gruyeresuisse

30/06/2014

Une femme douce : Barbara Schaubacher

 

 

 

Schaubacher 2.pngPour Barbara Schaubacher l’amour est sans « merci ». L’artiste en suit le mouvement dans ses images fixes ou mouvante : « Elle est couchée, éteinte / Le désir mal aimé de l’homme / se dresse / léger comme un rayon de lune » (Hugo Claus).  Elle a besoin d'établir un dialogue avec ce qu’elle peint ou filme même s'il s'agit d'une idée. Surtout une idée de l’amour et sa mécanique des solides par laquelle s’interpénètrent des êtres qui cherchent la fusion des chairs avec l’âme même s’ils demeurent plombés  dans la solitude du désir. Mais qu’importe. C'est comme ça que se tisse la dynamique particulière des images. Cela pourrait conduire à une certaine incohérence : d’où les vagues de  formes obliques dispersées dans les travaux de l’artiste. Demeure néanmoins  toujours une symétrie entre désordre, chaos, pathétique, douleur, plaisir.

 

 

 

Schaubacher.jpgL’amour fait du film phare de Barbara Schaubacher « Art, érotisme et nature » un long poème syncopé, hachuré, nourri d’échos et de traversées en forme d’empreintes et de traces sur les visages qui deviennent des partitions musicales où ne demeure que l’isolant du désir lorsqu’il est en acmé. Même dans l’abstraction il s’agit des corps. Ils se livrent pudiquement au plaisir du regard comme de la caresse. Ils restent ouverts à toutes les lectures, les captures et à toutes les interprétations. La langue plastique devient la plus juste pour dire l’intime et ses mystères chez une artiste qui s’est recluse avec le temps.

 

 Jean-Paul Gavard-Perret


 

De Barbara Schaubacher : „Art, érotisme et nature“ (film)

 

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29/06/2014

Fabrice Gygi, le fou civil

 

 

 

 

GYGI.jpgFabrice Gygi, « De la vacance aux Communes-Réunies », Manoir de la Ville de Martigny, juillet-aout 2014.

 

 

 

Gygi reste un artiste majeur. Rappelons qu’il représenta la Suisse  aux Biennales du Caire (1996), de Sao Paulo (2002) et de Venise (2009). Son travail de sculpture et d'installation (logos, estrades, gradins, tentes, paravents, airbags, grilles, mines, structures antiémeutes, local de vote, salle de conférence, etc.) crée une critique parfois drôle et toujours pertinente du monde contemporain. La théorie esthétique passe par la pratique. Plutôt que de mettre en exergue de manière ostentatoire le fruit des terreurs liées à la peur de l’autre, l’angoisse de la dislocation, de la dissolution, du démembrement l’artiste devient au besoin un farceur astucieux, un scrutateur impénitent, un facteur de troubles. Par ses divers types d’images son travail reste une philosophie en acte capable d’incarner les impostures politiques pour nous effrayer ou en rire plutôt que de nous inviter à s’en contenter et s’y complaire. Détracteur d’habitudes, provocateur moqueur et partageur l’artiste poursuit une révolte humble mais têtue.  Ses recherches hybrides vont s’élargissant par cercles concentriques afin d’atteindre leur but. Face à la déshumanisation Gygi reste le faux candide dont l’âge de raison confirme son statut de fou civil. L’œuvre se façonne dans la révolte. Elle ne néglige rien pour mettre à nu ce qui fait basculer le monde dans un vide que l’artiste en son acuité perçoit. L’essentiel reste pour lui d’aller toujours plus loin dans la perception, dans la restructuration de l’espace, dans la découverte de ses lois pour les transgresser.  L’œuvre inlassablement se transforme en un étrange et bouleversant poème. Planté dans le sol, suspendu de l’espace ou faisant d’une salle d’exposition une forêt de signes de telles métamorphoses signalent la fin d’une histoire et le commencement d’une autre.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

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26/06/2014

Le Président est un garnement

vertut 4.jpgPrésident Vertut, "Poor papers", Must Gallery, Lugano, TMfair 14 , The International , Young Art Fair , TMproject, Genève, "GVA-BOG", Espacio Odeón,  Bogota Colombia

 

 

 

Vertut 3.jpgPrésident Vertut n’est pas un modèle du concept dont son nom est le quasi synonyme. Il ne cherche pas à fabriquer des chefs-d’œuvres et il y a belle lurette que – comme une de ses séries l’indique – il en a fini « avec le cul ». Ne rêvant pour ses travaux  ni de bronze ni d’éditions de luxe il sait entre autre que l’art ne saurait arrondir les têtes que l’accoucheuse a laissées carrées. Sachant que depuis  Hamlet, tous les fossoyeurs se prennent pour des philosophes il évite les cimetières de l’art. Né libre il a trouvé en Suisse une terre idéale dégagée des maîtres à penser de l’esthétique officielle. Depuis, il marche donc au bord du Léman comme sur l’auvent du Cosmos.

 

vertut 2.jpgSon travail ne prétend pas résoudre les  problèmes du temps mais fait mieux en découvrant ce qui est soustrait à notre vue. Afin de réussir le Président  utilise autant par une iconographie B.D. que des approches conceptuelles et minimalistes. Ne figeant rien et avec humour il se met parfois en scène. Autoproclamé Président à vie, Vertut ne se revendique pas empereur (d’autant que le bicorne lui sied mal). Ses œuvres restent habilement anodines ou déceptives. Ne se prétendant pas des oracles elles ne se veulent pas pour autant des gravats. Grâce à elles le président démocrate ouvre  des frontières sans s’attendre à la moindre plébiscite. Et si la reconnaissance peut stimuler son talent, la paranoïa n’est pas de son fait. A l’Homère classique il préfère celui des Simpson : c’est là le plus clair de ses convictions politiques. Sans prendre rendez-vous avec l’Absolu, l’impertinence du président de cire  et de circonstance met à mal la dictature de la raison et rend non comestibles les pâtes idéologiques dont est confit le monde

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret