gruyeresuisse

26/05/2016

Du photographique au scénographique : David Gagnebin de Bons

 

Gagnebin bon 1.jpgToute l’histoire et la tradition culturelle de l’image comme d’une certaine littérature (entre autres Ramuz) sont repris par David Gagnebin de Bons afin de créer un enchantement et une distance critique. Emane un étrange effet de proximité et d’éloignement, de complicité et de mise à distance. Le tout en une certaine froideur majestueuse. L’artiste tente de s’échapper à la picturalité. Mais la mise en scène demeure dans la recherche de divers déséquilibre.


gagnebin bon 2.jpgAvec le Lausannois la photographie s’oriente vers un langage spécifique loin la grande tradition réaliste ou lyrique plus ou moins impressionniste. L'œuvre s’enrichit d'une poésie qui rapproche le médium de ses possibilités spécifiques. L’image apparaît comme un voile qu'il lui faut déchirer afin d'atteindre les choses qui se trouvent au delà dans le but de plonger vers l'opacité révélée d'un règne énigmatique.


gagnebin bon 3.jpgLe créateur ne cherche pas à satisfaire le regard et la curiosité par des images accomplies, arrêtées mais par divers types de « déhanchements ». L’être - lorsqu’il est présent - semble s’appuyer sur l’éclat des couleurs étouffées. Celles-ci créent une multitude fractionnée ou le balbutiement d’une ombre est à la recherche de ce qui la génère à travers des "occurrences" où tout se laisse voir et où tout se perd pour approcher une renaissance incisée de nouveaux volumes.


Jean-Paul Gavard-Perret

14:01 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

25/05/2016

Les implosions de Vincent Kohler

 

Kohler.jpgFabienne Radi et Vincent Kohler, « Préau », collège du Censuy, Renens. Vincent Kohler, « Pavillon Tribschenhorn », Lucerne, 27-29 mars 2016.

 

En solo ou avec Fabienne Radi, Vincent Kohler ouvre un Imaginaire de conquête très particulier : il n'est pas contaminable par ses objets. L’œuvre crée une consistance sans consistance. Elle prend une forme parfois par ensevelissement ou simple trace. Dans le préau du collège du Censuy à Renens des mots peints au sol s’entrecroisent pour former un labyrinthe : les élèves déambulent à travers onomatopées, palindromes et mots à sonorités répétées. A Lucerne l’œuvre reste volontairement « en cours » et signifie par le vide qu’elle ouvre.

Kohler 2.jpgElèves d’un côté, visiteurs de l’autre trouvent là un détachement suprême de ce « semblant » d'œuvre qui répond au semblant de monde mais dans un contresens de l'acception ordinaire du "chaotique", dont l'ordre fluctue sans cesse et dont le désordre est jamais imaginable. Le langage n'est plus seulement une langue étrangère dans la langue mais tout le langage passe dans une œuvre qui reste une fugue en devenir.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

16:29 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

24/05/2016

Claude Luezior : le moi et ses étreintes

 

AAALUEZIO.jpgClaude Luezior, « Ces douleurs mises à feu », Coll. Florilège, Editions Les Presses Littéraires, 56 p., 10 E..


Le Fribourgeois Claude Luezior sait que ce qui se passe dans le domaine de l’écriture est dénué de valeur si cela reste “ esthétique ”, anodin. L’écriture n’existe que si joue en elle sinon une menace du moins une angoisse. Elle confère une réalité humaine à la poésie et lui évite de tomber dans les grâces vaines de ballerine.

Luezior sait que toute vie étant un naufrage, il faut pourtant faire avec l’écume des vagues qui prélude à son arrivée et tenir tant que faire se peut. Et lorsqu’on est encore sur la terre et sa forêt plus ou moins vierge, « traquer ses serpents, survivre aux morsures ».

AAALUEZIO 2.jpgLe poète ne nous donne plus de quoi « nous défiler » devant le péril de la traversée. Mais, d’une certaine manière, c’est rassurant. S’y inscrivent des gerbes divergentes en une proximité communicante - presque communiante. Nous en devenons partie prenante. Dans les méandres du dehors et du dedans, le livre signale le passage de la jouissance à la souffrance. Captif de ses forces et de ses faiblesses, « heureusement » (si l’on peut dire) l’être est inconséquent, il « absorbe sa honte » et sait au besoin remettre à demain sa dignité…

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

Dessin de l'auteur par Jeanne Champel-Grenier.

15:55 Publié dans Lettres, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)