gruyeresuisse

12/07/2014

Les « Vanishing Points » de Myriam Ziehli

 

 

Ziehlit bon.jpgMyriam Ziehli armée d’une culture impressionnante pour son jeune âge et d’une sensibilité pointue  poursuit une recherche expérimentale des plus poussées où il s’agit de questionner les modes de représentation de notre société. Collectant des images du chaos et de l’apocalypse elle entre par ses images dans ce que Paul Virilio nomme « Ce qui arrive ». Ses images interrogent la récurrence des signes mobilisés par l’occident pour proposer sa version des « faits ». Ses résultats revêtent une beauté (il faut oser le mot) rare et noire. Dans les diptyques de Sins and Miracles (2013), tirés de photographies  des journaux d’information en ligne, les images - dont le tirage sur du papier noir filtre la variété -  complexifient la lecture et créent un effet d’abîme entre deux catastrophes représentés.

 

Zielhit.jpgBâtie selon une démarche régressive et déconstructive cette  pratique expérimentale, s’efforce en premier lieu de saisir avec précision le point extrême où il est encore possible d’inscrire une forme, aussi ténue soit-elle, sur une surface. En cela l’artiste révèle les zones d’aberration des procédés techniques qu’elle convoque et des mécanismes qu’elle intègre. Dans ce travail l’accident n’est jamais fortuit. Il joue un rôle de capteur d’une indétermination jusqu’au point où l’image ne figure pas et où le discours est réduit au silence.  Un tel travail a pour but d’explorer l’espace livresque comme le langage. Ce dernier permet la création de livres « objets » mais dont le but est de faire surgir de paradoxales images de nature « textuelle ». Dans divers types de sonates des spectres, croisements et brouillages sont autant de pistes que l’artiste expérimente. Sa stratégie sobre voire minimaliste donne à toutes ses œuvres une impeccabilité saisissante dont le potentiel reste immense.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Les « Vanishing Points » de Myriam Ziehli

 

 

Ziehlit bon.jpgMyriam Ziehli armée d’une culture impressionnante pour son jeune âge et d’une sensibilité pointue  poursuit une recherche expérimentale des plus poussées où il s’agit de questionner les modes de représentation de notre société. Collectant des images du chaos et de l’apocalypse elle entre par ses images dans ce que Paul Virilio nomme « Ce qui arrive ». Ses images interrogent la récurrence des signes mobilisés par l’occident pour proposer sa version des « faits ». Ses résultats revêtent une beauté (il faut oser le mot) rare et noire. Dans les diptyques de Sins and Miracles (2013), tirés de photographies  des journaux d’information en ligne, les images - dont le tirage sur du papier noir filtre la variété - complexifient la lecture et créent un effet d’abîme entre deux catastrophes représentées.

 

Zielhit.jpgBâtie selon une démarche régressive et déconstructive cette  pratique expérimentale, s’efforce en premier lieu de saisir avec précision le point extrême où il est encore possible d’inscrire une forme, aussi ténue soit-elle, sur une surface. En cela l’artiste révèle les zones d’aberration des procédés techniques qu’elle convoque et des mécanismes qu’elle intègre. Dans ce travail l’accident n’est jamais fortuit. Il joue un rôle de capteur d’une indétermination jusqu’au point où l’image ne figure pas et où le discours est réduit au silence.  Un tel travail a pour but d’explorer l’espace livresque comme le langage. Ce dernier permet la création de livres « objets » dont le but est de faire surgir de paradoxales images de nature « textuelle ». Dans divers types de sonates des spectres, croisements et brouillages sont autant de pistes que l’artiste expérimente. Sa stratégie sobre voire minimaliste donne à toutes ses œuvres une impeccabilité saisissante dont le potentiel reste immense.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

11/07/2014

Peter Knapp contre tout renoncement et contre toute attente

 

 

Knapp.pngPeter Knapp, « Elles, 101 regards sur les femmes », Musée des Suisses dans le monde du 11 juillet au 9 novembre 2014.

 

 

 

Grand prêtre de la mode, Peter Knapp n’a jamais sacrifié à sa tyrannie. Et ce par une sorte d’instinct de conservation qu’il a saisi très jeune chez les artistes - Kandinsky et Giacometti entre autres. Dès lors sa propre œuvre de photographe, dessinateur et peintre se dresse toujours contre les apathies.  Le dynamisme de création se conjugue aux grands textes et aux leçons de l’histoire qu’il contribue parfois à connoter ou à déconstruire (cf. sa mise en image de « écriture ou la vie » de Jorge Semprun, Gallimard). L’artiste prouve que l’être  (femme ou homme) n’avance  jamais sur du solide et n’adhère parfois au monde qu’à la fortune des bourreaux et l’infortune des victimes. Néanmoins la flamme créatrice traverse le sang et la mort : Knapp garde la force de s’arracher à tout ce qui conspire à l’usure et l’anéantissement. 

 

 

 

Knapp BON.jpgContre la nuit du monde et contre les aspirations dérisoires d’esprits fourbus l’œuvre se dresse en ne cessant de se renouveler dans la rage qui la secoue entre autres à travers la vision des femmes. D’autant que ce qui donne le frisson et attise la terreur l’artiste le refuse. Il  assigne à son travail une fonction de médiation et de méditation. S’il  ne conçoit  certainement pas l’époque comme un âge d’or, la femme permet de l’envisager au moins comme une utopie possible lorsque l’art l’élève face aux enfers et à l’apocalypse.  Ne jubilant jamais à l’idée du désastre  Knapp en tire des visions conséquentes qu’ont occultées ses photographies de mode.

 

 

 

Knapp 2.pngMais tout compte fait elles aussi se dressent contre l’apothéose des idéologies aux transes douteuses. Dans le futile reste une tension auquel l’artiste demeure fidèle jusqu’au moment où il s’est appesanti plus à fond sur ses propres opérations et images mentales. Jamais influençable quant à ses fondamentaux, le créateur inventent des aveux sans narcissisme. Sous - parfois - des apparences trompeuses ses œuvres ne cesse de pressentir et de surveiller l’impuissance de l’histoire et de tous ceux qui l’entretiennent et dont il fit - entrant par la petite porte du futile – partie avant de courir après l’insécurité sans jouer les martyrs ou à l’inverses les frivoles. Knapp reste par essence âpre aux tourments de son temps. Son art en est bien plus qu’un simple commentaire. Le plasticien partage  les supplices de ceux qu’il a évoqués  en l’expression d’une révolte généreuse et douce dont la femme reste le modèle parfait.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.