier, Halle Saint Pierre, janvier 2019.