gruyeresuisse

01/09/2014

Cornelia Wilhelm : New-York delire et quotidien

 

 

 

Wilhelm bon 1.jpgCornelia Wilhelm, exposition personnelle à la Galerie Vitrine , Lucerne et « Shot by Both Sides », Editions Benteli, 100pages, 2014.

 

 

 

Cornelia Wilhelm arrive à New-York à19 ans. Elle travaille en tant qu’assistante photographe et profite de son temps libre pour commencer à photographier la mégalopole et ses habitants. Elle y explore les aspects avant-gardistes comme la banalité du quotidien. Elle tire des quartiers durs d’Harlem, du Bronx comme de la superficialité et du factice de Coney Island l’identité des lieux et de leurs cultures. En cadrages serrés et décalés, par des couleurs vives ou à l’inverse en noir et blanc les photographies offrent un regard différent sur l'espace urbain.

 

Cornelia Wilhelm donne en outre de la sexualité féminine une image différente de ce que les hommes attendent comme de ce que proposent les photographes mâles. Les corps viennent “ s’échouer ” superbement au sein même d’habiles mises en scène. Humilité,  simplicité dans la sophistication permettent de montrer le côté double  à la fois de la ville et de ses habitants. Les  photographies sont à la fois dures et tendres, sans la moindre condescendance ou mollesse. Elles sont près du corps sans forcément le mettre à nu dans des mises en scène qui ne sont plus des artifices mais des artefacts. La transgression passe toujours par cette théâtralité de la théâtralité afin de faire surgir une autre vérité.

 

Wilhelm 2.pngVagabonde magnétique Cornelia Wilhelm montre l’insolite à ras de réel. Avec subtilité elle organise des variations au sein d’une odyssée reviviscente. New-York prend  des aspects hallucinatoires là où pourtant parfois tout est saccage. Les portraits sont crus mais poétiques car l’artiste « rétropulse » tout débordement. Elle reste froide comme l’hiver sur l'Hudson River. Si bien que même le brûlant du fantasme ne peut  faire considérer ces photographies comme de la "visibilité cutanée". Le corps jouxte soudain des abîmes subtilement évoqués. Ces photos du New-York des années 80 possèdent désormais bien plus qu'un aspect nostalgique. Elles  sont devenues des modèles pour toute une génération de jeunes photographes. Ils trouvent dans cette approche une saisie avant-gardiste : la photographie n'est pas une façon de faire autrement, mais un moyen de construire autre chose.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

31/08/2014

Catherine Bolle : levées de lumière

 

 

 

Bolle.jpgCaherine Bolle, « Spectrales », Galerie Graf et Scheible, 5 septembre-18 octobre 2014, Bâle

 

L’image est dans l’œuvre de la Lausannoise Catherine Bolle comme la viande saisie l’argile chaude. Elle demeure sans bouger, elle tressaille dans l’immobilité. Tout est clos et pourtant tout éclate selon diverses techniques. Il y a des estuaires, des bras de mer, des monticules  terrestre, l’ensemble en quête de passages selon d’immenses embrasures. L’artiste n’indique jamais clairement les directions : parce que sa peinture lui échappe, parce qu’elle la conduit où rien ne se pense. Tout avance selon un voyage intérieur qui descelle les pliures ou les conserve lorsque cela est indispensable. Une telle œuvre réveille, elle engage en ouvrant des portes et sans donner ce leçons.  Nous « entendons » à travers les « spectrales » une multiplicité de « voix ». Et qu’importe si nous restons sourds. L’œuvre n’attend pas, elle scrute l’indiscernable en ses « recollections », ses pénétrations de la peinture par elle-même. Elle laisse toujours chez l'artiste passer la lumière. Taches rouges, enchevêtrements de bleu, filets de blancs nourrissent  l’image de ressemblances indéchiffrables entre terreur et extase. De fait le monde est là en illuminations intempestives. Par le dessin ou le tracé l’imprévu règne en maître en plan fixe comme en tohu-bohu. Une fois de plus Catherine Bolle s’impose dans ces œuvres inédites comme une artiste majeure capable. Elle est capable de dire la nuit et le jour du monde, le passage du déchet à l’éclat là où dans l’immobile et la furie tout se montre par bribes.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

29/08/2014

Aux grands mots les grands remèdes - Brigitte Crittin

 

 

 

Crittin.jpgBrigitte Crittin  déplace les mots de leur fresque commune pour un faire des vocables matières selon divers courants. Le support disparait comme des trous dans une haie et pour franchir son seuil. Le langage quitte ses muselières ; il se chuchote nez en l’air dans des  frémissements de franges là où l’art devient (en papier découpé, plastique, pellicule radiographique) le corps fuyant de leur mystère. Retirés de leur coque soit ils surgissent tel un feu sous la cendre soit ils clignotent entrainant leur sens dans une sarabande arrachée à leur « manteau troué » (Annick de Souzenelle). Veilleuse de nuit du monde la native de Sion devenue Genevoise rend compte par ce biais et bien d’autres des malaises de l’époque et des affres des êtres.

 

 

 

Crittin 2.jpgElle joue de diverses découpes pour donner de l’être une vision hybride, poétique et caustique. Il semble prêt à prendre le large en devenant une sorte de monstre drôle et un rien érotique. En ces contes aux cheminées coiffées de fées les femmes ont parfois des échancrures corsaires. Bas plus ou moins déchirées les nymphes d’un nouveau genre offre des lunes de miel mi-figue, mi-raisin. Elles sont celles qui, flambant 9, vitupèrent lubriques tant elles ont de ressorts  telles que l’artiste les créent. A la belle étoile qui se lève, de deux choses lunes : soit elles ont la tête dure de pianistes à clavier mécanique, soit elles sont de des négresses blanches dont les doigts deviennent perchoirs pour drôle d'oiseaux. Dans tous les cas leur cœur semble pieds nus jusqu'au cou. Ce sont des idoles qui ne se font pas prier. Sinon à genoux et mains déliées.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret