gruyeresuisse

08/07/2014

Swiss’ Delirium de Maya Rochat la néo-grunge

 

 

 

 

 

Rochat  3.jpgMaya Rochat aime compliquer les ombres pour rendre encore plus dangereuse la contreculture dont son œuvre est la complice. Loin des jeunes filles en fleurs qui dans leurs appartements  que le soleil safrane plissent des papiers de soie, Maya Rochat les déchirent pour communiquer avec les espaces sidéraux par de telles étranges lucarnes improvisées. Pire : refusant le bronzage sur des plages encombrées de férus d’essaimages l’artiste parachève de sa main ses prises du réel pour les faire mousser de miaulements optiques très particuliers et drôles.

 

 

 

Rochat 2.jpgLes photographies séduisent par leur pelage gris sales avec des mouchetures plus sombres. Cela fait penser à la brume de quelque château gothique, à une boissellerie couverte d’étranges paillettes qui ne cherchent pas forcément le captieux mais se plaisent à montrer les êtres et les choses plus vieux que leur âge. Maugréeuse à l’occasion, sourde comme des soubassements, laissant radoter pour eux tout seuls des oiseaux punks (car à aigrettes) l’œuvre prouve que qui dit poules ne dit pas forcément plumes. Agrémentés de bandages herniaires les photographies ne cherchent jamais la couleur locale mais le bizarre. Il s’agit de remonter des horloges de sable ou des clepsydres pisseuses d’eau afin de permettre aux amateurs voyeurs de jouir d’une liberté de vue au sein d’un swiss’ delirium parfois en miettes sur carrelage jonché des déchets. L’impertinente Mélusine y secoue ses poupons polychromes. Ils sentent l’abricot, le chocolat refroidi et l’acide phénique. L’artiste y apparaît parfois telle une femme au déshabillé compliqué de tractions filiformes, une écorcheuse de nerfs ou telle une minette qui amidonne les cols marins de futurs tueurs de mouettes et de geais d’eau (mais uniquement à Genève).

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret


Maya Rochat, "Crystal Clear", Editions Patrick Frey, 2014

 

07/07/2014

Olga Titus au miroir des fausses ressemblances

 

 

 

 

 

 

 

Titus 1.jpg 

 

 

 

Si l’on demande à Olga Titus dans quoi est fondé ses images elle répond : dans un moment d’aberration. Mais il fait bien les choses. De faux-cils en aiguilles l’artiste pousse le voyeur de ses œuvres jusqu’à ce qu’il entonne la fameuse plainte d’un humoriste : « Fallait-il que vous me plûtes, que je vous aimasse et vous appréciâtes pour que vous m’assassinassiez ». Mais avec Olga le meurtre en jardin helvétique est des plus doux. Les exercices de stèles et de styles créent une suite de preuves figurales volontairement réfutables dans un kitch   acidulé et suave. L’artiste rappelle que tout corps plongé dans la vie est fait pour la caresse (du regard) et l’amour (des images). Bref il est là pour l’extase et le trouble.

 

 Titus 2.jpg

 

En conséquence il n’existe aucune place dans l’œuvre pour la tristesse et le remord. La moindre petite flamme du regard fait craindre des incendies. Mais s'en extraire reviendrait à prendre le risque de mourir loin de l’abîme des désirs. Or, seul l'illimité de leur clôture donne au corps sa primauté. C’est pourquoi les femmes de l’artiste n’ont pas la peau des pierres qui se sont tues. S’y ressent le souffle du vivant, des courants d’air, les forces de la jovialité, le charme sexy comme  l’auto dérision. Tout cela peut prendre parfois l’aspect d’un certain chromo exotique. Il s’agit du moyen de  dégrafer la robe noire de l’art lorsqu’il fait trop dans le Chanel. Olga aime que le corps s’égare loin des triages admis. Elle pose sur lui son regard en flux de comètes. De dessous ses paupières elle atteint l'inaccessible berge de celles qui parfois  portent  un  T-shirt Itzu  et qui pour veiller sur elles se contentent d’un  lapin de plâtre en guise de doberman dormant en chien de fusil.  Olga ne  le photographie non comme preuve irréfutable d’un manque du sérieux animal mais pour faire de la prise bon usage plus tard. Il sera la première relique d'un burin sur glacis plus brûlant que glacé.

 

 

 

Jean-Paul Gavad-Perret


Galerie Adrian Bleisch, Arben du 27/9 au 1/11 2014.

 

06/07/2014

Alain Huck : circuits mouvants des images fixes

 

 

Huck bon.jpgAlain Huck, Skopia, Genève.

 

 

 

Dans le travail d’Alain Huck l’image est là tout en « disparaissant ». L’artiste de Vevey propose des plans larges, englobants, parfois monumentaux. La couleur qu’il applique sur la surface par divers processus numériques est un trompe-l’œil, une soumission de faussaire au réel. Le créateur cultive un kitch particulier et  une séduisante imposture facile à déjouer puisqu’il joue avec. Mais le rôle de telles images est bien plus complexe : elles spatialisent le temps et temporalisent l’espace. De plus elles arrêtent des moments ou du moins stoppent la vitesse ou l’écoulement (d’une chute d’eau par exemple).

 

 

 

Huck.jpgL’image crée une peau, un corps. Mais il lui fait un vêtement d’accrocs, de rides, de froissures, d’effilochements, de recouvrements à travers des textures particulières. Elles ne viennent pas seulement du réel en représentation mais de la technique qui la crée. Le travail met le cours du temps en majesté paralysée mais non sans beauté. Tout se pare d’une vulnérabilité, se drape de réseaux épidermiques. Se crée un trouble entre ce qui est retenu de la réalité et sa théâtralisation. Le spectateur hésite, avance. Il est à la fois complice et exclu. Complice de l’illusion. Exclu par un spectacle qui le pousse à l’admiration.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret