gruyeresuisse

11/11/2014

Delphine Schacher : à double détente

 

 

 

Schacher.jpgVenue du cinéma Delphine Schacher crée une ouverture particulière sur le monde visible quels qu'en soient le récit, la nature, le lieu. Elle donne accès à l'envers du réel, à ce qui en lui est la région de la dissemblance. La photographe la montre par bribes qui touchent au plus profond même si elle n'en donne pas forcément tous les  tenants  et les aboutissants. Ses fragmentations nous laissent volontairement orphelins là où se cachent - à travers ceux et celles des autres - nos desseins, nos racines et notre énigme et ce dans un don d'humilité imprégné d'une réalité multiple dont la photographe se fait alchimiste.

 

Schacher 2.jpgToute l'histoire des images de Delphine Schacher est celle d'un combat sans merci entre la forme et l'effacement. Existe aussi un lien entre notre foire intérieure et le monde que la Vaudoise dévoile. Nous y déambulons sans but afin de comprendre comment pour chaque être la masse du réel prend forme et comment les photographies en deviennent la transformation en visions poétiques. Notre propre chaos est livré à l'énigme de cette recherche. Au rêveur endormi fait place l’insomniaque méditant qui - sur le fil tendu entre la première image génitale qu'il ne verra jamais et celle de l’instant de sa mort - discerne le combat sans merci du souvenir avec l’oubli, du cosmos avec le microcosme. Grâce à l'artiste et pour cerner dans le clapotis du temps une autre immensité fait nasse :  ce qui est enroulé et entassé manifeste paradoxalement d'une certaine "transcendance".

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Pour la  parution chez Payot Librairie du  « Le livre de ma vie par 30 personnalités de Suisse romande // 4 », l’artiste a réalisé 30 portraits de personnalités avec Julie Masson. (librairie Payot et département photographie de l'école supérieure d'arts appliqués de Vevey (CEPV).

 

10/11/2014

"Black Forest" : nocturnes palissades

 

 Black Forest.jpg« Black Forest », livre et exposition du 4 novembre au 20 décembre, Candela, 2014, Richmond, Virginie, USA, 45 $., 128 pages

 

 

 

Les photographes réunis par Russell Joslin prouvent que voir est difficile. Pour aller au-delà des apparences il faut avoir des épaules suffisamment larges afin que les « featurings » charment au-delà d’une contemplation placide ou par appétit sexuel. Ici certaines silhouettes semblent armées de l’équivalent d’une brique de lait sur chaque épaule  par prothèses de mousse selon des érections féminines. Mais parfois le corps féminin est moins « civil » et  plus gothic. Ce n’est plus celui de déménageuses qui portent une armoire  ni celui des femmes qui feraient le trottoir en se promenaient devant un mur infranchissable. Les photographes internationaux (suisses entre autre) retenus par leur congénère américain coupent la vision idéale par le barrage d’œuvres au noir. L'envers est aussi mal visible que l’endroit dans un certain empêchement perceptif immédiat. Le point de vue classique se dissout.

 

 

Black Forest 2.jpgA la fenêtre de chaque photographie repose une énigme nocturne. Elle devient le rétroviseur pertinent car il offre moins une vue en arrière qu’en avant. Il faut comprendre ce qui se donne et ne pas se contenter d’une passivité perceptive déterminée et déterministe. Il ne faut donc pas être fasciné, obsédé par ce qu’on voit et discerner dans le noir les effondrements pour reconstruire le regard et réintégrer des images sombres.  La duplicité de leurs moyens est toujours subtile là où - c’est à noter - tout racisme ou misogynie est renvoyé aux calendes grecques. Il s’agit donc de réapprendre à voir au lieu de juger.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09/11/2014

Andrea Wolfensberger et les courants d’air

 

 

 

Andrea bon.pngPour Andrea Wolfensberger  l'image sert à créer d’étranges surfaces ou volumes minimalistes dont la « peau » est soit lisse, soit grumelée, soit tournée en étranges toupies.  Le ciel devient terre et le feuillage absence là où il ne reste que des bribes. Le regard est troublé par ces présences cendrée en nappes, tracés, boutons ou lignes. Quelques éléments abstraits créent une sorte de pouvoir de l'air, son hantise, ses coloris légers, sa poussière, sa diaphanéité. En émerge le mémoire ou l'oubli - comme on voudra.  Ne restent que des éléments rescapés, des fantômes ou plutôt des interrogations.  Nous faisons de la sorte l'expérience d'une sorte d'infini dans cette paradoxale nudité. Sentir n'est plus affaire de lieu mais d’espace.

 

 

 

Andrea 3.pngS’éprouve un courant d'air, une présence en quasi « absentia » qui rappellent la fameuse histoire écrite par Pierre Bettencourt : un bourreau installa un homme sur un gibet. Mais le premier trouva la corde trop froide et givrée. Elle coulissait mal. Il dit au condamné de l’attendre puis partit prendre un café. Le temps filait et le bourreau ne revenait pas. Lassé, la victime finit par se passer la corde autour du cou et du pied il fit basculer la trappe…

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

L’artiste suisse est représentée par la Galerie Gisèle Linder.