gruyeresuisse

09/05/2017

Ulla Pedersen ou la peinture de jouvence

Ulla Perdersen 3.jpgUlla Pedersen prouve qu’en art le fond n'existe pas. Il ne prend sa « visibilité » qu'avec la forme qui le transcende et le circonscrit. De lui-même il est inexprimable. La forme devient le fond par sa charge de couleurs. L’artiste crée à travers elles l’émotion avec autant d’instinct que d’intelligence. De telles portions colorées deviennent des potions magiques. Elles dépassent le langage plastique en tant que seul outil de communication.

Les simples jeux des formes et couleurs créent des prégnances moins minimalistes que poétiques. A la recherche de l'art le plus simple - donc la plus difficile - Ulla Pedersen crée une force dynamisante. L’artiste ramène par l’abstraction moins vers la spiritualité qu’à un profond amour de la vie.

Ulla Pedersen 2.jpgPar sa « folie » enjouée et parfaitement contrôlée une telle peinture (souvent à l’acrylique pour la vivacité des coloris) désamorce l'angoisse et fait oublier tout sentiment de nostalgie. L’art provoque à l’inverse une jouissance à travers toute une série de structures des plus sophistiquées qui semblent la simplicité même. L’humour n’est pas absent. Il fait surface dans la façon que possède l’artiste pour embrasser le monde en un mouvement de déplacement et d’épure.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

08/05/2017

L’ « auto-célébration » de Fabian Boschung

Rats.jpgFabian Boschung , exposition au nouvel espace du collectif Rats, Vevey et publication de « Xamax- Tsar n°18 », 21 mai - 11 juin, 2017.

Né à Lausanne et installé à Neuchâtel, Fabian Boschung ne cesse de surprendre par ses constructions intempestives. Elles font de lui un artiste émergeant de la scène internationale grâce à une expérimentation transgressive, ironique de divers médiums (photographie, dessin, peinture, sculpture, vidéo). Légèrement provocateur, son travail porte une note auto-dérisoire et ironique. Elle s'affiche autant dans sa réflexion qu’au sein du processus de création et ses œuvres elles-mêmes.

Boschung.pngIl y fut question par exemple de trophées en coquilles de moule, d'huître ou d'escargot, mais aussi du chat de Schrödinger, d'un geste de peinture à la fois pétrifié et vivant et aussi d’un auto-dérisoire Manifeste de l'Excessivisme. Boschung cherche et trouve son identité par des systèmes d’appropriation de divers courants : Art minimal, Expressionnisme abstrait, Bad painting, Supports/surfaces, arts populaires et bricolages. Il se saisit à Vevey d’un archétype formel et idéologique : l’automobile décliné sous divers registres et qualités afin de tester ses limites et ses persistances avec un humour. Celui-ci renverse ce qui semble une « auto-célébration » à tous les sens du terme…

Boshung 2.jpgEfficacité visuelle et ironie se condensent dans l’œuvre. L'automobile engendre une culture et sa critique propre à la société de consommation. L'artiste propose une superposition d'effets et d’éclairages. Ils dissolvent les rapports spatiaux entre l’objet et ce qui l’envahit. Ces précis de décomposition sont poussés vers une sorte de géométrisme qui projette en un espace subjectif ou l’agencement des objets obéit aux caprices de la mémoire, du désir et de l'ironie.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

06/05/2017

Bernard Voïta : dans l'épaisseur


Voïta.jpgBernard Voïta, « Hétérotopies », Galerie Laurence Bernard, Genève, du 18 mai au 17 juin 2017

Convaincu qu’il existe non seulement une face cachée des choses mais que cette face cachée est nécessaire à leur « choséité » (Beckett), Bernard Voïta photographie des constructions accumulatives qu’il réalise lui-même dans son studio. Pour cette exposition il matérialise la géométrie des formes à travers des « tableaux-sculptures ». L’artiste pose la question de la visibilité de l’épaisseur par delà les jeux de surface. Voïta invente un réalisme particulier en jouant des effets de strates et des impressions que celles-ci peuvent offrir

Voïta 2.jpgCe travail transforme la photographie par le marmoréen. « Densifier » la valeur de l’image en 2 D. revient à cerner de plusieurs côtés sa perte et laisser le champ libre à tout ce qui pourrait advenir. Créant un pont entre le réel et ce qui lui échappe, entre l’art et son image espérée ou attendue, l’artiste plonge en un univers où - si la figuration fait loi - nous sommes toujours proches d’une abstraction. Toute l’œuvre s’appuie sur cette ambiguïté et son décalage. Elle fait du spectateur un être à la fois libre et aimanté. Dégageant des épaisseurs leur part d'ombre, l’auteur scrute les voies qui conduisent de l'obscur à l'illimité, explore les envers d'une réalité dont la face lumineuse ne contient pas tous les secrets.

Jean-Paul Gavard-Perret